Histoire du Québec

Trudeau sur l’affaire Rossillon

Trudeau sur l’affaire Rossillon

L’Affaire Rossillon, Trudeau, consul de France à Québec et la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme

Trudeau s’explique à la TV

Ottawa- Le premier ministre Trudeau a quelque peu atténué, hier soir, au cours de sa conférence de presse à l’émission « 2 plus 1 » au réseau français ne Radio-Canada. ses accusations contre « l’agent français » Philippe Rossillon, mais a vivement fustigé la politique de la France à l’égard du Canada.

M. Trudeau s’est défendu d’avoir parié de M. Rossillon comme d’un “agent secret” de la France aj Manitoba, mais a trouvé « singulière » la venue au Canada d’un, « agent non-secret aussi connu que M. Rossillon », venue dont Ottawa n’avait pas été officiellement informe.

Le premier ministre a également qualifié les agissements de ta France a cette occasion de « vexants » et d’« aberrants » Le général de Gaulle, a dit en substance M. Trudeau, trouverait sans doute vexant que le Chancelier d’Allemagne aille crier « Vive l’Alsace libre » à Strasbourg, et envoie par la suite des « agents non-secrets » dans la région sans en informer le gouvernement français.

Lorsque la France veut aider les Québécois, a poursuivi le premier ministre, elle en avise Québec. C’est ce que Paris aurait dû faire dans le cas présent a affirmé M Trudeau, qui a ajoute:

« Pourquoi tait-on une exception à la règle établie dans le cas de toutes les provinces, à l’exception du Québec, si ce n’est parce qu’il y a des desseins à long terme derrière cette politique? »

Monsieur Trudeau devait plus tard déclarer qu’il s’agissait là d’une politique « légèrement aberrante » si elle consistait à « vexer » systématiquement les Canadiens anglais. Déclarant qu’il espérait que le fait « d’affirmer les droits du Canada » ne mènerait pas à une rupture des relations diplomatiques, M. Trudeau ajouta qu’il s’agissait d’un contretemps « temporaire » dans les relations franco-canadiennes.

Promotion au consul de France à Québec

M. Pierre de Menthon, actuellement consul général de France a Québec, a été promu ministre plénipotentiaire. M. de Menthon, devient ainsi le diplomate français du plus haut grade au Canada, après l’ambassadeur à Ottawa, M. Pierre Siraud. M. Pierre de Menthon, consul général de France an Québec, qui vient d’être nommé ministre plénipotentiaire, a reçu ainsi, parmi d’autres diplomates français, une promotion dans la hiérarchie du ministère des Affaires étrangères, indique-t-on dans les milieux informés. Comme lui, M. Albert Chambon, ambassadeur de France au Panama, et M. Jacques Viol, chef du service du personnel du Quai d’Orsay, ont été promus, eux aussi, dans leurs postes respectifs, au grade de ministre plénipotentiaire.

De l’avis des observateurs, à Ottawa, cette promotion de M. de Menthon n’est pas étrangère, à la politique de la France de resserrer ses liens avec le Québec.

Ces mêmes observateurs notent encore qu’elle suit de peu les accusations de M. Trudeau contre un fonctionnaire français, bien qu’ils ne voient pas là, de la part de Paris, de mesure de représailles.

Un porte-parole du gouvernement fédéral a révélé que le ministère des Affaires extérieures avait demandé des éclaircissements sur le changement de statut rie M. de Menthon. Si cette promotion devait s’accompagner d’un changement dans les attributions du consul général à Québec, « l’affaire pourrait être grave », sou-ligne ce porte-parole. Tout changement de cet ordre ne pouvant être fait sans l’accord du gouvernement canadien.

Le porte-parole reconnut cependant qu’il pouvait s’agir d’un simple avancement. De toute façon, le gouvernement canadien n’a pas été avisé de cette promotion.

La B. & B. n’a pas congédié Dorlot

Monsieur François Dorlot a démenti, hier, une dépêche d’une agence de presse a l’effet qu’il aurait été congédié par la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, pour avoir déjà rencontré M. Philippe Rosillon, ce qu’il reconnaît volontiers.

Monsieur Toujours a l’emploi de la Commission. M. Dorlot a précisé qu’il quitterait effectivement celle-ci dans un mois, la seule raison en étant un séjour d’études qu’il fera à Paris grâce à une bourse du Conseil des Arts du Canada.

Quant à ses prétendues affiliations politiques, M. Dorlot, a nié avoir jamais été membre du Mouvement Souveraineté-Association, ayant tout au plus assisté a quelques réunions du MSA pour se renseigner, a-t-il dit.

Le nom de M. Dorlot. on le sait, avait été soulevé dans le dossier de la Gendarmerie Royale sur les allées et venues de M. Rossillon depuis 1958. Selon ce dossier, il aurait été membre du MSA et l’un des quelques séparatistes québécois avec lesquels aurait pris contact ce fonctionnaire français, que le premier ministre Trudeau a accusé do faire de l’agitation politique chez les Canadiens français.

Par ailleurs, cette affaire Rossillon, qui a pris les proportions d’un incident diplomatique de portée internationale, parait « hautement insensée » à M. Marcel Chaput, dont le nom figure également au dossier de la GRC.

Joint au téléphone hier soir, M. Chaput a déclaré avoir vit, reçu chez lui et voiture ce dernier à Ottawa. « Mais pas dernièrement. toutefois. Je ne l’ai pas revu à ce dernier voyage ».

En fait, ces rencontres, croit-il se rappeler, remonteraient à l’automne 1961, et c’est M. Rossillon qui aurait voulu le rencontrer. « Pour moi, M. Rossillon, c’est comme un frère jumeau de M. Trudeau. Comme ce dernier, il a fondé une revue, « Patrie et Progrès », qui est devenue plus qu’une revue : un mouvement, tout comme « Cité libre » d’ailleurs. Tout autant que M. Trudeau, il est d’une très grande curiosité : aussitôt qu’il se passe quelque chose dans le monde, il va voir sur place.

« Il est venu en touriste. A cette époque, alors que j’étais davantage dans le champ des caméras, je recevais des dizaines, des centaines de personnes. qui voulaient savoir ce qu’était le séparatisme. Encore aujourd’hui, il arrive souvent que des étrangers, de divers pays, viennent me voir à ce sujet. Il est plus normal encore pour un Français de vouloir se renseigner sur ce qui se passe ici. »

D’amitié officielle, assurait M. Chaput. d’appui financier, aucun de la part de M. Rossillon. Enfin, M. Reginald « Reggie » Chartrand, également « versé » au dossier Rossillon, ne se soutient pas d’avoir rencontré ce dernier, « peut-être dans des assemblées… ». « Mais je reçois 25 ou 50 personnes par semaine… »

Quant aux autres personnes dont les noms ont été mentionnes en rapport avec cette affaire, il nous a été impossible de les rejoindre.

 

La bombe de l'affaire Rossillon. Photo des années 1960, image libre de droits.
La bombe de l’affaire Rossillon. Photo des années 1960, image libre de droits.

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