Histoire du Québec

Ordre de Bon Temps

Ordre de Bon Temps

Champlain, aimant la vie joyeuse fonda l’Ordre de Bon Temps

Il nous parait intéressant de rappeler, au moyen du seul document d’archive disponible, l’un des aspects les plus attachants de la vie du père de la Nouvelle-France.

Nous voulons parler de la création de l’Ordre de Bon Temps. Nous verrons, grâce au texte paru dans le Bulletin des Recherches Historiques, de Juin 1899, que Champlain a été un précurseur dans le domaine de la psychologie appliquée.

Il s’est aussi inspiré d’une coutume encore suivie a bord de tous les navires de guerre : le cérémonial dos repas au carré des officiers. Il ne saurait exister de correspondance très étroite entre les procédures suivies a bord d’un bâtiment de guerre et les joyeuses agapes des compagnons de Champlain, c’est évident, mais voyons plutôt ce que l’auteur du document auquel nous faisions allusion, peut nous apprendre et ce que Champlain lui-même a consigné au sujet de celle heureuse tradition, encore bien vivante en Nouvelle-Ecosse, l’Acadie si riche d’histoire et que l’on ne saurait dissocier du souvenir du fondateur de Québec. Grâce à cet article, signé, « Ignotus », nous verrons que les lettrés ne manquaient pas dans l’entourage de Samuel de Champlain. C’est même à dessein que l’ordonnateur des « festins » de l’Ordre de Bon Temps portait le titre d’Architriclin.

Transportons-nous à Port-Royal, en Acadie, durant l’hiver de 1606 a 1607 Depuis bientôt trois ans, un groupe de hardis Français travaille a fonder un établissement dans ce coin de l’Amérique septentrionale.

En 1604, Pierre du Gua, sieur de Monts, gouverneur de Pont, nommé lieutenant du roi, a organise une expédition pour l’Acadie. Accompagne de Pontgrave, de Champlain et ce Poutrincourt, il a contourne la péninsule acadienne, a pénétré dans une baie magnifique qu’il a appelée la baie Française, découvert la Baie de Port-Royal, ainsi nommée par Champlain, et de les premiers fondements d’un établissement sur l’Île Ste-Croix, à l’Ouest de la baie Française après un hivernement en cet endroit (1604-1605), de Monts a transfère l’établissement à Port-Royal, puis il est retourné en France, où Poutrincourt l’avait précédé des l’automne de 1604. Pontgrave et Champlain sont restés à la tête de la petite colonie, y ont hivernée, (1605-1606) et, au moment de retourner en France, faute de secours, au commencement de l’été 1605, ils ont vu arriver avec joie un vaisseau bien équipé commandé par Poutrincourt qui est accompagné d’un avocat parisien nommé Marc Lescarbot.

Alors Pontgrave s’est embarqué pour la mère-patrie. Champlain est demeure en Acadie avec Lescarbot et Poutrincourt. En compagnie de ce dernier il a explore la côte américaine vers le sud, jusqu’au de là du 4le degré de latitude. De retour a Port-Royal, où Lescarbot les a accueillis par une fête domestique, poétique et musicale, dont les « Muses de la Nouvelle-France » nous ont conservé la mémoire, ils se sont livres tous ensemble à certains travaux de défrichement, de construction, voire même d’embellissement. Maintenant l’hiver, un de nos hivers est arrivé. Il a jeté sur les plaines, les montagnes et les forêts un épais et blanc manteau.

Au fond de l’Habitation de Port-Royal, une poignée de Français se trouve comme perdue au milieu de ces contrées nouvelles, peuplées de tribus sauvages et séparées de la vieille patrie par des centaines de lieues. Sans doute, les fronts doivent être souvent assombris, parmi les hardis hivernants ?

À Port-Royal

Pénétrons dans l’habitation. C’est l’hégire du repas. Que signifie cet air de réjouissance, cette pompe, cet appareil ?

Voici Champlain, le vaillant explorateur, Poutrincourt, l’intrépide capitaine. Lescarbot, le docte avocat. Robert Gravé le digne fis d’un père justement estimé, Louis Hebert, apothicaire et pionnier, et dix autres qui défilent devant nous, portant chacun un plat fumant et suivant processionnellement un chef décoré d’un collier, dont le dextre tient bâton d’office.

Salut au premier club du Canada ! Nous sommes en présence des Compagnons de l’Ordre de Bon Temps fondé à Port-Royal en Acadie, sous le règne de Sa Majesté Henri IV, roi de France et de Navarre, en l’An de Grâce 1607, par Samuel de Champlain, futur fondateur de Québec.

En quoi consistait cet Ordre ? Champlain et Lescarbot vont nous l’apprendre par le menu.

« Nous passâmes cet hiver fort joyeusement », lisons-nous dans la Relation des Voyages ce Champlain (édition Laverdière. tome III p 120), et fîmes bonne chère, par le moyen de l’Ordre de Bon Temps que j’y établis, qu’un chacun trouva utile pour sa santé, et plus profitable que toutes sortes de médecines dont on peut user.

Cet Ordre estoit une chaîne que nous mettions avec quelque petite cérémonie au col de l’un de nos gens, lui donnant la charge pour ce jour d aller chasser ; le lendemain on la baillait à un autre, et ainsi consécutivement : tous lesquels s’efforçaient à l’envie à qui ferait le mieux et apporterait la plus belle chasse. Nous ne nous en trouvâmes pas mal, n’y les Sauvages qui estoient avec nous ».

Donnons maintenant la parole à qui est le plus fécond en details : « Je dyrai que pour nous tenir joyeusement et nettement quant aux vivres, fut établi un Ordre en la table du sieur Poutincourt qui fut nommé l’Ordre de Bon Temps, mis premièrement en avant, par le sieur Champlain, auquel ceux d’icelle table estoient maitre-d’hôtel. Chacun à son tour, qui estoit en quinze jours une fois. Or, avait-il le soin que fussions bien et honorablement traités.

Ce qui fut si bien observé, que (quoique les gourmands de deçà nous disent souvent que nous n’avions point là la rue aux Ours de Paris) nous y avons fait ordinairement aussi bonne chère que nous saurions faire en cette rue aux Ours et à moins de frais.

Car il n’y avait celui qui deux jours devant que son tour vinst ne fut soigneux d’aller a la chasse outre à la pêcherie et n’apporta quelque chose de rare, ou ce qui estoit de notre ordinaire. Si bien que jamais au déjeuner, nous n’avons manqué de souspiquets de chair ou de poissons, et au repas du de midi et du soir encore moins : car c’estoit le grand festin, là où l’architriclin, ou Maître-d’Hôtel (que les Sauvages appelaient (Atoctegic), ayant fait préparer toutes sortes de choses au cuisinier, marchait la serviette sur l’épaule, le bâton d’Office en main, et le collier de l’Ordre au col, qui valait plus de quatre écus et, tous feux d’icelui Ordre après lui, porta ns chacun son plat. Le même estoit au dessert, non toutefois avec tant de suite.

Et au soir, avant de rendre grâce à Dieu, il résignait le collier de l’Ordre avec un verre de vin à son successeur en la charge et buvoient l’un à l’autre. J’ay dit ci-devant que nous avioas du gibier abondamment, Canards, Outardes, Cyesquises et Cianches, Perdrix, Alouettes et autres oiseaux ; plus des chairs
d’Ellans, de Caribous, de Castors, de Loutres, d’Ours, de Lapins et de Chats-Sauvages ou Léopars, de « Wibachés » et autres telles que les sauvages prénommaient, dont nous faisions chose qui valoit bien ce qui e,-1 en la rôtisserie de la rue aux Ours, et plus encore ; car entre toutes les viandes, il n’y a rien de si tendre que la chair d’élan, dont nous faisions aussi de bonnes pâtisseries ni de si délicieux que la queue de castor ».

Voilà ce que c’était que l’Ordre du Bon Temps. C’est ainsi que ces vaillants pionniers de la colonisation chrétienne et française, trompaient les ennuis de l’absence et de l’éloignement du sol natal, et conservaient haut et ferme leur courage au milieu des difficultés et des périls.

L’Ordre du Bon Temps s’éteignit avec le départ de Champlain, de Poutrincourt et de Lescarbot qui furent forcés d’abandonner l’Acadie, à l’automne de 1607, par suite de la révocation de M. de Monts. » — Ignotus.

Peu de documents attestent aussi hautement des qualités de chef, du père de la Nouvelle-France, de sa sollicitude pour ses compagnons et fie sa profonde compréhension de la nature humaine. Les événements relatés dans le document reproduit ci-haut contiennent de sages enseignements et apportent le reflet des conditions de vie auxquelles fondateurs de notre pays que d’émerveillements et devisions inoubliables, elle est laite de renoncements et du déploiement de mille et une ressources de l’esprit et du coeur.

En fondant l’Ordre du Bon Temps, dont Port-Royal et non Québec, a été le berceau, Champlain posait un geste qui lui mérite autant d éloges que d’autres épisodes plus importants peut-être, sur lesquels les historiens se sont penchés.

Ordre de bon temps. Photo de GrandQuebec.com.
Ordre de bon temps. Photo de GrandQuebec.com.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *