Ligne du temps : Siège de Québec en 1759
Une synthèse du déroulement des opérations militaires lors du siège de Québec en 1759, du 23 juin au 18 septembre.
Les Anglais s’installent
23 juin 1759 — La crainte est grande dans la ville de Québec : la flotte anglaise vient de franchir la traverse de l’île d’Orléans. Cette flotte se composerait de 29 gros navires dont 3 à trois ponts; 12 frégates et corvettes; 2 galiotes à bombes; 80 navires de transport et 50 à 60 petits bateaux ou goélettes. Au total, 173 bâtiments. Jamais on n’a vu flotte semblable en Amérique. On estime qu’elle transporte près de 9,000 soldats et qu’elle requiert le travail de 30,000 marins. Les bâtiments mouillent sur deux lignes depuis la pointe de Lévy jusqu’à l’île Madame.
25 juin — Les ennemis mettent à l’eau une trentaine de bateaux plats pouvant porter chacun de 8-9 à 100 hommes. Et ceci sans compter 80 barges. Se prépare-t-on déjà à un débarquement ?
26 juin — Un vaisseau et deux frégates ont effectué quelques manœuvres devant la ville. Les canonniers de la basse-ville ont peu goûté ces fanfaronnades; ils ont vainement tenté d’atteindre les navires provocateurs.
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28 juin au soir — M. le marquis de Montcalm arrive avec trois bataillons, celui du Languedoc, de La Sarre et du Béarn. Vers les neuf heures, on met en marche des brûlots destinés à incendier la flotte anglaise. Cette mission délicate a été confiée au capitaine Delouche. Peu après le départ, la plupart des équipages des brûlots furent pris de panique et l’on alluma les engins trop tôt. Le seul résultat de l’expédition : 4 morts et certainement un sourire ironique chez les Anglais.
30 juin — 3,000 soldats anglais, sous la direction du colonel Robert Monckton, débarquent à la pointe de Lévy. Le seigneur de Beaumont, Charest, essaie, mais en vain, de les arrêter. On tue quand même une trentaine d’Anglais dont les Sauvages lèvent la chevelure. Les Anglais affichent à l’église de Beaumont un écrit invitant les habitants à se soumettre, leur garantissant le libre exercice de leur religion. À 6 1/2 heures p.m., on a amené au château un prisonnier anglais qui annonce pour la nuit prochaine un débarquement à Beauport. Pour la première fois, cette nuit, on a fermé les portes de la ville.
Juillet
1 juillet, dimanche — Monseigneur l’Évêque quitte le séminaire et se retire à Charlesbourg. Pendant la grand’messe, on a entendu la canonnade : ce fut de la poudre perdue, car l’ennemi était trop loin. Les Anglais ont commencé à installer des pièces de canon près de l’église de Lévy.
2 juillet — La nuit se passe sous les armes. Depuis trois jours, on bat la générale tous les soirs, à -9 heures.
3 juillet — Il pleut. Rien de remarquable, sauf que les Anglais semblent plus nombreux à l’île d’Orléans.
4 juillet — Vers une heure, cet après-midi, alors qu’il grêlait, on a vu une chaloupe anglaise s’approcher, un pavillon anglais à l’arrière et un pavillon français à l’avant. On a cru d’abord que les Anglais venaient sommer les autorités de se rendre, mais la lettre de Saunders ne parlait que d’échange de prisonniers. Habile prétexte pour mieux connaître l’état de la
place.
5 juillet — Les miliciens ont profité du passage en ville du marquis de Montcalm pour manifester leur mécontentement. Pour rétablir l’ordre, le général les a menacés d’en faire pendre un avant son départ. Le tout s’est terminé aux cris de « Vive le Roi ! »
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6 juillet, à 1 1 heures du matin — Échauffourée entre Anglais et Sauvages à l’île d’Orléans. On continue l’évaluation de la Basse-ville de Québec. Les familles se retirent dans les maisons de la Haute-ville.
8 juillet — Au cours de l’avant-midi, nos batteries, installées sur les remparts, ont lancé sur les établissements anglais de la rive sud 7 à 8 bombes et ont tiré près de 89 boulets de canon. Vers une heure de l’après-midi, une trentaine de barges anglaises ont exécuté des manoeuvresd près de notre camp, au Sault-Montmorency, comme pour mettre à terre. De 3 heures à 8, l’ennemi bombarde notre camp du Sault, mais sans causer de dommages.
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9 juillet, lundi — Environ 4,000 soldats anglais ont mis pied à terre dans la région du Sault. Le chevalier de Lévis a envoyé à leur rencontre quelques centaines de miliciens et d’indiens. On croit que les pertes anglaises s’élèveraient à une centaine d’hommes. Deux ou trois Canadiens auraient été tués. Les Sauvages ont levé plusieurs chevelures, entre autres celles de cinq prisonniers qu’ils ne pouvaient ramener.
10 juillet — Toute la journée, les batteries de la basse et de la haute-ville ont canonné et bombardé la batterie des Anglais à la pointe de Lévy.
11 juillet — Les bourgeois de la ville ont présenté au général un placet l’avertissant que, s’il ne donnait pas ordre de démolir la batterie anglaise de Lévy, les trois quarts des habitants quitteraient la ville pour mettre leur vie en sûreté. Presque toute la journée, on a lancé boulets et bombes sur la pointe de Lévy.
Siège de Québec en 1759 : la ville sous les bombes
12 juillet — On prépare une expédition contre le camp anglais de Lévy. Ce soir, les Anglais ont commencé à bombarder la ville. Environ 6 canons et 4 mortiers tirent de 25 minutes en 25 minutes.
13 juillet — Le bombardement anglais a duré jusqu’à midi. La ville est remplie d’effroi. Plusieurs maisons ont été endommagées. L’église cathédrale et celle des Jésuites ont été touchées. Deux boulets de 32 livres chacun ont percé la toiture du presbytère. La tristesse régnait dans la ville, ce soir, par suite de l’échec de l’expédition de Dumas contre la batterie anglaise de Lévy. La peur a empêché les miliciens d’atteindre le camp anglais. À cause du danger, les religieuses Ursulines et celles de l’Hôtel-Dieu vont s’installer à l’Hôpital-Général.
15 juillet — Les Anglais de la pointe de Lévy s’en donnent à coeurc joie à bombarder la ville. Vers les onze heures, ce matin, une carcasse anglaise a mis le feu à la maison de M. de la Naudière et l’incendie s’est communiqué à quatre autres maisons. Les trois quarts du plafond de la chapelle de la Sainte-Famille s’effondrent. La vieille fille Riopel a été tuée par un boulet de canon.
16 juillet — Cinq bombes sont tombées, cette nuit, sur le séminaire. L’incendie a ravagé neuf maisons. Nos canonniers font un feu d’enfer sur les Anglais. On établit un hôpital ambulant au faubourg Saint-Jean.
17 juillet — Les bombardements continuent.
18 juillet — Cette nuit, trois bombes sur la cathédrale. Entre onze heures et minuit, 6 bâtiments anglais ont remonté le fleuve jusqu’à l’Anse des Mères. On a craint un débarquement à l’Anse au Foulon.
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19 juillet — Sur un simple procès-verbal, M. Daine, magistrat, pourra condamner à mort ceux qui pilleront les maisons de la ville.
23 juillet — L’incendie causé par les carcasses ennemies a détruit une quinzaine de maisons et la cathédrale.
24 juillet — Les Anglais ont lancé plus de 200 bombes sur la ville.
25 juillet — Nombre extraordinaire de tourtes aux environs de la ville. Les miliciens, même si les munitions sont rationnées, s’en vont à la chasse. Les réguliers, cantonnés au Sault, croient à une attaque des Anglais. Alerte générale au camp.
28 juillet — Le bombardement a été terrible la nuit dernière. Au moins 150 bombes lancées surtout contre la basse-ville. Nouvelle déception par suite de l’échec de l’expédition des cageux.
30 juillet — M. de Montcalm est venu visiter les remparts. Pendant sa visite, les boulets de nos canons ont causé du dommage aux batteries de la pointe de Lévy. Deux soldats, un de 20 ans et l’autre de 16, ont été arrêtés vers 7 heures ce matin, pour avoir volé un quart d’eau-de-vie. À 10 heures, on leur fit un procès et ils furent pendus, cet après-midi, à 4 heures.
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31 juillet — Le chevalier de Lévis repousse les Anglais qui tentaient un débarquement au Sault-Montmorency. Les pertes ennemies sont de beaucoup supérieures aux nôtres.
2 août — Les trous de boulets sont tellement nombreux dans les rues, que des ouvriers ont dû travailler pour rendre possible le passage des voitures. Quelques cas de picote chez les Sauvages. On craint que l’apparition de la maladie incite les Indiens à retourner chez eux.
7 août — Les ennemis ont tiré, au cours de la nuit, plus de 200 coups de canons et plusieurs bombes. Les voûtes des particuliers commencent à s’effondrer sous le poids des bombes. Les marchands de la ville ont lancé l’idée qu’il valait mieux abandonner Québec et se replier sur Montréal. Aujourd’hui, 15 hommes tués ou blessés.
8 août — Par deux fois, les Anglais ont tenté un débarquement à la Pointe-aux-Trembles. Mais les hommes de Bougainville les ont repoussés. Un déserteur ennemi nous annonce une attaque prochaine.
9 août — Vers une heure, ce matin, les bombes incendiaires ont mis le feu à trois endroits de la basse-ville. Aidées par le vent, les flammes ont détruit environ 140 maisons, dont l’église.
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10 août — Il paraît que les Anglais ont dépensé, depuis le début du siège, plus de munitions que pour la prise de Louisbourg.
11 août — Nouvel engagement dans la région du Sault. Les Sauvages ont réussi à lever une trentaine de chevelures. Selon un déserteur anglais, les pertes des assiégeants se chiffreraient à près de 1,200 morts et plus de 700 blessés. Ce chiffre paraît exagéré.
17 août — Au cours des deux derniers jours, les bombes furent aussi nombreuses qu’à l’accoutumée. Plusieurs maisons détruites. Aujourd’hui, la cible est le château et l’église des Récollets. Depuis le début du siège, les Pères ont recueilli sur leur terrain plus de 2,000 boulets et environ 500 bombes pots-de-feu. Les ennemis ont brûlé une vingtaine de maisons tant à l’île d’Orléans qu’à la pointe de Lévy.
23 août — Il est arrivé aujourd’hui un convoi de vivres qui assure la subsistance de l’armée jusqu’au 10 septembre. Québec présente un bien triste tableau : il ne reste plus que trois maisons debout dans la basse-ville et les bombes les ont endommagées. La situation de la Haute-ville n’est guère meilleure. Le pillage est à la mode plus que jamais.
24 août — Les miliciens ont fait des pressions auprès du gouverneur pour aller faire les récoltes. Le marquis de Vaudreuil a refusé. Mais, chaque jour, il s’en sauve plus de deux cents. Montcalm soutient que l’armée a perdu ainsi 2,000 hommes.
27 août — On apprend que les Anglais ont tué le curé de Portneuf et 8 habitants de St-Joachim. Pour se venger des insultes que leur auraient adressées le curé et ses paroissiens, les ennemis ont scalpé le curé et lui ont fendu la tête.
Septembre
3 septembre — Les maisons de l’île d’Orléans ont presque toutes été incendiées.
4 septembre — 32 bateaux plats sont passés devant la ville et sont allés rejoindre la flotte à une dizaine de milles de Québec. Le bombardement continue, mais la situation de la ville est telle que les dommages ne peuvent être plus considérables.
10 septembre — Ce matin, l’ennemi nous a canonnés, avec abondance, mais l’après-midi fut plus calme. Ce silence nous annonce qu’il y a des projets sur le tapis. Aujourd’hui, on a pendu deux hommes pour vol.
12 septembre — Canonnade nourrie jusque vers 7 heures, ce soir. Les navires au-dessus et au-dessous de la ville échangent de nombreux signaux. Dès que la noirceur est apparue, il y a eu un grand mouvement de vaisseaux.
Le 13 fatidique
13 septembre — Tout est désordre dans la ville, ce soir. L’armée régulière a commencé à se replier sur Jacques-Cartier. L’ennemi a déjà fait des incursions dans le faubourg Saint-Roch. Vers minuit, les Anglais ont mis une sauvegarde devant l’Hôpital-Général où se trouvaient les blessés de la bataille de ce matin. Quelle journée ! À une heure, ce matin, M. Dumas fit avertir les autorités militaires qu’il y avait un grand mouvement de barges.
À trois heures, on apprit que les barges étaient sur les bords de la batture de la Canardière. Bougainville se tient sur le qui-vive à la Pointe-aux-Trembles. Au lever du jour, un Canadien, défiguré par la peur, arrive au camp de la Canardière, affirmant que l’ennemi est débarqué près du poste de l’Anse-au-Foulon et qu’il est établi sur les hauteurs. Convaincu de l’impossibilité d’un débarquement à un tel endroit, personne ne le croit. À part quelques coups de fusils entendus au loin tout semblait calme, de sorte qu’au camp, on décide de se reposer. La ville s’était déjà rendue compte de la montée de l’ennemi. Le marquis de Montcalm est parti immédiatement avec le peu de troupes qu’il avait sous la main.
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Le marquis plaçait les troupes au fur et à mesure de leur arrivée. Les soldats de Lévis et de Bougainville ne semblaient pas devoir venir. Montcalm déclare à un officier de son entourage : « Nous ne pouvons éviter le combat. L’ennemi se retranche; il a déjà deux pièces de canon.
Si nous lui donnons le temps de s’établir, nous ne pourrons jamais l’attaquer avec le peu de troupes que nous avons… Est-il possible que Bougainville n’entende pas cela. »
Sous la direction du général Wolfe, environ 4,800 soldats avaient escaladé la falaise. Les premiers avaient commencé à monter, vers 4 heures ce matin. Montcalm, qui aurait pu grouper 10,000 hommes n’en a que 3,500. La lutte s’engagea trop vite. Vers 10 heures, après moins d’une demi-heure de combat, tout était fini. Le général Wolfe avait été blessé mortellement. Plusieurs avaient suivi le combat des fenêtres de l’Hôpital-Général.
Ils ont vu le général Montcalm péniblement assis sur un cheval et soutenu par trois soldats.
Une capitulation brusque
14 septembre — M. le marquis de Montcalm est mort à quatre heures, ce matin, après avoir reçu les derniers sacrements. Il fut enterre, à huit heures, ce soir, dans l’église des Ursulines. Aujourd’hui, les ennemis se sont approchés de la ville à une demi-portée de fusil. Ils semblent vouloir se retrancher près du bastion Saint-Louis. Nombreux sont ceux qui ont quitté la
ville. Les Anglais se sont repliés dans le faubourg Saint-Roch où ils pillent consciencieusement les maisons.
15 septembre — Nos canons ont déversé sur l’ennemi quantité de boulets. Mais cette situation de ville assiégée ne peut continuer. Il ne reste plus que pour deux jours de vivres : un quarteron de pain et un peu de blé d’inde par personne. Les négociants font des pressions pour que la ville capitule immédiatement. Peutêtre aurions-nous alors une capitulation plus honorable. Ce soir, M. de Ramezay a réuni tous les officiers de la garnison pour délibérer.
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18 septembre — Il a plu toute la nuit. M. de Rochebeaucourt a supplié M. de Ramezay d’attendre au 25 pour capituler, car Bougainville est presque aux faubourgs et Lévis à moins de 6 milles de la ville, prêt à attaquer. Il est trop tard. À huit heures, ce matin, Joannès arrive avec les trois copies de la capitulation. M. de Ramezay a signé. Aussitôt, quelques compagnies de grenadiers sont venus prendre possession des postes de la ville.
À trois heures et demie, la garnison anglaise a fait son apparition. D’après le texte de la capitulation, elle ne devait arriver qu’à six heures. La garnison française de la ville a eu les honneurs militaires. Les habitants ont conservé la jouissance de leurs biens. Les Anglais se sont engagés en fait à ne pas déporter la population, tant que le conflit ne sera pas réglé d’une façon définitive. De plus, la liberté de religion est accordée.
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.