Relation du voyage de la Dauphine

Relation du voyage de la Dauphine à François Ier, roi de France. Par Giovanni Da Verrazano

Relation du voyage de la Dauphine : Au début du XVIe siècle, bien de marins, suivant la voie ouverte par Christophe Colomb, nourrissaient l’espoir de découvrir le passage qui les mènerait à la Chine du Khan ou au Cathay de Marco Polo.

C’est encore cet objectif que poursiut à 1524 Giovanni Da Verrazano, un navigateur florentin qui persuade ses compatriotes installés à Lyon – Tomasino Guadagni,Giuliano Buonaccrsi, Antonio Gondi et d’autres – de financer une expédition organisée avec le soutien du roi de France François Ier. Grâce à la Relation que Verrazano fit parevnir au roi dès son retour en Europe, en juillet 1524, nous avons conservé le journal de ce voyage.

Le navigateur florentin n’est pas le premier à aborder la côte nord-américaine. En effet, depuis la fin du Moyen Âge, Basques, Portugais ou Bretons viennent pêcher la morue au large de Terre-Neuve. Pourtant, ce texte est le premier où se trouvent relatées la découverte de la partie septentrionale du continent et la rencontre avec ses habitants.

Voici les premières pages du récit du voyage de Verrazano :

« Nous partîmes le 17 janvier passé avec la dite Dauphine du rocher désert qui est proche de l’Île de Madère appartenantr au Sérénissme Roi de Portugal. L’équipage fort de cinquante hommes, était fourni pour huit mois de vivres, d’armes et d’autres engins de guerre et de marine.

Nous navigâmes d’abord par vent de zéphyr, le vent subsolain soufflant avec une agréable douceur. En vingt-cinq jours, nous parcourûmes huit cent lieues. Le 24 février, nous essuyâmes une tempête telle que jamais marin n’en subit de pareille. Nus lui échappâmes avec l’aide de Dieu et grâce à la solidité du navire, porteur d’un nom glorieux et d’un heureux destin, construit pour pouvoir supporter les assauts de la mer. Nous poursuivîmes notre navigation vers l’Occident, en appuyant un peu vers le nord. En vingt-cinq jours nous franchîmes encore plus de quatre cents lieues. Alors apparut une terre nouvelle que nul, ni autrefois ni de nos jours, n’avait jamais vue.

Cette terre, à première vue, semblait assez basse. Nous en étant approchés à un quart de lieue, nous fûmes avertis par des grands feux allumés sur le rivage qu’elle était habitée.

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Nous relâchâmes et nous envoyâmes la chaloupe à terre. Nous vimos alors beaucoup d’indigènes qui accouraient vers le rivage puis s’enfoyaient à notre approche. Parfois, ils s’arrêtaient et se retournaient, nous considérant avec un grand étonnement. Lorsque nous les eûmes rassurés en leur faisant des signes, quelques-uns vinrent à nous, témoignant leur grande joie de nous voir. Ild s’émerveillaient de nos habits, de nos visages et de notre blancheur, nous indiquaient par gestes les endroits où la chaloupe pouvait aborder le plus facilement et nous offraient de victouailles.

Nous prîmes terre. Je dirai brièvement à Votre Majesté ce que nous pûmes apprendre de genre de vie et des mœurs d’essai populations.

Ces gens vont entièrement nus, sauf aux partis honteuses où ils portent des peaux des petits animaux de genre des martres et une étroite ceinture végétale tissée sait de queues d’autres bêtes. Ces queues, en pendant, entourent le corps jusqu’aux genoux. Le reste, ainsi que la tête es découverte. Quelques-uns portent des guirlandes de plumes d’oiseaux. Ils sont noirs de peaux et assez semblables aux Éthiopiens. Leurs cheveux sont noirs aussi épais, mais de médiocre longueur. Ils les rassemblent derrière la tête à la manière d’une petite tresse. Quant aux qualités physiques, ils sont bien proportionnés et de stature moyenne. Certains cependant sont plus grands que nous.

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Leurs poitrines son larges, leurs bras robustes et les autres parties du corps avantageuses. Ils n’ont rien d’autre de remarquable que leurs visages qui ont tendance à être plutôt larges. Ce n’est pas, d’ailleurs, une règle générale, car nous en vîmes beaucoup dont la figure était allongée.

Leurs yeux sont noirs et grands, leurs regards droits et vifs. Leur vigueur est médiocre, mais ils ont l’esprit délié, sont agiles et font d’excellents courreurs. D’après l’expérience que nous avons pu en faire, les deux premières de ces qualités les font ressembler aux orientaux et surtout aux habitants des régions les plus reculées de la Chine. Nous ne pûmes rien apprendre de particulier concernant la vie et les mœurs de ses populations. Cela en raison du peu de séjour que nous fîmes à terre, n’ayant que peu de monde et le navire étant ancré en haute mer.

Nous parvînmes ensuite à une autre terre, loignée de quinze lieues de la susdite île, et y trouvâmos un très beau port. Nous n’y avions pas encore pénétré que nous vîmes des indigènes, montés sur vingtaine de barques, venir vers le navire avec des exclamations de surprise. À une distance d’une cinquantaine de pas, ils s’arrêtaient, considérant le bâtiment, nos visages et nos habits. Puis, en signe d’allégresse, tous ensemble poussaient un grand cri. Lorsque nous je les eûmes rassurés quelque peu en imitant leurs gestes, ils s’approchèrent assez pour que nous puissions leur jeter des grêlots, des miroirs et autres objets de pacotille. Ils prirent ses objets, les regardèrent en souriant et montèrent sans crainte à bord.

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Parmi ces indigènes, se trouvaient deux rois de la plus belle taille et de la corpulence la plus avantageuse. L’un d’eux était âgé d’une quarantaine d’années, l’autre avait vingt-quatre ans.

Ils étaient vétus de la manière suivante. Le plus âgé avait sur le corps une peau de cerf, habillement damassée de broderies. Sa tête était nue il ses cheveux noués sur la nuque. Une large chaîne ornée de nombreuses pierres de couleur entourait son cou. Le jaune roi était accoutré d’une manière analogue.

Cette race est la plus belle et la plus policée que nous ayons rencontrée au cours de l’expédition. Plus grands que nous, les hommes ont le teint bronzé. Certaines sont un peu plus pâles, les autres un peu plus colorés. Leur visage est allongé, leurs cheveux, dont ils ont le plus grand soin, sont longs et noirs. Leurs yeux sont noirs et vifs et leur physionomie douce noble comme celle des sculptures antiques. Je ne parlerai pas à Votre Majesté des autres parties de leur corps : elles sont dignes des hommes les mieux proportionnés..

Les femmes sont également bien faites et belles. Elles sont fort gracieuses, ont l’air agréable et l’aspect plaisant. Leur moeurs et leur conduite sont, comme chez toutes les femmes, celles qu’inspire la nature humaine. Elles vont nues, comme les hommes, avec une simple peau de cerf brodée. Quelques-unes portent au bras de superbes peaux de loups-cerviers. Leurs têtes sont découvertes et ne sont ornées que de tresses formées par leurs cheveux qui pendent des part et d’autre de la poitrine. Quelques-unes cependant coiffées à la façon des femmes de l’Égypte et de de la Syrie. Ce sont celles qui ont atteint un certain âge et sont mariées.

Relation du voyage de la Dauphine

Hommes et femmes portent des pendantes d’oreilles à la manière des Orientaux, notamment des lamis de cuivre cisélé, métal qui ce peuple met à plus haut prix que l’or. Ce dernier métal, en effet, n’est pas apprécié. Il est même tenu pour le plus méprisable à cause de sa couleur, le bleu le rouge étant surtout goûtés.

Parmi les présents que nous faisions à ces indigènes, les grelots, la verroterie bleue et les colifichets à mettre aux oreilles et autour du cou étaient les plus prisés. Ils n’avaient aucune estime pour les draps de soie, d’or ou d’autre sorte et ne se souciaient pas d’en recevoir. Il en était de même des métaux, tels que le fer et l’acier. À plusieurs reprises, ils témoignaient qu’ils n’avaient pas d’admiration pour les armes que nous leur montrions. Ils ne nous en demandaient pas et ne s’intéressaient qu’à leur mécanisme. Ils ne se souciaient pas d’avantage de recevoir des miroirs. Lorsqu’ils s’y étaient regardés, ils nous les rendaient en riant.

Ces indigènes sont forts généreux et donnent tout ce qu’ils possèdent. Nous nous liâmes avec eux d’une grande amitié. La veille de notre entrée dans le port, comme le temps contraire nous faisait demeurer à l’encre à une lieu en mer, ils vinrent au vaisseau avec un grand nombre de leurs barques. Ils avaient le visage peint de diverses couleurs et témoignaient qui s’était là une marque d’allégresse. Ils nous apportaient aussi des vivres. Leurs gestes indiquaient l’endroit par lequel nous devions pénétrer dans le havre sans danger pour le navire. Ils nous accompagnèrent jusqu’ au moment où nous jetâmes l’ancre.

Portrait de Giovanni Da Verrazano. Peintre – Francesco Allegrini (1729-17..). Graveur – Giuseppe Zocchi (1711-1767). Image libre de droit.

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