Le libéralisme au Bas-Canada dès la fondation jusqu’à la fondation du Canada-Uni
Depuis 1791, le Bas-Canada connaît d’importants changements démographiques, économiques et politiques. Grâce à la création de la Chambre d’assemblée, les députés canadiens découvrent le parlementarisme, un régime politique qui leur procure une tribune pour défendre les intérêts de la population canadienne et faire entendre leurs revendications. Cependant ce n’est pas encore une véritable démocratie. Les députés se aperçoivent que le fonctionnement du gouvernement colonial limite grandement le pouvoir de la Chambre d’assemblée.
La montée du libéralisme au Bas-Canada
Dans ce contexte politique, de plus en plus de députés canadiens adhèrent à des idées libérales telles que l’égalité des droits, la liberté d’expression et la liberté de penser. Ces valeurs sont à la base des révolutions américaine et française. Inspirés par les principes ces, les députés canadiens se mettent à revendiquer davantage de pouvoir au sein du gouvernement. Ils finissent ainsi par être reconnus comme les représentants d’un peuple, la nation canadienne.
À la tête du Parti canadien depuis 1815, le jeune avocat Louis-Joseph Papineau s’impose rapidement comme un fervent défenseur du libéralisme. Papineau et ses députés soutiennent qu’à titre de représentants élus par la population, ils ont un droit de regard sur l’application des lois et sur les dépenses du gouvernement. Ils réclament donc la création d’un gouvernement responsable. Selon eux, cette forme de gouvernement, qui existe déjà en Grande-Bretagne, est le meilleur moyen d’accéder à une véritable démocratie dans la province.
Dans un gouvernement responsable, le partie majoritaire, celui qui possède le plus grand nombre de sièges à la Chambre d’assemblée, a le pouvoir de nommer les membres du Conseil exécutif, c’est-à-dire les ministres. Ce Conseil à la responsabilité d’appliquer les lois et doit justifier ses dépenses devant la Chambre d’assemblée. C’est ce qu’on appelle la « responsabilité ministérielle ». Si les décisions du Conseil des ministres ne correspondent pas aux attentes de la majorité des députés, l’Assemblée peut exiger sa démission. La création d’un gouvernement responsable va à l’encontre des intérêts des Britanniques, qui, depuis 1791, nomment eux-mêmes les membres des conseils législatif et exécutif.
La naissance du nationalisme canadien
Face à la croissance de l’immigration britannique et du pouvoir économique de la bourgeoisie d’affaires, les Canadiens prennent peu à peu conscience du fait que les autorités coloniales souhaitent implanter une société de culture britannique, anglophone et protestante dans la province. Même s’ils forment encore plus de 80% de la population du Bas-Canada, en raison de leur taux de natalité élevée, les Canadiens ont de plus en plus le sentiment que leurs droits et leurs traditions sont en danger.
Papineau et les députés du Parti canadien, rebaptisé Parti patriote en 1826, militent pour l’affirmation et l’autonomie politique de la nation canadienne. Les revendications du Parti patriote s’appuient sur le principe de nationalité, principe libéral opposé aux politiques colonialistes des Britanniques. Aux yeux de la population canadienne, Papineau et son parti incarnent désormais la défense des intérêts et des droits des Canadiens face à l’impérialisme britannique.

Note
Nation : Population qui occupe un territoire. Elle est uni par un sentiment d’appartenance, à une culture, à une histoire et à des institutions.
Gouvernement responsable : Forme de gouvernement où les représentants élus ont le véritable pouvoir. On choisit les membres du Conseil exécutif par et parmi le parti majoritaire à la Chambre d’assemblée. Ils sont responsables de leur acte devant celle-ci.
Principe de nationalité : principe libéral selon lequel tout peuple qui occupe un territoire défini à droit à son autonomie politique.


Source du texte : Québec en deux temps. Par Virginie Krysztofiak, Paul Ste-Marie, Raymond Duchesne, Geneviève Goulet. Éditions Pearson, 1989.