Les Iroquois détestent les chauves
En 1642, le père Jogues, capturé par les Iroquois, fut trainé vers les cantons. Le voyage dura treize jours. Chaque fois qu’on rencontrait des groupes ou qu’on atteignait des villages, les barbares célébraient leur capture par des bastonnades et des réjouissances macabres.
Le religieux décrit avec flegme une des réceptions : « Ils nous accueillirent avec des bâtons, des coups de poing et des pierres. Comme ils ont en aversion la chevelure rare et courte, cette tempête se déchaîna en particulier sur moi et sur ma tête chauve. Il me restait deux ongles; ils les arrachèrent avec leurs dents et ils dénudèrent jusqu’aux os, avec leurs ongles très pointus, la chair qui est au-dessous. »
Pourquoi cette aversion spéciale ? Est-ce parce que les chauves ne fournissent pas de beaux trophées de guerre ? On sait que la valeur d’un guerrier iroquois s’établit selon la quantité et la qualité des chevelures scalpées qu’il rapporte de ses expéditions guerrières. Les perruques peuvent suppléer aux déficiences du cuir chevelu, mais répondraient-elles aux exigences de la vanité iroquoise ?
Michel Neveu, dit Chicot, un scalpé bien vivant
Montréal (par D. de C.) — Michel Neveu, dit Chicot, se porte bien, même si, en 1651, les Iroquois lui firent l’honneur d’un scalp. Il est rare que l’on réussisse à vivre après s’être fait enlever la chevelure et un morceau de crâne. Voici les détails de l’attaque au cours de laquelle notre scalpé faillit perdre la tête.
C’était le 6 mai 1651, Jean Boudart et Chicot furent surpris par 8 ou 10 Iroquois qui voulurent s’emparer d’eux.
Dans leur fuite, Chicot se cacha sous un arbre alors que Boudart courait vers sa demeure. Près de celle-ci, il vit sa femme qui venait à sa rencontre. Il lui demanda alors si le logis était ouvert. -« Non, lui répondit-elle, je l’ai fermé. »
— »Ah ! voilà notre mort à tous deux, » lui dit-il, « fuyons-nous-en ». La première prise des Iroquois fut la femme. Elle cria alors’ à son mari de se sauver sans elle. Ce dernier touché par la voix de sa femme la vint disputer à coups de poing contre les barbares. Ils tuèrent le mari et emportèrent la femme. Se rappelant de Chicot, ils commencèrent à le chercher.
L’ayant trouvé, ils voulurent l’amener prisonnier. Mais, lui, se défendant d’une telle façon des mains et des pieds, les sauvages, à cause de l’arrivée des Français, ne purent que lui enlever la chevelure. Ils le laissèrent là à mi-mort.
Grâce aux bons soins de Jeanne Mance, Chicot est encore en vie.

À compléter la lecture :
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.