Les fourrures : une attraction initiale de la Côte-du-Sud
Il n’y a pas lieu de douter que la traite des fourrures est constitué un attrait initial non négligeable pour les premiers habitants de la Côte-du-Sud. Désavantagé par rapport à la région montréalaise quant à la proximité des ressources et à l’intensité des rapports avec les Amérindiens, la Côte-du-Sud offre tout de même une plus grande autonomie de traite à ses habitants.
En effet, la région échappe au double processus de spécialisation et de concentration qui s’amorce, après la première guerre iroquoise, dans l’organisation de la traite des riches « pays d’en haut » et qui élimine pratiquement la traite des particulières.
Au tournant des années 1670 sur la Côte-du-Sud, c’est essentiellement un régime de traite libre qui semble prévaloir : les seignieurs et les habitants ont le droit de traite à condition de payer les divers droits perçus sur les pelleteries. Cette situation est de nature à attirer l’attention des éventuels habitants.
Un droit de traite limité
Cette liberté d’action est très tôt remise en cause par les responsables du poste de Tadoussac qui voient d’un mauvais œil l’implantation d’un réseau de traite de l’autre côté du fleuve. En effet, les limites de la traite de Tadoussac comprennent les deux rives de l’estuaire et cette situation pose dans le problème de savoir si la traite des habitants de la Côte-du-Sud est légale ou non. Par une ordonnance du 28 avril 1676, l’entendant Duchesneau réitètre l’interdiction de traiter dans les limites de Tadoussac, mais il permet aux particuliers domiciliés dans ces mêmes limites de faire la traite à condition que ce soit dans leur maison seulement, qu’ils n’aillent pas au devant des Amérindiens et ne les attirent au divertissent de quelque manière que ce soit.
Cette décision réduit sensiblement l’autonomie des habitants mais constitue également une reconnaissance formelle de leur droit de traite. L’absence de réaction immédiate semble montrer que cet arrangement satisfait tout le monde.
Les fourrures
Le régime instauré en 1676 se voit totalement bouleversé par une nouvelle ordonnance obtenue par Denis Riverin, nouveau fermier de Tadoussac, le 10 avril 1684. Alléguant que le négociant Charles Aubert de la Chesnaye attire à son établissement de la Rivière-du-Loup des Amérindiens qui ont coutume d’aller traiter à Tadoussac et qu’il fait passer des fourrures par la rivière Saint-Jean et l’Acadie sans payer les droits. Riverin parvient à faire interdire complètement tout commerce dans les limites de Tadoussac.
Devant un tel revirement de situation, les habitants de la Côte-du-Sud du fleuve Saint-Laurent entreprennent de faire valoir leurs droits. Dès l’automne suivant, ils présentent une requête et des mémoires visant à renverser la dernière décision. Outre leurs droits légitimes, leur argumentation s’appuie fondamentalement sur le fait que l’on n’a jamais mené la traite de Tadoussac du côté sud du fleuve, que les Amérindiens du côté sud n’ont jamais traversé jusqu’à Tadoussac pour aller traiter et qu’eux-mêmes ne traitent qu’avec des Amérindiens qui viennent de Boston, des côtes de la Nouvelle-Angleterre et de l’Acadie. C’est à dire, jamais avec ceux de Tadoussac et du côté nord. Leurs efforts ne seront pas vains : dès le printemps 1685, les autorités invalident l’ordonnance d’avril 1684. Ainsi le droit de traite des habitants se trouve reconfirmé une fois pour toutes.
Une activité sur son déclin
Il est difficile d’imaginer que la traite ait pu avoir des effets durables dans la région. Comme l’indiquent les signataires de la requête de 1684, cette activité a favorisé l’établissement des lieux. Elle a généré donc des petits bénéfices pour les habitants. Par la suite, malgré la clarification légale de 1685, le rôle de la traite n’a pu que décliner. Le 17e siècle se termine dans un véritable marasme pour le monde de la fourrure. En fait, celui-ci voit ses structures profondément ébranlées, de l’approvisionnement à l’exportation. De plus la croissance et la densification de la population de la Côte-du-Sud qui sort graduellement de la phase pionnière remettent en question la facilité de pratiquer la traite de même que la nécessité d’y recourir.
Source du texte : Histoire de la Côte-du-Sud. Sous la direction de Alain Laberge. Martine Côte, Diane Saint-Pierre, Jacques Saint-Pierre, Yves Hebert. 1993. Extrait.