La course des bois

La course des bois : Aspect nouveau de la traite

Le 13 avril 1652, M. de Lauzon défendait à quiconque de chasser « hors l’étendue » de sa propre concession sans la permission du gouverneur. Deux ans plus tard, mois pour mois, une nouvelle ordonnance exigeait, sous peine d’amende, l’obtention d’un congé avant d’aller en traite. Cette double intervention de l’autorité coloniale marquait le début de la prolifération des coureurs de bois.

Qui sont-ils exactement ? Des traitants interlopes, aventuriers hardis et intelligents pour la plupart, avides d’indépendance et de liberté, débrouillards dans les bois à l’égal de l’indien, durs au travail, point plaignards pour la peine, que les trafiquants chargent du troc des pelleteries. Amoureux de pays nouveaux, ils ne craignent pas de pénétrer à l’intérieur des terres ni de vivre au milieu de peuplades indigènes, apprenant leur langue, se formant à leurs coutumes, et prenant quelque fois la rudesse de leurs mœurs.

D’une façon générale les plus pittoresques sont ceux qui n’hésitent pas à s’enfoncer dans les bois pour deux ou trois ans, explorant le territoire, vivant avec l’indien pour ramener les plus belles fourrures. Les petits traitants qui circulent dans les zones adjacentes aux comptoirs de traite sont souvent plus affamés de gain et se soucient peu de leurs maniées de faire. On leur reproche leur vie d’oisiveté dans la seule préoccupation du jeu, de l’ivrognerie, du libertinage où ils deviennent souvent débaucheurs de jeunes indiennes.

Course des bois

Où se recrutent-ils ? Surtout parmi les fils de colons et parmi les hommes sans métier; parfois aussi parmi les gentilhommes, les fils de seigneurs et les militaires.

Et pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux ? La préparation technique est relativement facile, les capitaux non nécessaires — car on peut se faire équiper par un trafiquant fortuné —, et les profits rapides. De plus la région du Saint-Laurent s’appauvrit rapidement. De Tadoussac, les comptoirs de traite sont passés successivement à Québec, Trois-Rivières et Montréal. L’on peut prévoir qu’ils seront bientôt plus à l’ouest encore, peut-être dans la région du lac Ontario. De plus, il faut lutter contre la concurrence des Hollandais et des Anglais et se porter au devant des Indiens.

Faut-il limiter la course des bois ? La question est complexe et il semble nécessaire d’y apporter une réponse nuancée. Plusieurs aspects sont à considérer, par exemple l’agriculture, l’évangélisation et l’exploration.

Pour les uns, l’agriculture ne doit être qu’un moyen de subsistance et les véritables profits sont à rechercher dans la traite, pour les autres, l’œuvre de colonisation, celle qui doit durer, repose sur le seigneur et le censitaire, sur le paysan et l’artisan. Cette seconde position est plus raisonnable, mais ne détruit pas la première. Il faudra apprendre à concilier les deux, les pelleteries, étant, à court terme, la première richesse de la colonie.

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Du point de vue des missionnaires, il y a les trop nombreux cas d’ivrognerie, de vol et de viol. La question de l’eau-de-vie mérite une sérieuse attention, car elle semble à l’origine de tous les désordres. Il faut absolument en réduire les excès sans toutefois en interdire tout usage.

Les longs voyages des coureurs des bois sont une belle occasion d’exploration du pays. Nul doute que les connaissances nouvelles qui en découlent serviront aux administrations futures. Jusqu’ici les récits des missionnaires ont été la principale ource d’informations. Comme ces derniers, les coureurs servent à l’occasion d’interprètes fort utiles, en raison des langues qu’ils parlent et aussi des liaisons qu’ils conservent avec leurs amis de la forêt. Ceci lorsqu’ils ne préfèrent pas la compagnie des Indiens à celle des Français. En effet plusieurs deviennent des « habitués » de la vie des bois. L’on prétend de plus en plus que dans chaque bande de sauvages, il se trouve quelques Français. Marie Guyard de l’Incarnation a déjà fait remarquer qu’un Français devient plutôt Sauvage qu’un Sauvage ne devient Français.

Aux termes de cette étude, il convient de rappeler que la course des bois a quelque chose de provisoire dans une entreprise coloniale et qu’il ne faudrait pas lui donner trop d’importance. Il ne faudrait pas surtout que cette occupation soit celle d’un trop grand nombre de Canadiens. La pratique des congés peut être salutaire si elle est pratiquée avec désintéressement et bonne intelligence. Il faudra éviter d’en faire une occasion de profit et de patronage entre les mains des administrateurs. Le troc de l’eau-de-vie doit aussi faire l’objet d’un contrôle sévère.

Illustration : Marc Aurèle de Foy Suzor-Côté (1869-1937). « Le Portageur », sculpture réalisée en 2022. Image libre de droit.

Pour en apprendre plus :

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

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