Histoire du Québec

Le fléau continue ses ravages

Le fléau continue ses ravages

Le fléau continue ses ravages à travers le Québec

(Chroniques du 14 octobre 1918)

À Montréal, dans la seule journée d’hier (14 octobre 1918), 165 personnes ont succombé et plus de 370 cas ont été rapportés. – La situation à Québec, Nicolet, Trois-Rivières et autres localités

Que tous usent de prudence !

La mortalité causée par l’influenza a été plus considérable hier, que les jours précédents ; le chiffre des décès s’est élevé à 165.

Les nouveaux cas rapportés dans la journée se sort élevés à 378, nombre qui n’a été dépassé que jeudi, alors qu’il y a eu 808 nouveaux cas.

Cent dix-neuf (119) des décès d’hier ont été attribués à l’influenza et quarante-six (46) à la pneumonie qui en est la conséquence habituelle. Le total des cas rapportés depuis le 1er octobre, a été de 2 246 et le nombre de décès, 553 (tableau peu rassurant).

Une lueur d’espoir

Malgré ces chiffres déprimants, il n’y a pas encore lieu de désespérer de la situation, cependant.

Rencontré hier, le docteur Boucher a déclaré que par les informations qui lui fournissent les médecins11 ne semble pas y avoir de nouveaux cas de grippe en perspective.

Ceci revient à dire, que les cas enregistrés, hier, sont ceux de gens atteints depuis quelques jours. De leur côté, les pharmaciens affirment avoir moins de prescriptions à remplir, depuis quelques jours. C’est là, on le conçoit, une autre circonstance qui semble prouver que la maladie est sur son déclin.

D’ailleurs, il faut se rappeler qu’une épidémie de grippe dure ordinairement trois semaines, et que le mal a commencé ses ravages dans notre ville, il y a juste quinze jours aujourd’hui.

Dans les hôpitaux

Il y a eu, jusqu’à date, 165 demandes d’admission au refuge Meurling. On a reçu 33 patients. Vingt-neuf autres patients seront admis incessamment. Cinquante-cinq pour cet des cas sont graves. Il y a 43 cas d’influenza en traitement à l’hôpital Western, où il ne s’est pas produit de décès, hier. Il y a eu deux morts à l’hôpital Royal Victoria, sur un total de 60 cas d’influenza. Enfin, on rapporte six décès, parmi 80 patients, à l’hôpital Général.

Nombreuses funérailles

Au cours des derniers jours, il y a eu 100 enterrements par jour. C’est plus qu’en aucun temps auparavant. On n’avait jamais atteint ce chiffre, pas même durant les grandes épidémies au Québec.

Il n’y avait jamais eu plus de trente enterrements par jour, au cimetière catholique. On y a fait soixante inhumations, hier. On voit maintenant arriver des corbillards contenant plusieurs corps d’enfants. L’un renfermait, hier, la bière de la mère et celle d’un enfant.

Chez les militaires

Six nouveaux décès se sont produits parmi les soldats, hier, ce qui porte le chiffre total à 107, dont 89 décès dans les hôpitaux militaires de Montréal et 18 à Saint-Jean.

Les autorités militaires font faire des marches au grand air aux militaires, dans l’intérêt de leur santé, mais on les garde à la caserne, à part cela.

Une séance d’urgence

Le bureau de Santé Municipal a siégé de nouveau, à l’hôtel de ville, hier après-midi. En l’absence de M. E.-R. Dcéary, président de la commission administrative, c’est le docteur Evans, qui occupait le fauteuil.

Assistaient à la réunion : le maire Martin, les docteurs Boucher, Harwood, Dubé et Hertel. La séance a été de courte durée, mais on y a adopté des mesures importantes. En premier lieu, le docteur Boucher a été prié d’écrire aux commissaires du Havre pour leur demander de ne pas permettre aux membres malades des équipages de descendre des navires.

Une autre mesure à laquelle en est venu le Bureau a trait aux funérailles des victimes de l’influenza. On a donné instruction aux hôpitaux de voir à ce que les cadavres des victimes ne soient pas transportés dans leur demeure. Les obsèques devront avoir lieu à l’hôpital même, en présence de pas plus que vingt-cinq personnes.

À ce propos, on sait que récemment le Bureau de Santé a décrété que cinquante personnes au plus pouvaient être admises aux funérailles. Le conseil central, comme nous l’avons indiqué brièvement, et comme on pour s’en convaincre, en lisant les nouveaux règlements adoptés samedi et publiés plus bas, a cependant déterminé le nombre des assistants aux funérailles à 25. Le Bureau de Santé Municipal a donc décidé de même.

Tous les autres articles du règlement du Conseil central d’hygiène ont été lus à la séance du Bureau de Santé, et approuvés.

Un appel aux voisins

Il est évident que les mesures prises à Montréal seraient illusoires, si toutes les municipalités environnantes n’usaient pas des mêmes précautions. Les règles édictées par le conseil provincial d’hygiène s’appliquent sans doute à ces municipalités ; mais non satisfait de cela, le chef du service de santé de Montréal, le Dr. Boucher, leur a envoyé une circulaire lues invitant à modeler leurs réglementations sur celles de Montréal, afin d’obtenir un résultat absolument efficace et de vaincre définitivement la maladie.

La situation à Québec

Bien que la grippe fasse encore un nombre considérable de victimes à Québec, les autorités sanitaires prétendent que la situation s’améliore.Il Importe de faire connaître le résultat de l’analyse bactériologique qui a été faite de plusieurs échantillons suspects provenant de malades atteints au début de l’épidémie, à Victoriaville. Cet examen, fait à la demande du Conseil Supérieur d’Hygiène de la province de Québec, a révélé que le microbe trouvé dans ces échantillons est celui dit de Pfeiffer, microbe reconnu comme le microbe ordinaire de la grippe.

Il avait été question de faire arroser les rues de Québec avec un liquide désinfectant. Après consultation avec les autorités sanitaires de la province et de Montréal, le Dr Paquin. chef du Bureau de la Santé de Québec, a décidé que la chose est inopportune.

La police municipale de Québec a reçu instruction de faire observer strictement le Règlement défendant de cracher dans les rues ou les places publiques. Toute personne violant ce règlement sera arrêtée. Les autorités militaires refusent maintenant de donner aucun renseignement sur la situation sanitaire au Manège Militaire ou dans les divers hôpitaux militai) es. On se contente de dire que la situation s’améliore.

Le Séminaire de Québec et le collège de Lévis, qui avaient fermé leurs portes aux élèves externes depuis quelques jours, ont renvoyé chez eux tous leurs pensionnaires. Un élève du collège de Lévis, nommé Arthur Drapeau, a succombé à la grippe à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Non seulement es restaurants où l’on sert des liqueurs « douces » ont été fermés, mais même plusieurs salles à manger attenant à ces restaurants. La salle à dîner du club de la Garnison a été fermée.

Le Bureau de Santé de Québec fait un pressant appel à toutes les personnes qui peuvent disposer de quelques loisirs pour agir comme infirmiers ou ambulanciers. Les propriétaires d’automobiles qui peuvent le faire sont priés de mettre leurs automobiles à la disposition des autorités sanitaires pour le transport des malades aux hôpitaux réguliers et temporaires.

La Société Saint-Vincent de Paul de Québec a décidé de venir en aide aux autorités sanitaires. Les diverses conférences de cette société sont autorisés à fournir aux familles pauvres les remèdes et autres secours urgents.

Parmi les dernières victimes de la grippe, citons, par ordre alphabétique : M. Jules Angers, tailleur en cuir, 27 ans ; M. J.-Alexandre Aubé, libraire-imprimeur, 36 ans, fils de M. Édouard Aubé, ancien journaliste ; M. Wilfrid Audy, 23 ans, fils de M. Odilon Audy; Mlle Albertine Bédard, 25 ans, de Charlesbourg ; le soldat Sylvio Costin, 22 ans, de Cabano (Témiscouata) mort au manège militaire de Québec ; M. Jules Daly, 24 ans, commis ; M. Adjutor Doré, 16 ans, messager ; M. Arthur Dugal, 30 ans, typographe ; M. Clermont Falardeau, 30 ans, commis de bar; M. Wilfrid Garant, | 31 ans, Saint-Malo ; Mlle Albani Lajeunesse, 25 ans, fille de Mme N.-P. Lajeunesse, Saint-Roch; Mlle Marie- Blanche Laliberté, 31 ans, fille de Joseph Laliberté; M. Adrien Lockwell, 30 ans; M. Alphonse Marcoux, 36 ans; M. Edmond Masson, 24 ans ; Mlle Marguerite Nelson, fille unique de M. A.-P. Nelson, Beauport ; Mlle Marei-Anne Paquet, 25 ans, fille de M. Victor Paquet, Beauport; Mme Pluze, née Caron, 26 ans, épouse du capitaine Azarie Piuze, rue Crémazie; Mme Léon Proteau, née Bédard, 30 ans, à S. Sauveur ; M. J.-B. Renaud, 29 ans, de Loretteville ; M. Emile Rochette, 33 ans ; M. Ludovic Roy, 25 ans, Limoilou ; Mme Albert Royer, née Taché, 25 ans ; Mme Cyrille Thibault, née Bédard, 45 ans ; M. J.-A. Trépanier, 31 ans, à Saint-Jean-Baptiste ; M. Albert Trudel, 22 ans.

Les funérailles de l’abbé Cornélius Malenfant, vicaire à Jacques-Cartier, qui a succombé à la grippe samedi dernier, ont eu lieu ce matin, à 9 heures, dans l’église de Jacques-Cartier.

L’abbé Cloutier, desservant de la paroisse de Jacques-Cartier, indisposé depuis quelques jours, a été transporté à l’Hôtel-Dieu.

Le Dr N.-A. Dussault et le colonel Mariott, atteints de la grippe, sont convalescents.

Sainte-Marie de Blandford

La grippe fait de grands ravages dans la paroisse. Dans des rangs compets, tout le monde est malade. Dimanche dernier, M. le curé était trop malade pour chanter une grand’messe, aussi nous n’avons eu qu’une messe basse. Presque toutes les écoles sont fermés. Trois personnes sont mortes. Ce sont MM. Chesney, Courteau et Beaudet.

À Saint-Théodore

Saint-Théodore-d’Acton. La paroisse de Saint-Théodore d’Acton est dans un pitoyable état cause par la terrible maladie de l’influenza. Au cours de la semaine, il y eut 6 décès. Ce sont : Armand Fonraine, Alphonse Favreau, père de 4 enfants, Anna Nolin, Mme Eucilde Daigneault, mère de 6 enfants et Irène et Irénée Morin, tous deux enfants de M. Napoléon Morin. Il y a encore plusierus personnes en danger. Les caz cles les enfants sont asses légers. Les écoles de la paroisse sont fermées et nous prenons les précautions nécessaires pour combattre le fléau.

Le « Las Post Fund »

L’association connue sous le nom de « Las Post Fund », qui a pour but de pourvoir à la sépulture des soldats morts sans parents connue et dont personne ne réclame le cadavre, a fait enterrer près de cinquante soldats à Montréal, depuis le commencement de l’épidémie, avec le résultat qu’elle se trouve actuellement dans une position difficile. En conséquence, l’exécutif a décidé de demander une reconnaissance officielle et un secours financier au gouvernement. Une députation a interviewé le général Wilson, à ce sujet, hier. Elle se composait du commandant J.-T. Walsh, président de l’association, du lieutenant-colonel J.-J. Creelman, du Dr. W.-H. Atherton, du lieutenant-colonel L.R. Laflèche et de MM. John Munn et A.H.-D. Hair.

On a aussi l’intention de voir les autorités d’Ottawa et de créer un organisation au sujet de la sépulture des militaires, organisation dont le « Las Post Fund » serait chargé d’assurer l’efficacité.

Dans le comté de Soulanges

Coteau Landing. La grippe espagnole continue à faire des ravages dans tout le comté de Soulanges et particulièrement aux Cèdres. Parmi les dernières victimes à cet endroit, l’on remarque : Mme Hoseph Séguin, 25 ans, et M. Joseph Mareau, 26 ans. Plusieurs autres personnes sont mourantes.

À Coteau Station, M. Médéric Parent, 26 ans, et M. Procule Houde, ont succombé à la grippe. M. Raoul Lauzon et Mé Jos Neid sont aux dernières extrémités.

On signale plusieurs cas à Saint-Clet, mais pas de nouveaux décès.

À Vakleek Hill, toutes les institutions sont fermées et les cas de grippe sont nombreux. À l’Orignal, la situation est telle que l’on a pour ainsi dire isolé le village. On signale plusieurs décès.

Le fléau, s’éloigne-t-il ?

Victoriaville. Les ravages de la grippe espagnole semblent s’éloigner pour prendre la campagne. Notre ville a beaucoup souffert de cette terrible calamité, à tel point que nos autorités en étaient tout à fait découragées. Les secours extérieurs n’arrivaient pas pour la bonne raison que la maladie frappait à toutes les portes, et nous devons aux bons offices de plusieurs citoyens, ainsi qu’à notre corps médical, d’avoir surveillé de façon attentive et bien sage les progrès du fléau, de telle sorte qu’aujourd’hui les cas nouveaux sont très rares. Notre campagne souffre encore.

Nous aimons à dire en passant : nous déplorerons longtemps la perte de certains citoyens de marque qui laisseront un vide considérable parmi nous. C’est avec tristesse profonde que nous apprenions les décès de ces travailleurs honnêtes et utiles, et cette désastreuse maladie aura laissé une empreinte ineffaçable de son passage.

À notre Hôtel-Dieu d’Arthabaska, on nous apprend le décès de la bonne sœur Marie, l’ange de cette institution. Nous offrons aux bonnes sœurs hospitalières d’Arthabaska, nos condoléances profondes.

À Saint-Jean

Afin d’enrayer un peu la maladie de grippe nos autorités municipales ont réuni les dames de Saint-Jean dans le but de connaître les dames et les demoiselles disponibles qui pourraient donner leurs services aux soins des malades. Un comité spécial fut formé avec Madame Henderson Black et Alp.-F.Gervais comme présidentes conjointes : et mesdemoiselles Georges Godi et S. Ryder furent choisies comme secrétaires.

Elles ont la tâche de connaître les endroits où la maladie existe et d’y envoyer des secours en nourriture, en habits et en soins médicaux. Tous sont obligés de faire rapport aux deux secrétaires qui ont ouvert bureau à l’hôtel de ville, tous les jours, de 10 hrs a.m. Jusqu’à 4 hrs p.m. Sur demande spéciale des membres de ce comité plusieurs dames confectionnent des draps, des couvertures, des habits pour les malades, M. Ged. Frédette, président du comité d’hygiène, vient d’acheter des lits et des garnitures qu’il fait installer dans la grande salle de l’hôpital.

La redoutable grippe a enlevé M. Walter Tressider, d’Iberville, officier du bureau des douanes, à Saint-Jean, après une maladie de quelques jours seulement. Il laisse une femme et deux jeunes enfants pour le pleurer.

À Trois-Rivières

La grippe a fait de nouvelles victimes depuis samedi. À l’hôpital civique, il y a près de 100 cas ; plusieurs sont graves. Parmi les mortalités, on cite : M. John Ryan, Mlle Cloutier. Des familles entières sont atteintes par le fléau. M. Johnny Ryan, décédé hier matin de l’influenza, à l’âge de 45 ans, faisait partie de la société Nobert et Ryan, de l’hôtel Commercial. Il était avantageusement connu de tous comme sportsman et homme d’affaires. Il laisse pour pleurer sa perte son épouse, née Dorilla Turcotte ; un fils, Jean; un frère, M Joseph Ryan, et quatre sœurs, Mmed Poirier, de Montréal ; Norman Labelle, de Trois-Rivières, et Miles Marie et Ida Ryan.

Mesures de prudence

Québec. Le docteur C.-R. Paquin, chef du bureau de santé à Québec, suggère les nouvelles précautions suivantes contre la grippe : cessation d’assister aux funérailles ; suspension des couronnes dans les églises ; ne plus veiller les morts ; ne pas faire sonner les glas ; fermeture des magasins de cigares à cinq heures ; l’emploi du bran de scie avec désinfectant pour balayer. Les nouveaux hôpitaux temporaires ont été ouverts à l’académie du Bon Pasteur et à l’Académie Mallet.

La situation à Nicolet

Nicolet. Voici aussi complète que possible, la liste des personnes mortes de la grippe, dans la ville et la paroisse, dans le cours de la semaine dernière : Révd. Soeur Delajemmeraie (née Maria Désilets), décédée à l’Hôtel-Dieu, à l’âge de 43 ans ; Révd. Frère Arsène, de l’Académie Commerciale, âgé de 35 ans ; Joseph Provencher, forgeron, 46 ans ; Antonio Lambpron, 22 ans ; Louis Cloutier, 28 ans ; Bruno Provencher, fils d’Alfred, 23 ans ; Ernest Robidoux, boulanger et dont l’épouse est morte la semaine précédente, 33 ans ; Albert Bourbeau, 23 ans ; Fernando René, fils d’Arthur, 17 ans ; Hector Lord, 33 ans ; Hercule Houde, commerçant, 48 ans ; Théophile St-Cyr, fils de Théophile, 36 ans ; Amédée St-Jean, 23 ans ; Mme Sanscartier, née Blanche Massicotte, 23 ans ; Mlle Blanche, fille du Dr. P. Trudel, 18 ans ; Mlle Alice, fille de M, Laex, Houle, 18 ans ; Mlle Régina Thérien, 25 ans.

Comme on peut le constater, la grande pourvoyeuse de la mort semble choisir ses victimes parmi les personnes âgées de 18 à 50 ans. Les enfants et les vieillards, sans être à l’abri de ses coups, sont moins exposés, nous disent certains médecins, et les statistiques compilées jusqu’à ce jour, paraissent leur donner raison.

Le Dr. Jos St-Pierre, de Montréal, mort de la grippe, a été inhumé ici, au milieu d’un grand concours de parents et d’amis. Ce jeune médecin était le fils de M. Antoine St-Pierre, restaurateur de cette ville, qui lui survit, ainsi que sa mère, née Hermine Courteau, et ses deux frères, Lorenzo et Auguste.

De nos 3 boulangeries, il n’en reste plus qu’une en opération par suite du décès de M. Ernest Robdoux et de la maladie des frères Toupin, propriétaires des deux autres. M. Lévesque, son propriétaire, malgré toute sa bonne volonté et bien qu’il ait doublé son personnel et cuise jour et nuit, ne peut suffire à fabriquer assez de pain pour la consommation locale et depuis quelques jours nous sommes presque à la ration. Nous voyons souvent 40 à 50 personnes à la porte de cet établissement attendant la première cuite qui s’enlève aussi vite qu’elle sort des fourneaux.

À Plaisance

Plaisanc. Nous avons souffert d’une vague de grippe espagnole ici. La paroisse y a toute passé, mais le mal est sous contrôle à présent. Quatre décès ont été enregistrés : des jeunes enfants, le fils de Mé Armand Malo, du rang St-François, âgé de 2 ans, son voisin, M. George Gravel, son fils, un bébé âgé de 18 mois ; le bébé de M. A. Laflamme et le bébé de Mé Georges Thibodeau. Mlle Alice Ferron, nièce du curé de Plaisance est allée assister au dernier moment de sa sœurs mourante.

À Shawinigan

Shawinigan. Les compagnies de Shawinigan ont fait appel aux autorités militaires de Montréal, hier, pour obtenir des médecins et des gardes-malades. Deux cent des employés sont malades de la grippe espagnole. Les hôpitaux des compagnies et de la ville de Shawinigan sont pleins, comme aussi les hôpitaux d’urgence qu’on a dû établir.

On a converti en hôpital l’école technique, où il y a soixante-quinze malades, et aussi l’école catholique.

Deux des médecins de Shawinigan et sept des gardes-malades souffrent de l’influenza.

On ne sait cependant si on pourra trouver à Montréal des ressources pour aider à améliorer la situation à Shawinigan.

Une situation stationnaire dans Ottawa

L’extension de la grippe espagnole paraît définitivement arrêtée à Ottawa.

FERMETURE DES BUREAUX

Ottawa, 15.—La situation ici pour ce qui concerne la “grippe espagnole” peut être considérée comme stationnaire. Les nouveaux cas qui ont été rapportés se sont tous ou presque tous produits dans les familles dont quelque membre était déjà atteint de la maladie. L’extension aux familles encore saines paraît donc définitivement enrayée.

Après entente avec le bureau de l’association des marchands détaillants, il a été décidé et ordonné que tous les magasins de détail devraient fermer leurs portes à quatre heures de l’après-midi, et ce jusqu’à nouvel ordre. Une requête sera envoyée au gouvernement pour que tous les bureaux de l’Etat soient fermés à trois heures. Une dizaine de médecins venus de Kingston sont à prêter main forte aux médecins locaux. On manque encore de gardes-malades et d’aide volontaire, mais sur ce point, la situation est sensiblement améliorée.

Dans l’Ontario

Toronto. Huit décès dus à l’influenza sont survenus, à Toronto, au cours des dernières vingt-quatre heures.

On a dû se décider à fermer les écoles et les collèges de Toronto, ainsi que les salles de danse. Les théâtres et les cinémas restent encore ouverts.

On croit qu’il y a de cinq à dix mille cas, dans toute la province d’Ontario. Les autorités sanitaires de la province ont créé un ordre de gardes-malades qu’on appellera les « sisters of service ». Soixante ont déjà été recrutées.

Dans l’Illinois

Chicago. À partir d’aujourd’hui, tous les théâtres, les cinémas et les autres endroits d’amusement seront fermés, dans l’État de l’Illinois, jusqu’à ce que l’épidémie de grippe ait cessé.

Cette décision a été annoncée, hier soir, par les autorités sanitaires de l’État.

(La chronique du 15 octobre 1918).

Le fléau et ses ravages. Photo de Megan Jorgensen.
Le fléau et ses ravages. Photo de Megan Jorgensen.

1 commentaire

  1. Olga

    2020/10/17 at 12:17

    Incroyable! L’histoire se répète? Sûrement, en 1918 c’était beaucoup plus tragique qu’en 2020!

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