Histoire du Québec

Les Tremble-Terre de 1663

Les Tremble-Terre de 1663

“Les Tremble-Terre de 1663” – Témoignages sur les tremblements de terre en Nouvelle-France en 1663

Au cours de l’hiver, il y eut des détonations étranges et des globes de feu à divers endroits de la colonie, qui frappèrent de stupeur les Français et les sauvages. – “Enfin, le 5 février 1663 à la tombée de la nuit, un grondement sourd, paraissant rouler sous le sol, surprit la population. Chacun se précipita au-dehors. On vit alors les maisons osciller, les arbres se courber, la terre onduler.” À Québec – “ceux qui, affolés, se dirigèrent vers le fleuve, aperçurent d’énormes blocs de glace qui se soulevaient et retombaient avec fracas, parmi le sifflement assourdissant d’innombrables jets de vapeur. On croyait à la fin des temps.”

Ces tremble-terre commencés le lundi gras, se répétèrent durant six mois. Jamais carême ne fut passé plus saintement. Les querelles s’apaisèrent, l’eau-de-vie fut réputée satanique et les Iroquois, croyant à un sortilège du “grand génie” français, évacuèrent le pays”… pour quelque temps.

Un Jésuite, le Père Ragueneau, raconta que les pires secousses et les phénomènes les plus terrifiants boulversèrent ciel et terre dans la région de la rivière Batiscan, entre le 5 février et le 6 septembre 1663.

D’autre part, voici un extrait du récit que fit Mère Marie de l’Incarnation, Ursuline, au sujet de ce grand tremblement de terre, qui répandit la désolation dans tout le pays. Parlant de la région des Trois-Rivières, elle écrivit : – “Le ravage est encore plus grand et avec des circonstances plus surprenantes vers la rivière Batiscan. Il y avait alors cinquante personnes de ces quartiers, tant français que sauvages, dans les lieux où le tremblement a fait de plus grands ravages et creusé de plus profonds abîmes. Comme ils ont tous été dans l’effroi, et contraints de s’écarter pour se garantir des précipices qui s’ouvraient sous leurs pieds, je remarquerai seulement quelques circonstances que j’ai tirées de quelques particuliers, car chacun n’était attentif qu’à soi-même, et aux moyens de se sauver des ouvertures qui se faisaient à ses côtés.”

“Ces mines naturelles ayant donc commencé à jouer en ce lieu, aussi bien qu’ici, sur le couchant du soleil, le 5e de février, continuèrent leurs ravages toute la nuit jusqu’à la pointe du jour, avec des bruits comme d’un grand nombre de canons et de tonnerres effroyables, qui mêlés avec celui des arbres de ces forêts immenses qui s’entrecoquaient et tombaient à centaines de tous côtés dans le fond de ces abîmes, faisaient dresser les cheveux à la tête de ces pauvres errants.

Un sauvage d’entre eux étant à demi engagé dans une couverture qui se fit dans sa cabane, en fut retiré avec beaucoup de peine par ses compagnons. Un Français s’étant échappé du même danger et étant retourné pour prendre son fusil, que la crainte lui avait fait oublier, fut obligé de se mettre dans l’eau jusqu’à la ceinture, en un lieu où ils avaient auparavant fait leur feu. Il s’exposa à ce danger parce que sa vie dépendait de son fusil. Les sauvages attribuaient tous ces désordres aux démons qui volaient en l’air, à ce qu’ils disaient, faisaient de temps en temps des décharges de leurs fusils avec de grandes huées, pour les épouvanter et leur donner la chasse. Cette soirée et toute la nuit il sentirent des bouffées de chaleur étouffantes.”

“D’autres m’ont assurée qu’ils avaient vu des montagnes s’entrechoquer et disparaître à leurs yeux. D’autres ont vu des quartiers de rochers s’élever en l’air jusqu’à la cîme des arbres. J’ai parlé à un qui courut toute la nuit, à mesure qu’il voyait la terre s’ouvrir. Ceux qui étaient plus éloignés et au-delà du grand débris, assurent qu’en retournant ils ont côtoyé plus de dix lieues sans en avoir pu découvrir ni le commencement, ni la fin, ni sonder la profondeur ; et ils ajoutent que côtoyant la rivière de Batiscan, ils ont trouvé de grand changements, n’y ayant plus de sauts où ils en avaient vu auparavant, et les collines étant tout-à-fait enfoncées dans la terre. Il y avait ci-devant une haute montagne, aujourd’hui elle est abîmée et réduite à un plat pays aussi uni que si la herse y était passée ; l’on voit seulement en quelques endroits quelques extrémités des arbres enfoncés, et en d’autres, des racines qui sont demeurées en l’air, la cîme étant abîmée dans la terre.”

À la lumière de ces récits, nous comprenons mieux pourquoi il y a tant de côteaux, de coulées, de rivières, de ruisseaux et de chûtes sur le territoire de notre paroisse. Certains historiens attribuent aux explosions gazeuses de ce séïsme les bouleversements de rochers qui formèrent les “grandes chûtes” de la région, comme celles de Shawinigan, GrandMère, les chûtes à Murphy, la chûte à Prince, le Saut-Manitou dans la région de Batascan et plusieurs autres.

Il est fort probable que le glissement de terrain qui a formé “les îles du haut de la grande rivière” à Saint-Stanislas, se soit aussi produit en 1663. Le trou béant laissé par cet éboulis sur l’ancienne terre de M. William Francoeur, était appelé “le chaudron”, à cause de sa forme, par les anciens de notre paroisse jusqu’au premier quart du vingtième siècle. Un fait est certain, la croût terrestre fut grandement modifiée sur notre territoire et, quand les eaux renfermées en lacs dans les gouffres se déversèrent, par les crevasses restées ouvertes, elles formèrent les lits de nouvelles rivières, étroites, profondes et accidentées de multiples chûtes. Notre “petite rivière-des-Envies” doit probablement son origine à l’une de ces crevassesm tout comme la “petite rivière des Chûtes”.

(Tiré du livre Chez nous en Nouvelle-France (1608-1787) par Janine Trépanier Massicotte. Éditions du Bien Public, 1978).

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Îles du Bic, photo de GrandQeubec.com.

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