Projet d’une route Québec-Acadie en Nouvelle-France
Route Québec-Acadie: Déçu de voir Manhattan et la rivière Hudson rester sous contrôle anglais, l’intendant Talon a lancé un projet de routes nouvelles. Après la signature du traité de Bréda, il voulut relier l’Atlantique au Canada par un chemin intérieur allant de Québec à l’Acadie.
Le 7 juillet 1670, Thomas Temple remettait à Hector d’Andigné de Grandfontaine les forts de Pentagouet, la rivière Saint-Jean, le Port-Royal, le Cap Sable, la Hève et « généralement toutes les terres et rivières qui sont comprises dans l’étendue du pays de l’Acadie ».
Aussitôt Talon entreprit de mettre son projet à exécution. Dans son mémoire du 2 novembre de l’an dernier, il notait : « Il y a un mois et plus que j’ai fait partir en deux temps et par deux différents canots et différentes routes les Sieurs de Saint-Lusson et la Nauraye pour continuer l’ouverture du chemin d’ici à Pentagouet et au Port Royal ».
Les rapports qu’il reçut lui permirent de croire en la possibilité de « passer en huit ou dix jours à Pentagouet » en utilisant la rivière Chaudière. D’autre part la communication avec Port Royal pourrait s’établir par la rivière Saint-Jean.
Les explorations de Simon François Daumont de Saint-Lusson et de Louis Niort de La Nouraye devraient permettre de réaliser bientôt ces projets de Talon.
Pour une Acadie forte des armes
Si la France tient à ce que l’Acadie demeure française, elle devra veiller à augmenter l’armement de cette colonie. L’ex-intendant Talon a été formel dans son rapport à Colbert: « Les armes et les outils nécessaires à la culture de la terre manquaient aux habitants ».
Ce qui serait nécessaire à la défense de l’Acadie se résume pourtant à bien peu de choses : cent cinquante fusils, cent mousquets, deux caisses de tambour, dix ou douze hallebardes, cent hommes et deux cents haches.
Lorsque l’on considère que plus d’un millier d’hommes ont été expédiés en Nouvelle-France, en 1665, la centaine exigée pour l’Acadie semble ridicule. Mais il faut se rappeler que, l’an dernier, l’Acadie ne comptait que 441 personnes. Sur ce nombre, 363 personnes habitaient Port-Royal, 27 Pentagouët, 14 Ponboncom, 14 Cap Neigre, 13 Mouskadabouet, 7 St-Pierre du Cap-Breton, 3 la Rivière aux Rochelois.
Colonie jeune que la nôtre, puisque, à ce moment-là, 213 personnes étaient âgées de moins de 21 ans. Onze individus seulement dépassaient la soixantaine. La population totale se répartissait comme suit : 75 familles, 75 hommes mariés, 75 femmes mariées, 246 enfants. D’ailleurs, 25 soldats demeurant tous à Pentagouët. D’après nos renseignements, 20 personnes « n’ont pas déclaré leur sexe aux enquêteurs ».
Route Québec-Acadie
L’Acadie a une population plus de dix fois inférieure à celle de la Nouvelle-France. Pourtant, il ne faut pas croire que son importance est dix fois moindre ! Ce pays peut devenir la sentinelle de la colonie du Saint-Laurent. Présentement, la pêche se développe considérablement. On prévoit avant peu d’années pouvoir subvenir aux besoins des Antilles en chairs salées. Le voisinage des colonies anglaises pourrait amener des échanges intéressants.
Sur le plan agricole, il y a 429 arpents sous culture. Les récoltes suffisent habituellement à la subsistance des habitants. Y contribue aussi la viande de boucherie. On possédait, l’année dernière, 866 bêtes à cornes, 407 moutons et 36 chèvres.
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.
Illustration : Peinture « Les Acadiens » de Claude Picard. Image libre de droit.