Lettre de Carleton, le gouverneur du Canada, à très honorable comte de Shelburne, l’un des principaux secrétaires d’État de Sa Majesté
Lettre de Carleton. Québec, 25 octobre 1766.
Milord,
J’ai l’honneur d’accuser réception de la lettre de Votre Seigneurie en date du 9 août, et de l’arrêté du Conseil de la veille auquel je me conformerai ponctuellement. Je dois vous entretenir des motifs qui ont donné lieu aux reproches ci-inclus des membres du Conseil.
Votre Seigneurie constatera par ma lettre aux lords du commercer, par les procès-verbaux du Conseil et par ceux du comité que rien n’a été fait qui exigeât une réunion du Conseil; c’est simplement par mesure de prudence et pour obtenir des renseignements particuliers que j’ai réuni quelques conseillers. Quant aux membres du Conseil, ils ne peuvent entretenir de doute au sujet de celui qui doit avoir la préséance. Tel comme le prouve le cas de M. Stuart. Jusqu’à présent j’ai cru devoir garder le silence sur ce sujet, non que je doute des intentions du roi, mais parce que je sais que ces messieurs cherchent un prétexte pour résigner et faire du bruit. Je vais leur donner le temps de se refroidir et de réfléchir jusqu’à ce qu’il devienne nécessaire de convoquer le Conseil.
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Le principal instigateur de l’opposition projetée est M. Mabane qui a suivi l’armée en ce pays en qualité d’aide – chirurgien, et qui, croyant et espérant que ce gouvernement est instable, est décidé à soulever une agitation considérable. J’espère qu’il ne réussira pas. Le capitaine Cuthbert me menace sérieusement en me représentant qu’il a de nombreux amis; il dit que lors du départ du gouverneur Murray, il a été forcé par celui-ci contre son gré dans le Conseil, mais qu’aujourd’hui comme membre de ce Conseil, il veut montrer quel est celui qui a des amis et quel est celui qui en doit sortir. Je ris et ne réponds pas.
M. Walter Murray, qui a joué le rôle de comédien ambulant dans les autres colonies, est un des conseillers. M. Mounier, un autre membre du Conseil, est un commerçant honnête et tranquille. Pourtant, comme presque tous les Canadiens, il est peu familier avec notre langue et nos coutumes. Il signera donc sans examen tout ce que les amis le solliciteront de signer. Fait aussi partie du conseil, le Colonel lrving qui avoue avoir signé ce qui suit et Varrêté du conseil ci-dessus mentionné parce que ses amis le désiraient.
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Je considère toutes ces difficultés sans importance, comme la conséquence naturelle de la dernière tempête. Après quelques mois de calme elles feront graduellement place à la tranquillité et disparaîtront. En général les sujets de Sa Majesté dans cette contrée ont plus besoin d’instruction que de réprimande. La volonté du roi, une fois bien connue, et les mesures qu’on prendra avec fermeté pour la faire observer, rencontreront ici, ou je me trompe beaucoup, une soumission paisible et respectueuse en dépit de l’opposition de quelques individus intéressés.
Je suis avec le plus profond respect et la plus grande estime, de votre Seigneurie. Je suis le plus humble et le plus obéissant serviteur.
Guy Carleton, lord Dorchester (deuxième gouverneur du Canada après la Conquête).
Source du texte : Journal Le Boréal Express.
Illustration : Guy Carleton.