760 000 foyers sont privés d’électricité
Hydro-Québec subit des pannes records et la météo prévoit encore du verglas pour les prochains jours
Texte paru dans le journal La Presse, le 7 janvier 1998.
De mémoire d’homme, Hydro-Québec vient de connaître la pire panne causée par le verglas de son histoire, jusqu’à 770 000 foyers (soit un abonné sur quatre) se retrouvant plongés dans le noir.
Rien de surprenant, lorsqu’on sait que, de Drummondville à Hull, le Québec a subi sa pire tempête de glace depuis 1961. Résultat : en Montérégie, 353 000 familles se sont retrouvées sans électricité hier ; plus 247 000 dans l’île de Montréal ainsi que 155 000 dans les Laurentides et l’Outaouais.
Et on n’est pas au bout de nos peines. Après les 20 à 30 mm tombés depuis dimanche soir, un charmant cocktail de pluie verglaçante, neige et grésil pourrait nous garder sur le qui-vive jusqu’à samedi. Sans compter les vents qui risquent de s’élever et de causer de nouveaux ravages.
Hydro-Québec incite donc ses clients à la patience. « À partir du moment où le verglas cessera, ça devrait encore prendre des heures, et peut-être plusieurs jours avant que le courant soit rétabli partout » , prévient Lucie Bertrand, du service à la clientèle.
*
Déjà hier, 2000 réparateurs et leurs renforts ne savaient plus où donner de la tête, alors que de nouvelles branches d’arbre se brisaient et venaient presque saboter leur travail au fur et à mesure.
Les monteurs de ligne devront donc répéter leur exploit de l’an dernier, alors qu’ils ramenaient la lumière dans 300 000 foyers de Lanaudière. L’opération d’alors avait coûté 15 millions.
Or, la tempête des derniers jours a frappé une région deux fois plus vaste et des secteurs beaucoup plus peuplés. On imagine la facture…
Ce sont surtout les régions boisées qui écopent, des milliers et des milliers d’arbres craquant sous le poids de glaçons et, dans leur chute, bloquent les rues et arrachent les câbles. Le spectacle de désolation était particulièrement navrant entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière Richelieu, et partout dans l’ouest de l’île.
Verglas
À Saint-Césaire, la route 112 a même été fermée pendant des heures, parce que des fils électriques serpentaient soudain sur la chaussée. Près de Drummondville, où régnait un trafic monstre, huit pylônes soutenant des câbles de 735 000 volts se sont tordus le long de l’autoroute 20, qu’on a dû fermer pendant plusieurs heures. La ville devra donc s’accommoder d’une ligne parallèle pendant encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
En attendant, Hydro-Québec profitait hier soir de l’accalmie pour parer au plus pressant. On voulait d’abord rétablir le courant dans cinq hôpitaux (dont l’hôpital Charles-Lemoyne et l’hôpital juif de Montréal) ainsi que dans les centres pour personnes âgées.
Les plus jeunes ont aussi vécu leur dose d’aventure. Sur l’île de Montréal, presque toutes les écoles demeurent fermées. (Et pourraient d’ailleurs le rester aujourd’hui si les pannes persistent). De nombreux étudiants ont également eu droit à un congé improvisé, les pannes ayant forcé Concordia et l’Université de Montréal à fermer plusieurs pavillons. À l’UQAM, les jeunes se toutefois plongent dans leurs livres. En fait, la plupart des salles de cours se situent à deux pas du métro.
Mais s’il faisait bon voyager sous terre, il n’en allait pas de même à l’« étage » supérieur. On a en effet annulé ou retardé certains départs d’autobus à Laval. Les usagers des trains de banlieue reliant Rigaud et Deux-Montagnes à la métropole restent aussi paralysés pendant plusieurs minutes.
Fait assez rare, même les « vrais » trains ont pâti de la température. Le gel des aiguillages ou les arbres jonchant les rails ont beaucoup allongé les voyages entre Montréal, Québec, Ottawa et Toronto. À Dorval, la situation était encore pire, puisqu’on déplorait 69 vols annulés et d’innombrables retards.
*
Seule consolation, bien que glacées, les routes sont restées étonnamment tranquilles. «Les gens conduisent tellement lentement dans des conditions pareilles. Ainsi même le peu d’accidents qui surviennent sont moins graves que d’habitude ». Ainsi a affirmé l’agent Pierre Robichaud. Un petit miracle si l’on considère que la signalisation lumineuse du pont Jacques-Cartier n’a pas fonctionné de l’après-midi ni de la soirée.
Dans les maisons, c’était toutefois l’effervescence. Même si on n’a organisé aucune évacuation massive, des dizaines de centres d’hébergement ont reçu des visiteurs frigorifiés. En Outaouais, un homme de 82 ans est tout de même mort asphyxié. La tragédie survient après il s’être fié à son système de chauffage d’appoint. À La-Salle et Drummondville, ce sont deux maisons qui ont brûlé.
Dans le reste du Québec, on craint d’y passer à son tour. Hydro-Québec a quand même appelé des renforts de Québec, de Trois-Rivières et de L’Abitibi. On en attend d’ailleurs de Rimouski et du Saguenay. En cas de catastrophe, les monteurs de ligne pourraient même se pointer de l’Ontario et des États-Unis.
(Par Marie-Claude Malboeuf).