Un verglas historique en 1998 : Un désastre pour la forêt du mont Royal
Un verglas historique : La région de Montréal sera moins verte cet été. Dans toutes les villes, sur les terrains, dans les parcs et le long des rues, des milliers d’arbres urbains ont été endommagés par le verglas.
Rien qu’à Montréal, 550 employés du Service des parcs et espaces verts, dont 50 élagueurs professionnels, ont été affectés au ramassage des branches d’au moins 12 000 arbres endommagés.
« Jusqu’à présent, on a 1000 cas prioritaires qui impliquent des fils électriques, des rues ou des véhicules à dégager » , a indiqué hier après-midi Jean-Jacques Lincourt, surintendant des parcs à la Ville de Montréal.
« Tous les parcs municipaux ont été affectés, mais ce qui s’est passé dans le parc du Mont-Royal est désastreux », a déclaré hier M. Lincourt. « La dernière fois qu’on a vu autant de dommages aux arbres, c’était en 1983 (deux pluies verglaçantes consécutives, en novembre et en décembre), mais ça semble pire cette fois. »
Le directeur du Centre de la Montagne, Jean-Yves Benoît, y travaillait déjà en 1983 : « Il y en a pour un an de travaux, au bas mot. La forêt va être plus vulnérable, à long terme. Chaque cassure est une porte d’entrée pour la maladie et les insectes. »
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Plusieurs lecteurs de La Presse ont téléphoné hier, s’interrogeant sur ce qui peut se faire pour sauver leurs arbres qui ploient sous la glace. « Ne touchez à rien et n’allez surtout pas les secouer, a dit Raymond Cochez, un des spécialistes du Jardin botanique. Premièrement, vous risquez de prendre une branche sur la tête. Deuxièmement, ça ne sert à rien. Laissez faire la nature et espérez du temps doux et un petit vent. »
Normand Rosa, un des contremaîtres du Jardin botanique, dit qu’il a déjà utilisé un escabeau ou une échelle pour aider un arbre à porter sa charge de glace.
« Mais pour ce qui est de la glace elle-même. Cela n’est pas comme la neige mouillée, on ne peut l’enlever sans dommage. » La plupart des arbres qui vont rester plies cet hiver vont se redresser d’eux-mêmes au printemps.
Pierre-Émile Rocray, ingénieur forestier de la Ville de Montréal; et spécialiste des arbres urbains, dit que les essences les plus vulnérables sont les arbres qui poussent vite, saules, peupliers, bouleaux. Les importants dégâts qu’avaient subis les érablières de diverses régions du Québec lors du verglas du 5 janvier 1996, ne se sont pas répétés hier, du moins pas encore.
Verglas historique
Quelques appels dans des érablières de Mont-Laurier, de Saint-Hyacinthe, de Lanaudière et de Saint-Eustache n’ont pas relevé de dommages importants. Mais tous les exploitants contactés se disent inquiets du verglas qui continue à s’accumuler sur les érables à sucre.
« Il n’y a rien de vraiment cassé encore, mais il faudrait pas qu’il y ait beaucoup plus de verglas », a dit Daniel Thibault, qui entaille 17 000 érables à Roxton Pond, près de Granby. « Ce qui est plus embêtant, c’est qu’on a pas d’électricité. »
Les pomiculteurs des régions de Rougemont, de Franklin et d’Oka signalaient de la glace hier, mais pas de gros dégâts.
« Le pommier a une structure faite pour plier et porter la charge de ses fruits, alors pour le moment, c’est pas pire », a dit Daniel Ruel, de la Fédération des producteurs de pommes du Québec. « Avec un redoux et un petit vent, la glace partira sans casse. »
En 1996, 65 % des 290 000 érables entaillés de la région Lanaudière avaient resté endommagés. Cela sans compter les milliers de mètres de tubulure. Ainsi a rappelé Rolland Urbain, le producteur de sirop d’érable de Sainte-Julienne. Il a piloté auprès du gouvernement du Québec la demande d’aide financière (600000 $). 114 exploitants de Lanaudière touchés par le dégât de l’an dernier, ont fait cette demande. « Jusqu’à présent, il n’y a rien de comparable.
Denis Arcand, journal La Presse, 7 janvier 1998.
Source de l’image : hydroquebec.com/verglas-1998.