Les rébellions armées de 1837 – 1838 au Bas-Canada
Rébellions armées : Au début du mois de novembre 1837, tandis que plusieurs patriotes sont en prison, beaucoup d’autres se regroupent dans les villages de la vallée du Richelieu ainsi qu’à Saint-Eustache, au nord-ouest de Montréal. Ils se préparent à affronter l’armée britannique. En effet, dès la fin de l’été 1837, le gouverneur Gosford a fait venir des renforts de la Nouvelle-Écosse et du Haut-Canada. Plus de 3000 militaires britanniques sont désormais postés à Montréal et à Québec. À la mi-novembre, les militaires reçoivent l’ordre de mettre fin au mouvement de révolte des Patriotes.
Les principaux événements de 1837
Le 23 novembre 1837, une troupe britannique d’environ 500 hommes attaque les Patriotes regroupés dans le village de Saint-Denis. Les rebelles, qui sont à peu près 200, ont à leur tête Wolfred Nelson, l’un des principaux chefs révolutionnaires. Après quelques heures de combat au cours duquel les Patriotes se barricadent pour résister à l’assaut des soldats britanniques, ces derniers se retirent, à court de munitions. C’est la seule et unique victoire patriote des rébellions.
Deux jours plus tard, soit le 25 novembre, environ 350 soldats britanniques mènent en assaut contre 80 patriotes réfugiés dans le manoir seigneurial de Saint-Charles, à quelques kilomètres de Saint-Denis. La bataille fait de nombreuses victimes parmi les rebelles. Les soldats prennent le village et brûlent plusieurs maisons. Le 5 décembre, le gouverneur Gosford proclame la loi martiale. Cette mesure permet aux autorités d’arrêter et d’emprisonner toute personne soupçonnée de soutenir les rebelles.
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Du 7 au 13 novembre, Mackenzie a un groupe de quelques 400 partisans du Haut-Canada affrontent un régiment britannique d’environ 1000 soldats à Toronto. Les rebelles subissent de lourdes pertes et s’enfuient dans la région du Niagara, entre le lac Ontario et le lac Érié. Réfugié dans l’île Navi avec 200 partisans, Mackenzie proclame la République du Canada, un gouvernement révolutionnaire provisoire. Le 11 janvier souvent, il fuit aux États-Unis avec ses hommes.
Le 14 décembre, une troupe de 1500 soldats britanniques et miliciens royalistes attaquent les 250 patriotes postés à Saint-Eustache. Face à ces forces bien armées et supérieures en nombre, les rebelles dirigés par le médecin Jean-Olivier Chénier, se réfugient dans l’église, le presbytère et le manoir seigneurial. Après quatre heures de violents affrontements les rebelles sont vaincus. Plusieurs sont tués, dont Chénier. Les miliciens royalistes pillent et brûlent le village, ainsi que celui de Saint-Benoît, un village voisin.
Les principaux événements de 1838
En janvier 1838, le gouverneur Gosford retourne au Royaume-Uni. Londres envoie un nouveau gouverneur dans la colonie, John George Lambton, compte de Durham. Celui-ci reçoit le mandat d’enquêter sur les rébellions.
Le 28 février, des Patriotes réfugiés aux États-Unis fondent l’association des Frères chasseurs, une organisation secrète qui a pour but de renverser le gouvernement du Bas-Canada. Avec Robert Nelson à leur tête, ils publient la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada.
Au mois de juin, le gouverneur Durham envoie huit prisonniers patriotes en exil aux Bermudes. La même condamnation s’applique à plusieurs chefs fugitifs qui trouvent refuge aux États-Unis. Durham fait décréter une amnistie générale pour tous les autres Patriotes.
Le gouverneur Durham est blâmé par Londres pour avoir proclamé une amnistie générale. Le 1er novembre, cinq mois après son arrivée, il retourne au Royaume-Uni, où il redire son rapport sur les rébellions.
En novembre, les Frères chasseurs reprennent les combats afin de créer un soulèvement populaire et de prendre Montréal. Désorganisés, ils sont battus par les miliciens royalistes à Lacolle et à Odelltown, au sud de Montréal. L’armée britannique rattrape les rebelles qui s’enfuient dans la vallée du Richelieu. Robert Nelson et quelques autres réussissent à fuir aux États-Unis.
Des rebelles américains, alliés aux frères des Frères chasseurs et de Mackenzie, attaquent la région du Niagara et le village de Prescott dans le Haut-Canada. Eux aussi sont repoussés par des miliciens. Ces dernières batailles marquent la fin des affrontements armés.
La fin des rébellions
Depuis 1837, les institutions parlementaires du Bas-Canada sont abolies. La province est administrée par un Conseil spécial dirigé tour à tour par le gouverneur Gosford, le général John Colborne et le gouverneur Durham. En vertu de la loi martiale, plus de 1200 personnes sont jetées en prison pendant les rébellions. Plusieurs centaines d’entre elles sont de simples sympathisants à la cause des rebelles. Ce sont principalement des cultivateurs, des ouvrières et des artisans.
À la fin de l’année 1838, pour décourager tout nouveau mouvement de rébellion, le général Colborne et les membres du Conseil spécial créent une cour martiale en vue de juger les Patriotes faits prisonniers durant les batailles. Au total, le pouvoir condamne 99 patriotes à la peine de mort.
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De ce nombre, l’autorité pendra 12 à Montréal, devant la prison du Pied-du-Courant, en décembre 1838 et en février 1839. D’autres 580 se verront exilés en Australie. On relâche les autres après avoir purgé une peine de prison. Dans le Haut-Canada, 20 rebelles son exécutés et une centaine d’autres sont déportés.
Dans les deux Canadas, la population est en état de choc à la suite des condamnations. Pour maintenir l’ordre public, l’armée britannique des milices réalistes sont présentes sur l’ensemble du territoire. Tout le monde attend que le Royaume-Uni décide du sorte des deux colonies.

La violence de l’affrontement, rapportées dans les journaux, scandalise l’opinion publique, mais témoigne aussi de la volonté des autorités britanniques d’écraser les rébellions :

Notes sur les rébellions armées
Amnistie : Loi qui efface une condamnation.
Sympathisant : personne qui appuie les idées d’un parti ou d’un groupe sans adhérer à celui-ci.
Cours martial : Tribunal militaire fonctionnant en temps de guerre ou de révolte.
Rébellions armées : Ligne du temps 1937
23 novembre 1837 : Victoire des Patriotes à Saint-Denis.
25 novembre 1837 : Défaite des Patriotes à Saint-Charles.
5 décembre 1837 : Proclamation de la loi martiale.
7 décembre – 13 décembre 1837 : Rébellions dans le Haut-Canada. Défaite des rebelles.
14 décembre 1837 : Défaite des patriotes à Saint-Eustache
Rébellions armées : Ligne du temps 1838
Janvier 1838 : nomination du comte de Durham au poste de gouverneur du Bas-Canada.
28 février 1838 : Fondation de la société secrète des Frères chasseurs. Déclaration d’indépendance du Bas-Canada.
Juin 1838 : Condamnation à l’exil de quelques Patriotes. Amnistie générale pour les autres.
1er novembre 1838 : Rappel de Durham au Royaume-Uni.
7 novembre 1838 : Défaite des Frères chasseurs à Lacolle.
8 novembre 1838 : Défaite des Frères chasseurs à Odelltown.
Testament politique de François-Marie-Thomas-Chevalier de Lorimier
Un extrait du testament politique de François-Marie-Thomas-Chevalier de Lorimier (1803 – 1839). Emprisonné par suite de sa participation aux batailles de Lacolle et d’Odelltown, les autorités pendent De Lorimier le 15 février 1839. La vielle de son exécution, il adresse une lettre au public et à ses amis :
Prison de Montréal, 14 février, à 11h00 du soir :
Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore son courage et des espérances pour l’avenir. Mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours. Ils seront libres. Un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. Voilà ce qui me remplit de joie lorsque tout est désolation et douleur autour de moi. Les plaies de mon pays se cicatriseront. Après les malheurs de l’anarchie et d’une révolution sanglante, le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent.
Source du texte : Le Québec en deux temps. Par Virginie Krysztofiak, Paul Ste-Marie, Raymond Duchesne, Geneviève Goulet. Éditions Pearson, 1989.