Histoire du Québec

Système postal au XIXe siècle

Système postal au XIXe siècle

Système postal au Canada au XIXe siècle et l’acheminement de l’information

L’acheminement de l’information s’accélère grâce au système postal, à l’accessibilité plus grande à la presse internationale qui arrive par vapeur atlantique, à l’implantation du télégraphe national et international, à l’installation du câble transatlantique et à l’organisation d’agences de presse.

Les bureaux de poste se multiplient pour traiter un courrier de plus en plus abondant et pour acheminer des journaux de plus en plus nombreux. Le Bas-Canada compte 260 bureaux de poste en 1851, soit 2,9 bureaux pour 10 000 habitants. Le courrier traité passe de neuf millions de lettres en 1871 à onze millions dix ans plus tard. En 1851, 32% de la population bénéficie d’un service postal six fois la semaine comparativement à 71 % en 1881. Cet accès varie, bien sûr, selon les régions : en 1881, 37% de la population du Saguenay – Lac-Saint-Jean n’est pas desservie par la poste. Limité en 1851 à 11 %, l’accès à la poste ferroviaire profite à 41% de la population trois décennies plus tard, en particulier pour les abonnés des journaux acheminés par la poste ferroviaire – 45% des journaux en 1871, 54 % en 1881.

Par l’échange ou l’abonnement, la presse bas-canadienne s’approvisionne en textes dans la presse étrangère. En 1848, les trois quarts de la nouvelle internationale proviennent d’Europe contre un cinquième de la presse étatsunienne. « La Minerve », « L’Avenir » et « Le Canadien » reprennent souvent les correspondances françaises publiées dans « Le Courrier des États-Unis » de New York. Momentanément ou pour de plus plus longues périodes, « Le Journal de Québec », « Le CanadienE et « Les Mélanges religieux » ont des correspondants en France.

L’implantation du télégraphe à Montréal en mai 1846 explique cette facilité nouvelle d’approvisionnement en information. En août 1847, le télégraphe relie Montréal et Toronto ; en octobre de la même année, Montréal et Québec ; en 1851, Montréal et Halifax, étape cruciale qui permet la transmission même en hiver de la nouvelle atlantique vers l’intérieur du pays, avant que le chemin de fer ne relie Montréal et Halifax en 1876. La nouvelle européenne est diffusée, de 1849 à 1856, par des agences de presse européennes – Wolff en Allemagne, Havas en France, Reuter en Angleterre – et par l’Associated Press de New York à compter de 1856. Même la technologie n’est pas à labri de l’antagonisme idéologique de la période. « Le Pays » du 29 septembre 1866 ironise à propos du « Courrier du Canada » qui avait attaqué l’Associated Press : « organisez-vous, formez une société, ayez un agent et vous recevrez des nouvelles apprêtées à votre goût. Qu’une agence religieuse soit la contre-Patrie de l’agence des libres-penseurs. »

En hiber, la nouvelle arrive par bateau à Halifax qui la relaie par télégraphe vers Boston et New York. En saison de navigation laurentienne, la Montreal Telegraph Company dispose d’une station à Pointe-au-Père et la British North American Company a son transmetteur à Rivière-du-Loup pour y prendre la nouvelle imprimée et la télégraphier vers l’ouest avant même que le navire n’accoste à Québec ou à Montréal. Au moment de l’installation du câble transatlantique en août 1866, la nouvelle européenne va de Londres à New York d’où l’Associated Press la transmet à Montréal via la Montreal Telegraph Company. Le retard sur l’événement est alors de deux jours et le « style télégraphique » s’impose dans la presse à côté de poèmes et de feuilletons d’une littérature « nationale » en voie de constitution.

(Tiré du livre Histoire sociale des idées au Québec, 1760-1896, par Yvan Lamonde. Éditions Fides, 2000).

Bureau de poste
Bureau de poste de la ville de Trois-Rivières en 1910. Photographie libre de droits.

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