Grève de Louiseville : Règne de terreur

M. Duplessis ne sait comment régler la grève de Louiseville – Député bâillonné

Québec, 11 décembre 1952. Du correspondant du “Canada”) — Les événements de Louisville ont eu leurs échos, cet après-midi, à l’Assmeblée législative. Avant de passer à l’ordre du jour, le chef de l’opposition. M. Georges Marier, a demandé au gouvernement, à cause de la gravité de la situation à Louiseville. de faire connaître ses intentions sur les moyens qu’il entend prendre pour mettre tin à cette grève qui dure déjà depuis neuf mois.

Le premier ministre Duplessis a répondu qu’il n’était pas bien au courant des derniers événements qui se sont déroules; qu’il sait que la grève dure depuis neuf mois, mais qu’il ne connaît pas tous les détails. Après cette entrée en matière, le chef de l’Union nationale a poursuivi en déclarant que les désordres de Louiseville “ne sont pas justifiables ”, et qu ’il y a un jugement qui a dit que “les déclarations de M. Bourbonnière sont des déclarations bolchévistes ».

M. Duplessis a conclu en affirmant: “Nous allons voir à faire respecter l’ordre dans la province afin de lui conserver sa bonne réputation ”.

À peine le premier ministre avait-il fini de parler, M. Gaston Ledoux <Shefford>, un chef ouvrier, se levait pour adresser la parole.

Il fut immédiatement rappelé à l’ordre par l’orateur de la Chambre, M Taché, qui déclara qu’il ne pouvait y avoir débat sur une question posée pour le chef de l’opposition au premier ministre.

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Il y eut des protestations irritées de la part des libéraux, partieulièrement de M. Émilien Lafrance (Richmond), qui désirait lui aussi parler des événements de Louiseville, mais il ne fut plus autrement question de la grève de Louiseville à la Chambre.

Les députés ont adopté en troisième lecture, par un vote de 77 a 0, le bill no 1) modifiant la loi des véhicules automobiles. Les principaux articles de ce bill sont ceux qui exigent un examen de compétence des conducteurs chauffeurs et mécaniciens de véhicules automobiles avant l’octroi d’une licence ou d’un permis.

D’autres clauses ont trait à la vitesse permise tn tel ou tel cas, et aux amendes prévues pour toute infraction à la loi.

C’était la quatiième séance de la Chambre à laquelle le bill No 9 était discuté. Au cours des débats, plusieurs députes libéraux en plus du chef de l’opposition ont souligné les lacunes de la loi telle que présentée, et proposé des améliorations à celle-ci. Mais le gouvernement a refusé de tenir compte des suggestions même les plus opportunés.

Finalement, l’Opposition a voté avec les ministériels en faveur d’une loi qui bien qu’imparfaite, pourra contribuer à réduire le nombre des accidents de la route en notre province.

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La Chambre a ensuite abordé, en fin d’après-midi, l’étude du bill no 27. “Loi pour venir en aide à certaines municipalités ”, qui permettrait au lieutenant-gouverneur en conseil d’exempter, entièrement ou partiellement. Montréal et quatre autres villes des contributions qu’elles doivent actuellement ver ser pour le maintien de certaines écoles spécialisées dans leur territoire respectif.

M. Marier, ainsi que MM. Lionel Ross (Verdun) et René Hamel (St-Maurice), ont tait observer que le projet de loi est trop vague, n’accorde pas effectivement une exemption aux villes mentionnées, mais transféré tout simplement un pouvoir de l’Assemblée législative au gouvernement, qui pourra en suite agir à sa guise, récompensant ou punissant une municipalité selon la façon dont celle-ci aura voté aux élections provinciales.

La discussion se poursuivra sur la bill no 27 demain matin.

Le couvre-feu decrété. Les autos fouillées

Par Stewart Nobbs, de la Presse Canadienne.

LOUISEVILLE, 11 décembre 1952. (P. C.) — La Sûreté provinciale a disperse deux manifestations ou cours d’escarmouches san glantes avec des tisserands en grève, aujourd’hui, a lu la loi contre les attroupements et a impose un couvrc-feu à partir de neuf heures ce soir.

Plus d’une douzaine de grévistes ou de sympathisants ont reçu des blessures. On a hospitalisé cinq personnes. Des détachements spéciaux de la police ont utilisé des bombes lacrymogènes, des revolvers et des bâtons.

Vingt-cinq personnes ou plus arretées et conduites à Montréal. Là, où la Justice les accusera de violation de la loi contre les attroupements (ou loi de l’émeute). La police a laissé entendre que d’autres arrestations suivront dès que les suspects auront été identifies.

Toutes les automobiles entrant dans cette ville industrielle de 3,500 habitants sont arrêtées et leurs occupants, interroges. Dans la ville même, les voitures transportant trois personnes ou plus sont examinées.

Le calme est revenu rapidement après les escarmouches. Au début de la soirée, les magasins étaient ouverts comme d ’habitude. Des rumeurs de toutes sortes circulaient sur la rue et dans les tavernes où se groupaient les hommes de l’endroit. La rumeur voulait même que deux ou trois des blessés fussent morts, mais elle s’est révélée inexacte.

Les escarmouches

La première escarmouche produite en face de l’usine.

L’avocat des grévistes ne peut les voir Mc Pierre Yudboncoeur, avocat bien connu de cette ville, et procureur des Syndicats nationaux, nous declare, au moment de mettre sous presse, que, même muni d ’un mandat du procureur LeSage, de Louiseville, il a vainement tenté de voir les personnes détenues, à Montréal, en marge des éehauffourées d’hier matin, sur le théâtre de la grève du textile, dans la petite ville de Louiseville, sise à soixante-quinze milles à l’est de la métropole.

“J’ai eu plusieurs entrevues et appels téléphoniques, au cours de l’aprés-midi et de la soirée. Dont deux, avec l’inspecteur Norbert Labbé, et une, avec le directeur de la Sûreté de la province, M. Hilaire Beauregard », nous dit Me Vadhoncoeur. “Mais toujours sans le moindre sucrés. Finalement une dernière, vers 11 heures, avec l’officier en charge de nuit, le lieutenant-détective Roger Gauthier. Il m’a répondu qu’il avait reçu des ordres stricts concernant toute communication dans cette affaire ! »

Me Vadhoncoeur a ajouté que vers 9 heures, muni d ’un mandat particulier d’un parent d’un détenu — dont il n’a pas dévoilé l’identité — on l’a également empêché de communiquer avec la personne en question.

Illustration : Grève de Louiseville en 1952, forces de l’ordre. Photo de l’époque, image libre de droit.

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