Histoire du Québec

L’épidémie et les théâtres

L’épidémie et les théâtres

L’épidémie de la grippe espagnole et les théâtres

La décision prise par les autorités de faire encore ferme les théâtres demain, dimanche, indique que ces autorités sont décidées à maintenir le sévère régime de précautions contre l’épidémie. Jusqu’à ce que tout danger ait disparu.

Nous n’avons qu’à nous incliner et à obéir, supportant les sacrifices pénibles que ces précautions comportent.

Il en résulte évidemment de la gène pour tout le monde ; une diminution drastique d’activité pour le commerce, une diminution à grande échelle de production pour les industries et une diminution de revenu même pour les entreprises d’utilité publique.

Il faut bien que chacun subisse sa part de cette gène. Et si le commerce par exemple est privé de ses heures de ventes dans la matinée et la soirée, il peut compter que sa clientèle achètera toujours ce dont elle a besoin en allant au magasin pendant les heures d’ouverture.

Mais il est un genre d’industrie que les prescriptions des autorités médicales supprime complètement. C’est l’industrie des théâtres, et des vues animées. Pour celle-là, c’est la suppression complète, sans compensation. Et comme pour se protéger les propriétaires de ces établissements ont dû supprimer le salaire de leur personnel, c’est pour ce personnel une mise à pied absolue dont on ne peut encore prévoir la durée.

Or, comme on sait que la plupart des artistes et des autres employés des théâtres vivent au jour le jour, on se figure la situation où les place la perte de leur emploi, d’autant plus que pour la plupart d’entre eux encore, il leur est presque impossible de trouver à s’employer ailleurs.

Nous avons entendu poser à ce sujet la question suivante : Pour le reste de la population, il y a diminution de revenu et comme tout le monde est solidaire devant l’épidémie, tout le monde doit porter sa part du fardeau. Mais pour le personnel des théâtres et des vues animées, c’est la suppression radicale de leurs moyens d’existence.

Puisque c’est dans l’intérêt publique qu’est faite cette suppression, ne serait-il pas juste que le public, par l’organisme qui le représente, c’est-à-dire par notre administration municipale, les indemnise ? Non pas sans doute en leur payant leur plein salaire, mais au moins en leur fournissant les moyens de vivre ?

Nous n’entendons pas résoudre ce problème qui soulève des considérations d’ordre divers et et de délicates appréciations de la solidarité sociale. Nous nous contentons de le poser et de le signaler à l’attention des pouvoirs publics.

Pour les victimes de la grippe

L’assistance par le travail, comité de secours de la Fédération Nationale St-Jean-Baptiste, vient de mettre à la disposition des Fédérations paroissiales la somme de $655.00 pour venir en aide aux indigents atteints de la grippe dans leurs localités respectives. De ce chef 12 paroisses bénéficieront de ce fonds de secours. Les dames de la Fédération agiront de concert avec la St-Vincent de Paul, les religieuses et les sociétés de bienfaisance de la paroisse.

(Texte paru dans le journal Le Canada, samedi 2 novembre 1918).

Vieux-Montréal. La vue sur la rue Saint-Paul en avril 2020 n'est pas certainement très différente telle qu'on voyait cette rue en novembre 1918, en pleine pandémie. Photo de GrandQuebec.com.
Vieux-Montréal. La vue sur la rue Saint-Paul en avril 2020 n’est pas certainement très différente telle qu’on voyait cette rue en novembre 1918, en pleine pandémie. Photo de GrandQuebec.com.

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