Histoire du Québec

L’épidémie ne semble pas diminuer

L’épidémie ne semble pas diminuer

201 décès et 1, 633 cas, hier, le 21 octobre 1918, total 1,706 et 10,201 cas

L’épidémie ne semble pas diminuer – Organisation générale des hôpitaux – Tous les cas d’hôpitaux doivent être rapportés à Main 4240

La journée d’hier restera mémorable parmi toutes celles durant lesquelles aura sévi l’épidémie d’influenza. On a rapporté au Service de Santé 201 décès et 1,633 nouveaux cas. Au nombre des décès, on en compte 152 dus à l’influenza proprement dite, et 49, à la pneumonie, conséquence ordinaire de la grippe dite espagnole.

Au chapitre des morts, c’est le chiffre le plus considérable encore enregistré. Quant aux nouveaux cas, le nombre n’en a été dépassé que le 15 et le 16 octobre, alors qu’il a été respectivement de 1,868 et de 1,748. Depuis lors, l’épidémie avait diminué graduellement.

Le total des cas est maintenant de 10,201, et celui des décès, de 1,766.

Interrogé sur les chiffres d’hier, le docteur Boucher a fait remarquer que l’on ne devait pas les considérer comme indiquant que la maladie fait des progrès. Il faut plutôt se rappeler, a-t-il dit, que la veille était un dimanche, et que les cas et les décès n’ont pas été rapportés aussi rapidement ce jour-là que les jours de semaine. Comme question de fait, le nombre de cas rapportés dimanche n’a été que de 40, ce qui, si l’on y ajoute le chiffre d’hier, donne, pour les deux jours, un total de 1,673, soit une moyenne pour dimanche et lundi, de 836 cas. Or, c’est là un chiffre à peu près semblable à ceux du 18 et du 19 octobre.

Le nombre de décès pour dimanche et hier est de 314. Pour les deux jours précédents, il était de 358.

À tout considérer, par conséquent, on peut dire que la maladie est à l’état stationnaire. Généralement, on exprime l’opinion qu’elle a franchi son point culminant, et que d’ici à une dizaine de jours, elle aura disparu.

Pour être admis à l’hôpital

Le Bureau de Santé municipal a tenu hier après-midi une réunion spéciale à laquelle on s’est surtout occupé du travail d’organisation.

On y a décidé qu’à l’avenir aucun malade ne pourra être admis à un hôpital en s’adressant directement au gérant de celui-ci, mais que tous les cas d’hôpitaux devront être référés à « Main 4240 (Épidémie) », après quoi une ambulance partira de l’hôpital le plus rapproché de la demeure du malade, pour aller y guérir ce dernier.

Ce système a été jugé nécessaire afin d’épargner le temps des médecins et des ambulances, étant donné qu’il arrive fréquemment, depuis que l’épidémie fait ses ravage dans notre ville, que des malades résidant à l’une des extrémités de la ville demandent d’être admis à un hôpital situé à l’autre extrémités

L’arrête du Bureau

Le Bureau de Santé a émis à ce propos l’arrêté suivant :

« Les intérêts du public demandent que tous les moyens anti-épidémiques soient centralisés, conséquemment, le Bureau de Santé stipule ce qui suit :

À tous les médecins, sociétés et autres intéressés dans cette épidémie : Afin de faire admettre un patient à un hôpital, vous devez appeler « Main 4240 (Épidémie) ». On enverra immédiatement examiner le cas, et le malade sera placé dans l’hôpital disponible le plus rapproché Les hôpitaux locaux référeront, depuis cette date jusqu’à nouvel ordre, tous leurs appels à ce numéro. Cet arrangement a pour but de soulager les hôpitaux locaux et de donner un service d’hôpital plus prompt au public.

Veuillez dire, en demandant de l’aide : L’ambiance est pour M. Un Tel. Le malade est envoyé par le docteur ou la garde-malade Une Telle, et faites connaître la condition du malade, dites si son cas est grave ou léger.

Tout citoyen connaissant des cas graves obligerait le Bureau en notifiant le poste de police ou de pompiers le plus rapproché La ville s’occupera ensuite du cas.

Le Bureau de Santé saisit l’occasion qui lui est offerte pour exprimer sa plus profonde appréciation de toute l’aide qui a été donnée en réponse à son appel par toutes les classes de citoyens et de toute dénomination.

(Signé) E.-R.Décary, Président.

Centre-ville de Montréal lors de la pandémie de 2020. Photo de GrandQuebec.com.

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