Histoire du Québec

L’ethnonyme « Canadien »

L’ethnonyme « Canadien »

L’ethnonyme « Canadien »

Dans un charmant petit livre, l’historien Gervais Carpin montre l’apparition et l’évolution de « l’ethnonyme Canadien de 1535 à 1691) ». À partir des années 1640, le mot désigne de plus en plus rarement certains sauvages. L’auteur explique que « les missionnaires, en l’occurrence les jésuites, ne confondent plus un « sauvage » avec un autre ». (Gervais Carpin, « Histoire d’un mot. L’ethnonyme Canadien de 1535 à 1691, Sillery, Septentrion, 1995, page 117). Trop vague, le terme canadien n’est plus utile pour les désigner.

Très tôt (1644, 1660), Marie de l’Incarnation utilise le mot canadien (en fait « canadois ») pour signifier un sentiment d’affection envers le Canada. Elle utilise canadois et même françois-canadois (1666) pour prendre ses distances par rapport au mot canadien appliqué aux Indiens Gervais Carpin, opus citatum, page 130).

Monseigneur Laval, dans un texte latin de 1664, utilise le mot « canadenses » pour désigner des jeunes Canadiens qui pourraient choisir le sacerdoce. Théoriquement, ce mot pourrait viser des jeunes autochtones, mais rien ne permet alors à l’évêque d’espérer des vocations de ce côté. Son biographe, l’abbé Auguste Gosselin, traduit, apparemment sans hésiter, « canadenses » par « jeunes Canadiens ». (Opus citatum, page 128). C’est finalement l’intendant Jean Talon qui casse nettement la glace en parlant de Canadiens dans une lettre du 10 novembre 1670. Le sens semble bien être « natifs d’origine française des bords du Saint-Laurent ». L’intendant récidive trois ans plus tard (opus citatum, page 170), mais le contexte ne permet pas de définir davantage le sens précis qu’il accorde au mot.

Au cours des dix années suivantes, l’emploi du mot « canadien » se fait rare. Dans son premier mandat (1672-1682), le gouverneur Frontenac ne l’utilise pas et l’intendant Duchesneau (1675-1682) non plus. Toutefois, à partir de 1683, c’est abondance. L’intendant de Meulles l’adopte, le gouverneur Denonville en raffole. Ils ont, ici et là, des imitateurs. Le Frontenac du second mandat est de ceux-là. Consécration suprême, le roi Louis XIV l’emploie à plusieurs reprises dans un mémoire daté du 7 avril 1691 : « officiers et Canadiens », peut-on y lire, et soudain des mots plutôt inattendus, « des gentilshommes canadiens en qualité de petits officiers » (opus citatum, pages 184-185).

Pour Gervais Carpin, la boucle est bouclée. Pour la suite, à chacun de suivre les récits des voyageurs et des observateurs sous la plume desquels se dessine le caractère canadien.

Notons qu’un mot résume le sentiment de bien des Français à l’endroit des Canadiens : insubordination. Encore là, le modèle semble amérindien, Nicolas Perrot, qui a maintes fois séjourné parmi les nations de l’Ouest, souligne qu’elles fonctionnent correctement même si la subordination n’est pas une maxime chez les Sauvages », Le Français qui croise ses premiers Canadiens, peu après son arrivée, a le souffle coupé : ils ont fière allure, montent à cheval ou conduisent une calèche et souvent transportent une arme à feu. Quelques mots échangés mettent le visiteur en présence de personnes qui parlent correctement le français. Une Nouvelle-France? Non, plutôt une autre France.

(Par Denis Vaugeois. Extraits. Recueil des textes sous la direction de Sophie Imbeault, Denis Vaugeois et Laurent Veyssière. 1763. Le traité de Paris bouleverse l’Amérique. Septentrion, 2013.)

« Le manque de courage n'est qu'un manque de bon sens. » (Georges Meredith, romancier et poète britannique. L'épreuve de Richard Feverel). Image : © Megan Jorgensen.
« Le manque de courage n’est qu’un manque de bon sens. » (Georges Meredith, romancier et poète britannique. L’épreuve de Richard Feverel). Image : © Megan Jorgensen.

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