Gaspésie

Piraterie en Gaspésie

Piraterie en Gaspésie

La piraterie en Gaspésie après la Conquête

Après 1760, la piraterie réapparaît sur la côte de Percé (voir notre texte La piraterie en Gaspésie avant 1760). Ce fut pendant les guerres américaines, de 1774 à 1783 et de 1812 à 1815, et encore des Bostonnais!

Signalons, entre plusieurs, les quelques documents suivants. Le 3 octobre 1778, une requête est adressée au Lieutenant Gouverneur Nicholas Cox pour le remercier du secours obtenu au cours de l’été et demander que ce secours soit continué jusqu’à la fin de la saison de pêche; la requête est signée par Félix O’Hara, Peter Fraser, Philip Journaux, Théopilius Fox, George Geddes et Joseph Arbour (quatre sont de Percé).

Cette requête n’ayant pas eu de succès, une deuxième est envoyée au Gouverneur Général lui-même, alors Haldimand : « Ayant attendu (en vain) la venue de quelques bateaux de Sa Majesté sur cette côte, nous nous trouvons dans l’obligation de supplier de nouveau votre Excellence de nous envoyer quelques secours.

« Les ports des alentours ont déjà été saccagés et pillés de leur petit avoir. Nous sommes nous-mêmes harcelés tous les jours et le même sort nous attend si nous sommes laissés à nous-mêmes. » Les signataires sont Peter Fraser, Théophilus Fox, John Urqhart, George Geddes et Geo. Richardson D.S. (trois sont de Percé). Le Gouverneur demande alors au Capitaine Augustus Hervey, Commandant du Viper, de faire tout en son pouvoir pour venir en aide à Percé. Le Capitaine Hervey réponde qu’il aimerait bien faire beaucoup mais qu’il dispose de peu.

Une correspondance de Félix O’Hara, de Gaspé, nous fournit des détails intéressants là-dessus. Elle est adressée au Gouverneur Général Haldiman :  « Je profite de la première occasion, dit-il, pour vous informer que, depuis quelque temps, nous avons été dans un état d’alarme continuel à cause de deux pirates américains, dont l’un a atterri à Percé et s’est emparé de toutes les embarcations qu’il y a trouvées… Il m’ont amené prisonnier sur un bateau et, après un long interrogatoire en présence du tribunal le plus misérable, le plus haineux et le plus injuste qu’un pauvre inculpé ait jamais connu, je fus acquitté de l’accusation fausse et sans fondement d’être riche et traité en conséquence. Je fus renvoyé à terre dans un canot avec toutes sortes de marques de mépris.

« Après avoir tout détruit sans discernement, ils profitèrent de la marée basse pour s’approcher et jeter l’ancre. Ils y sont encore et Dieu seul sait si nos propres demeures sont en sûreté. Je passe sous silence les propos désagréables que ces bandits font circuler à Votre sujet. Je souhaiterais être plus calme au moment où je vous écrie, mais j’ai encore devant moi la vue de ces vandales et leurs feux diaboliques ne sont pas encore éteints. Que tout cela excuse mon griffonnage… »

Le journal de Charles Robin, dont la rédaction remonte à 1777 – à moins qu’une partie antérieure ait été perdue ou détruite – nous livre lui aussi des détails non moins intéressants. Nous y apprenons que, en juin 1777, Charles Robin et son frère John, lors de leur retour au Canada après avoir passé l’hiver en Jersey, échappèrent de justesse aux pirates américains, qui leur prirent un bateau. Le 11 juin de l’année suivante, deux de leurs bateaux sont capturés : le Bee, chargé de 2,000 qts de morue et d’une partie du stock dont les pirates ont pillé le magasin, et le Hope, chargé de 1,400 qts de morue. Charles lui-même ne réussit à se sauver qu’en se réfugiant dans les bois. Heureusement, grâce à l’assistance des bateaux côtiers Hunter et Viper alertés par le Capitaine Fainton, de Percé, les deux furent repris et la marchandise recouvrée, à l’exception de quelques bagatelles que les pirates avaient troquées avec les sauvages de Ristigouche.

De nouveau, le 25 juillet suivant, leur bateau Neptune est capturé avec 1,050 qts de morue, ainsi que plusieurs barges, dont l’une est reprise par le bateau côtier St. Peter. « Vous pouvez être assuré, conclut Charles dans une lettre à son frère, que nous allons faire tout en notre pouvoir pour protéger nos personnes et nos biens… Le Bee est tout armé… Nos hommes de Percé et d’ici montent la garde jour et nuit… Nous vivons des temps difficiles et mes responsabilités sont écrasantes… Cet endroit n’est presque plus viable pour un Anglais : les habitants se sentent attirés vers les Américains… » Ce qui prouve que le profit ne va pas sans tracas ni l’exploitation sans mécontentement.

Faut-il attribuer à la piraterie, à l’organisation fenienne ou à une simple manifestation américaine – on sait qu’à ce moment nos voisins étaient à la veille de la guerre civile = ce qui eut lieu en juillet 1858? « Je redoute les Américains, écrivait le Curé Guilmet, le 12 juillet; jeudi dernier, cinquante goélette américaines étaient moulées à Percé et plus de sept cents hommes paradaient dans nos rues… »

De même, en 1866, on craint les Fenians. Le Conseil municipal passe alors la résolution suivante : « Que ce Conseil condamne toute attaque des Fenians et qu’il est prêt à mettre sur pied une compagnie de milice, si nécessaire ». Il ne semble pas qu’il ait été nécessaire de mettre cette résolution à exécution.

Percé lui-même, avec le temps, devait avoir ses propres pirates. C’est ainsi que l’ancêtre Peter de Val, Capitaine du Vautour et à l’emploi des marchands jersiais installés à l’île Bonaventure, s’illustra en un exploit célèbre contre une frégate française, au cours des guerres napoléoniennes. C’est à la suite de ces exploits qu’il acquit du Lieutenant Gouverneur Cox la propriété de l’île Bonaventure et s’y établit.

Notons finalement qu’organisée en Irlande vers 1858, la « Société des Fenians » avait pour but de libérer, par tous les moyens, légitimes ou non, son pays du joug de l’Angleterre, à l’égard de laquelle elle professait une haine féroce et dont elle voulait se venger. Dès 1861, la société était régulièrement organisée aux États-Unis.

Voir aussi :

Rocher Percé aujourd’hui. Photo d’Olga Fedak.

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