Histoire du Québec

Serment du roi et les catholiques

Serment du roi et les catholiques

Le serment du roi et les catholiques canadiens

Il serait trop long de faire l’historique complet de toutes les tentatives qui, de 1801 à 1820, eurent pour but l’émancipation politique des catholiques par le Parlement anglais.

En 1805, lord Grenville, dans la Chambre des Lords, et M. Fox, dans la Chambre des Communes, présentèrent une motion, dont l’objet était la prise en considération d’une pétition par laquelle les Catholiques irlandais demandaient l’abrogation des incapacités dont ils étaient frappés. Dans l’une et l’autre chambre, cette motion fut rejetée.

En 1807, le ministère de lord Grenville présenta un bill qui ouvrait aux catholiques les grades dans l’armée et la marine. Mais le roi George III soutint qu’il n’avait pas autorisé ses ministres à aller aussi loin que le bill proposé par eux, et il leur signifia un renvoi d’office.

Pendant vingt ans, cette lutte se continua avec des alternatives de succès et de revers, ceux-ci plus nombreux que ceux là, mais impuissants à laisser la constance des champions de la liberté civile. En 1811, des motions analogues à celles de lord Grenville et de Fox furent repoussées par des majorités écrasantes. En 1812, nouvel échec. Mais la même année, le grand orateur de cette époque, M. Canning, s’étant constitué le champion des pétitions catholiques, fit adopter par la Chambre des Communes une motions favorable à la prise en considération de la question. En 1813, M. Grattin fit passer une motion analogue, puis présenta un bill qui ouvrait les deux Chambres aux catholiques, leur offrant l’avantage de substituer par un serment nouveau le serment contre la transsubstantiation, et leur rendait accessibles toutes les fonctions civiles et militaires, sauf quelques exceptions. Mais, malheureusement, ce bill subit un amendement fatal. Par un vote de 251 contre 217, on retrancha la clause qui permettait l’entrée du Parlement aux catholiques, et la mesure fut abandonnée.

En 1819, des propositions favorables à l’émancipation furent repoussées dans les deux Chambres. La même année, lord Grey présenta un bill dont l’objet était précisément la suppression du serment fameux, qui agite en ce moment l’opinion, l’abrogation des déclarations contre la transsubstantiation et l’invocation des Saints, requises des officiers civiles et militaires et des membres du Parlement. Ce bill fut rejeté par une majorité de cinquante neuf voix dans la Chambre des Lords. Mais dans la Chambre des Communes, une motion favorable aux catholiques ne fut repoussée que par deux voix.

En 1821, une motion du même genre fut adoptée par les Communes, à une majorité de six voix. En 1822, la majorité monta à douze voix, en 1825, à vingt sept voix. Le bill présenté par M. Phunket, en 1821, abolissait la malheureuse déclaration contre la transsubstantiation, la messe et l’invocation des Saints. On comprenait que cette invention des âges de proscription était la clef de voûte de l’intolérance, et que les premiers coups devaient être portés sur le point. Durant toute cette phase, ce fut la Chambre des Lords qui fit échouer les mesures de justice.

Cependant, l’esprit de liberté s’exaspérait devant cette longue résistance de l’oppression. L’opinion catholique s’irritait. L’Irlande était devenue un volcan. Depuis vingt ans, les sessions se succédaient,, les pétitions catholiques s’accumulaient dans les casiers des Communes et de la Chambre des Lords, et après un débat parfois brillant, après un ou deux votes parfois heureux, elles finissaient par aller dormir dans la poussière et les ténèbres des archives parlementaires. Était-il surprenant que l’agitation prit un caractère aigüe ?

En 1827, les catholiques eurent un moment d’espoir. L’homme éminent qui leur avait tendu la main à plusieurs reprises, M. Canning devint premier ministre. Mais au bout de quelques mois, il était mort. Et en face d’un ministère apparemment plus hostile que jamais, la colère succéda à l’espérance. O’Connell, le prodigieux tribun, était descendu dans l’arène, et les échos de sa voix traversant le détroit, venait faire retentir jusqu’à Westminster des clameurs de liberté. L’Association catholique soulevait l’Irlande et poussait tout un peuple, non plus vers les luttes sanglantes et stériles, mais vers la bataille constitutionnelle, implacable et féconde. La question prenait une tournure nouvelle.

En 1818, un fait immense se produisit. À la célèbre élection de Clare, O’Connell fut choisi député de ce comté à la Chambre des Communes. Le grand agitateur, le leader formidable venait frapper à la porte à la porte du palais de Westminster, et, avec lui, c’étaient la liberté civile, les droits égaux, l’équité politique, les franchises populaires, l’âme et le cœur d’une nation qui frappaient.

La résistance n’était plus possible. Wellington, le « duc de fer, » avec ce coup d’oeil clair et ferme qui lui avait fait gagner tant de batailles, comprit que le moment était arrivé de mettre l’épée au fourreau et de traiter. Il gagna le concours de Peel, et ces deux hommes firent adopter par le Parlement anglais, si longtemps récalcitrant, le fameux « Acte d’émancipation de 1820, », voté par 180 vois de majorité aux Communes, et par 103 voix de majorité à la Chambre des Lords.

(Article paru dans le journal Le Courrier du Canada, lundi, 4 mars 1901).

L’histoire est intelligible, mais elle est incompréhensible. Elle se déroule mais ne s’explique pas, elle est inexorable et mystérieuse. (Léonard et Machiavel par Patrick Boucheron). Image : © Megan Jorgensen
L’histoire est intelligible, mais elle est incompréhensible. Elle se déroule mais ne s’explique pas, elle est inexorable et mystérieuse. (Léonard et Machiavel par Patrick Boucheron). Image : © Megan Jorgensen.

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