Histoire du Québec

La coupe déborde à l’hôpital de Sacré-Coeur

La coupe déborde à l’hôpital de Sacré-Coeur

Les infirmières des quarts de soir et de nuit refusent de travailler

La coupe a débordé aux urgences de l’Hôpital du Sacré-Coeur, hier, les infirmières des quarts de soir et de nuit ayant refusé d’entrer au travail, jugeant les conditions trop dangereuses.

« À 16 heures, il y a eu un vote secret, et les 22 infirmières ont voté unanimement pour exercer leur droit de refus », a indiqué en soirée la représentante syndicale de l’Alliance des infirmières de Montréal, France Picarou. Quinze infirmières de nuit ont pris une décision semblable lors d’un vote, peu avant le début de leur quart de travail, à minuit.

Pour les infirmières, avec 75 patients alités alors que la capacité officielle des lieux est de 36, les urgences n’étaient tout simplement plus sécuritaires. « Quand il y a 75 patients couchés, ça veut dire qu’il y a environ 140 personnes aux urgences en comptant les infirmières, les médecins, les préposés, les visiteuts et tous les autres, a souligné Mme Picarou.

Ça fait beaucoup de monde, il y a moins d’espace vital, et ça fait augmenter le niveau d’agressivité des gens. » Dans de telles conditions de surpeuplement, l’hygiène en prend un coup, souligne Mme Picarou : seringues et aiguilles qui traînent, paravents tachés de sécrétions nasales, urine qui macule le plancher, tout y passe.

Peu avant minuit hier, deux inspecteurs de la CSST sont venus constater la situation aux urgences.

En fin de soirée, les infirmières ont ren contré la directrice des soins infirmiers de l’hôpital, Johanne Théorêt, avec en main une liste de revendications : fermeture des urgences pour une période de 24 heures, ajout d’un préposé aux bénéficiaires pour chaque
quart de travail, et formation d’équipe de travail complètes — et non réduites — aux urgences.

Selon Mme Picarou, la direction a consenti à garantir des équipes de travail complètes jusqu’à vendredi, si le nombre de patients
aux urgences ne dépasse pas 55.

Hier soir, les infirmières de jour ont dû travailler en temps supplémentaire et quelques infirmières de nuit sont entrées plus tôt qu’à l’habitude pour donner un coup de main. Pour le quart de nuit, l’hôpital a fait appel à des équipes volantes ainsi qu’à certaines infirmières de soir, selon Mme Picarou.

Les infirmières de Sacré-Coeur ont donc décidé d’imiter leurs consoeurs du CHUL, qui avaient aussi exercé le droit de refus que leur confère la Loi sur la santé et la sécurité du travail, il y a deux semaines.

La porte-parole de l’hôpital, Sylvie Doré, n’a pas rappelé La Presse, mais la direction de Sacré-Coeur demande à la population d’éviter ses urgences jusqu’à nouvel ordre.

L’Hôpital du Sacré-Coeur était loin d’être le seul à avoir des difficultés, hier, l’ensemble des hôpitaux de la région étant aux prises avec un engorgement digne des pires heures de la crise du verglas. Dans les urgences de l’île de Montréal, 581 patients étaient alités en matinée, dont 59 depuis plus de 48 heures, pour un taux de travail d’occupation global de 185 %.

Pour les patients, l’attente est souvent très longue : à 8 h hier, pas moins de 13 des 17 urgences de Montréal comptaient des patients alités depuis plus de deux jours. On en dénombrait notamment 11 à Maisonneuve-Rosemont et à Saint-Luc, neuf à Notre-Dame, six au Royal-Victoria, cinq à Fleury et quatre à l’Hôpital général de Montréal. À la Cité de la santé, c’était encore pire : 17 malades croupissaient sur leur civière depuis plus de 48 heures. Quant à l’Hôpital de Montréal pour enfants, le délai pour y voir un médecin dépasse les sept heures.

Comble de l’absurdité, certains hôpitaux, tout en ayant des lits disponibles, n’ont pas suffisamment de personnel pour les utiliser.

À Saint-Luc, comme à tous les week-ends, plus d’une soixantaine de lits étaient fermés samedi et dimanche, faute de personnel infirmier pour s’occuper des malades. Résultat : on a dû entasser les patients dans les étroits corridors des urgences en attendant la réouverture des lits, hier matin.

Dans tous les hôpitaux, on attend avec impatience la distribution des 15 millions promis par la ministre Marois il y a près de deux semaines, mais on ne se fait pas trop d’illusions. « Même si la régie régionale me donnait des fonds pour ouvrir des unités de soins supplémentaires, je ne suis pas sûr que je trouverais du personnel pour y travailler. Il y a des choses que l’argent ne peut acheter, souligne le Dr Louis Dufresne, directeur des services professionnels du CHUM.

En attendant, les sociétés de transport ambulancier continuent à mettre les bouchées doubles. Depuis le début de février, le nombre de transports effectués par Urgences Santé a bondi jde 22 % par rapport à l’an dernier, passant de 403 à 497 par jour en moyenne. Samedi, pas moins de 521 personnes ont été transportées, un record.

Afin de maintenir le maximum de véhicules sur la route. Urgences Santé a annulé toutes ses activités de formation continue, a indiqué la porte-parole, Nicole Coulomb.Douze techniciens additionnels sont donc au travail le jour et le soir. L’organisme entend par ailleurs embaucher du personnel temporaire au cours des prochains jours pour faire face à l’accroissement de la demande.

Entrée hôpital Sainte-Croix.
Entrée de l’hôpital Sainte-Coeur. Photo de GrandQuebec.com.

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