Histoire du Québec

Immigration des Québécois aux États-Unis

Immigration des Québécois aux États-Unis

Immigration des Québécois aux États-Unis au cours du XIX et la première moitié du XXe siècle

En 1760, lors de la conquête de la Nouvelle-France, les Britanniques commencèrent par réprimer l’Église catholique, suivant les antipathies sectaires qu’ils avaient emportées d’Europe avec eux.

Mais avec la rébellion des Treize colonies et le début de la guerre d’indépendance américaine, en 1775, les Britanniques se mirent à voir les catholiques (dont les principes d’ordre devin s’opposaient naturellement à la démocratie) comme des alliés potentiels. En échange de la collaboration de l’Église, qui userait du pouvoir de la chaire pour dissuader les Canadiens français d’embrasser la cause des rebelles américains, les Britanniques promirent de ne pas s’immiscer dans la gouvernance qu’exerçait l’Église sur la vie quotidienne de son peuple.

Ce qui avait commencé comme une entente nécessaire à la survie de l’Église au Québec se mua en mandat de préservation d’une forme de catholicisme doctrinaire. En 1789, lorsque les révolutionnaires français s’attaquèrent à la religion en démantelant les églises et en profanant les symboles chrétiens, les prêtres conservateurs s’exilèrent au Québec, où ils exercèrent un contrôle encore plus strict sur la vie des gens, notamment en préconisant les familles nombreuses et en refusant la confession aux femmes qui n’avaient pas un enfant tous les deux ans. Une société pauvre, agraire et sans éducation n’avait ni la connaissance ni les moyens nécessaires pour se soulever contre les forces de la théocratie. Les familles de plus de 12 enfants n’étaient pas rares, et les Canadiens français devinrent l’une des populations à la croissance la plus rapide de l’histoire, qui absorbait en outre des immigrants irlandais et écossais, de même que des Autochtones.

Au fil des ans, certains Canadiens français mirent le cap sur le sud pour y trouver des terres ou du travail, ou y fuirent après des tentatives avortées visant à renverser le régime colonial britannique lors des rébellions de 1837-1838. À leurs compatriotes restés au pays, ils racontèrent les hivers plus tempérées aux États-Unis, les emplois abondants, les payees généreuses dans les usines de textile et de cuir et les papeteries de la Nouvelle-Angleterre. Si la cohésion culturelle du Québec – laquelle reposait sur une solidarité française et catholiqu au sein d’un continent largement anglo-saxon – avait autrefois assuré à la province le taux de rétention le plus élevé de toutes les provinces canadiennes, au cours de cette période la vie quotidiennes devint de plus en plus ardue.

De 1784 à 1844, la population du Québec crût de 400 % tandis que les terres disponibles pour l’agriculture ne connaissaient qu’une augmentation de 275%. En 1840, les territoires les plus fertiles avaient déjà été exploités. La rareté des terres, alliée à des années de récoltes pauvres, à la brièveté de la saison de culture et à l’absence d’industrialisation, occasionna entre 1840 et 1930 l’exode de quelque 900 000 Canadiens français – groupe que l’on nomme aujourd’hui la diaspora québécoise. Des milliers de Québécois partirent pour l’OUest canadien et Midwest américain. Mais la majorité – près de la moitié de la population du Québec – s’en fut vers les villes manufacturières de la Nouvelle-Angleterre. Fall River, au Rhode Island, constituera à un certain moment la troisième ville francophone en importance en Amérique du Nord.

Chez les immigrants, les Canadiens français, qui occupaient une position peu enviable dans la hiérarchie sociale de la Nouvelle-Angleterre, étaient souvent regardés de haut, surtout par les Irlandais qui rivalisaient avec eux pour obtenir les emplois et s’arroger le contrôle de l’Église catholique. L’auteur franco-américain Clark Blaise écrit que ces nouveaux arrivants en Nouvelle-Angleterre étaient « l’un des premiers peuples immigrants aux États-Unis à résister au mythe du melting pot et qu’ils étaient donc, d’une certaine façon, semblables aux Latino-Américains d’aujourd’hui. »

Blaise cite un éditorial publié en 1892 dans le New York Times où l’on mettait en garde contre la « singulière ténacité des Canadiens français en tant que race et leur extrême dévotion à leur religion ». On y décrit leur migration comme un « stratagème orchestré par les curés » pour assujettir la Nouvelle-Angleterre au contrôle de la foi catholique romaine. L’éditorial accuse les curés d’empêcher l’assimilation aux mœurs américains : « Il est presque impossible de pénétrer cette masse d’humanité isolée à l’aide des idées modernes… Aucun autre peuple, exception faite des Indiens, ne montre tant de persistance à se répéter soi-même. »

En 1930, en raison du début de la Grande Dépression, le gouvernement américain imposa des contrôles plus serrés aux frontières afin de freiner l’immigration. Les États instaurèrent des politiques forçant les Canadiens français à s’assimiler, en leur interdisant désormais d’étudier exclusivement dans les écoles paroissiales françaises. Des Franco-Américains se rappellent qu’on leur a craché dessus et traité de « frogs », de « pea-souers » et de « dumb Canucks », les enjoignant à parler la langue de la majorité « speak white ». Pour échapper au racisme et faciliter leur assimilation, plusieurs changèrent leurs noms….

(Extrait du livre Bâtisseurs d’Amérique, des Canadiens français qui ont fait l’histoire. « Jack Kerouac », par Deni Ellis Béchard).

Un caractère commun à la grande majorité des typographes, c’est l’amour du progrès et des idées nouvelles (Eugène Boutmy Dictionnaire de l’argot des typographes (1883). Photographie de Megan Jorgensen.
Un caractère commun à la grande majorité des typographes, c’est l’amour du progrès et des idées nouvelles (Eugène Boutmy Dictionnaire de l’argot des typographes (1883). Photographie de Megan Jorgensen.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *