Fondation du parti l’Action Libérale Nationale

Fondation de l’Action Libérale Nationale : Vers la formation d’un nouveau parti

T. – D. Bouchard poursuivit en effet sa campagne. À Québec, le maire Grégoire avait arrêté l’agitation contre la Québec Power, pour entrer en négociation avec Julian Smith et J. – E. Tanguay, en vue d’un règlement à l’amiable. Mais Philippe Hamel ne s’arrêtait pas. Une ligue de consommateurs, formée sous son inspiration, invita le député-maire de Saint-Hyacinthe à donner une conférence au Palais Montcalm, le 11 juin.

T. – D. Bouchard, présenté par Philippe Hamel et remercié par Ernest Ouellet, dénonce vivement les trusts qui s’assurent la complicité des banques, des compagnies d’assurance, des journaux, des partis politiques. L’avenir industriel et commercial de la province est compromis. Tout n’est pas perdu, cependant. Il est encore temps de nationaliser. Bouchard réclame la nationalisation, par le gouvernement provincial, des ressources hydroélectriques qui ne sont pas encore aliénées; l’annulation des baux consentis sur des sources d’énergie que les compagnies gardent en réserve (le plus souvent, pour empêcher leur utilisation par des compagnies rivales ou par des municipalités); enfin la municipalisation des réseaux de distribution et de vente. Le plan Bouchard, qui s’élabore et se perfectionne au cours de la campagne, comprend l’interdiction des contrats à long terme, par lesquels les compagnies ligotent les municipalités; le groupement de municipalités en syndicats, pour établir et gérer des réseaux de distribution électrique; enfin, l’octroi de subventions aux municipalités rurales pour la pose des lignes de transmission.

La ville de Saint-Hyacinthe, décachetant les soumissions demandées pour l’outillage de son usine d’électricité, constate que onze compagnies demandent les mêmes prix pour les mêmes articles, sans un sou de différence. Les fournisseurs d’appareillage électrique ont reçu et suivi les consignes du trust. Mais la Ligue de Propriétaires de Montréal invite le président de l’Assemblée législative, maire de Saint-Hyacinthe, à répéter son discours de Québec à l’Auditorium du Plateau, le 20 juin. Et la municipalité de Sainte-Anne-de-Bellevue, entraînée par J. J. Harpell, entre à son tour en lutte avec la Montréal Light, Heat and Power, pour obtenir une réduction de taux.

Le radicalisme de T.-D. Bouchard n’effraie pas les membres du Club de Réforme décidés à « relibéraliser » le parti libéral, et qui songeaient naguère à pousser Perron à la place de Taschereau. Le nom de T.- D. Bouchard revient avec persistance dans les rumeurs de fondation d’un nouveau parti. Bouchard obtiendrait sans peine le concours d’Oscar Drouin, député de Québec, et d’Ernest Ouellet, conseiller législative. Un certain nombre de combinaisons s’offrent, suivant les rapprochements à effectuer entre le groupe du Dr. Hamel celui de T. – D. Bouchard, celui de Paul Gouin, et celui de Calder, Guertin et Barreau, derrière lesquels se profile l’ombre vigoureuse de Camillien Houde, maire de Montréal.

Les ministres présentent les intentions de Paul Gouin. Ils lui ont refusé le poste de conservateur du musée provincial, en 1930. Ils lui offrent le poste du conservateur de la bibliothèque en 1934. Trop tard, Au mois de juin, le groupe montréalais : Paul Gouin, Calixte Cormier, Fred Monk et John Martineau, et le groupe québécois : Ernest Ouellet, René Chaloult, Émile Boteau, Horace Philippon, se rencontrent aux Trois-Rivières, au Château de Blois. Les Montréalais veulent toujours relibéraliser le parti libéral. Les Québécois, plus nationalistes, veulent du neuf. Les uns proposent de fonder l’Action libérale ; les autres préféreraient lancer un Parti national. Une transaction s’ébauche. La fondation de l’Action Libérale est virtuellement décidée.

… Duplessis, chef de l’opposition, redoute autant que Taschereau, premier ministre, l’apparition d’un troisième parti. Lui non plus n’a pas manqué d’insister sur l’échec des formations nouvelles, en Ontario et en Saskatchewan. « Deux partis suffisent, dit-il, un bon et un mauvais. »

Duplessis inaugure sa campagne d’été à la Baie-du-Febvre, municipalité rurale, « afin de marquer l’importance primordiale que nous attachons à l’agriculture, au contraire de M. Taschereau « qui s’est fait la propagande de l’industrialisation sur les ruines de l’agriculture. » Et d’assemblée en assemblée, Duplessis et ses lieutenants dénoncent l’aliénation des ressources naturelles, la permanence des droits de coupe, la « farce » de la colonisation et les faveurs accordées au trust de l’électricité.

(Par Robert Rumilly, de l’Académie canadienne-française. Histoire de la province de Québec, XXXIV. Montréal et Paris, 1961).

Pau Gouin
Paul Gouin. Photo de l’époque. Image libre de droits.

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