Économie en vrac

Les conséquences du budget du Canada

Les conséquences du budget du Canada

Les conséquences du budget du Canada si longtemps attendu

En cherchant à plaire aux villes on nuit à la campagne – Et, en voulant favoriser les campagnes, on augment le coût déjà trop élevé de la vie pour la classe ouvrière

La situation géographique de notre vaste pays amène le fâcheux dilemme entre l’agriculture et l’industrie, entre l’Est et l’Ouest… et même entre les races et les religions

Ottawa, 2 mai 1930. – Le budget depuis si longtemps attendu de l’honorable Charles Dunning est enfin devant la députation.

Il fut présenté à la Chambre le 12 mai, tel que nous l’avions annoncé exclusivement dans notre édition du 20 avril.

Un guêpier

Ceux qui en doutent n’ont qu’à étudier les changements minimes et sérieux que présente ce document. Il tend à protéger nos grandes industries fondamentales, tout en répondant aux désirs libre-échanges de l’Ouest. Favorablement accueilli par les uns et sévèrement critiqué par les autres, il n’en forme pas moins un véritable guêpier et n’oublions pas le dicton : « Qui s’y frotte s’y pique ».

Ce qu’en pense la députation

Il existe deux courants d’opinion en matière de tarif, à la Chambre des Communes. Les Provinces de l’Ouest sont en faveur de la plus grande liberté possible du commerce sous toutes ses formes. Les grandes villes de l’Est, Montréal, Toronto et quelques autres centres industriels demandent le plus de protection possible.

Que fera-t-on du beurre ?

Il est entré au Canada l’an passé pour plus de cinq millions ($5,000,000) de beurre de l’étranger, et pendant ce temps, nos campagnes ne pouvaient pas trouver de marché pour leur principal produit, leur gagne-pain. Qu’est-ce que le gouvernement fait dans son budget ?

Le marché des fruits et des légumes est inondé

On importe à l’année des fruits et des légumes, en très grande quantité des États-Unis – les importations de l’Espagne, de l’Italie, des Antilles se chiffrent encore à peu de choses. Comment se propose-t-on de garder le marché canadien, celui de Montréal, par exemple, pour les jardiniers, maraîchers et propriétaires de grands vergers?

La préférence britannique

Ce système de dégrèvements rus les marchandises qui viennent directement de l’Angleterre, pour accentuer, si possible, le commerce entre le Canada et la Grande-Bretagne, est bon sur le papier. Il permet sans doute de s’assurer les suffrages ce certains éléments anglais, à l’occasion des élections générales, mais – patriotisme à part – quel sera le résultat net de cette intensification de préférence en faveur des produits anglais?

Au point de vue canadien – rien du tout.

Cette décision peut paraître brutale, mais ne nous payons pas de mots!

Nous restons le plus gros client des États-Unis

Nous sommes le voisin le plus riche, le plus actif, le plus ambitieux des États-Unis. Nous achetons de nos voisins pour plus d’un milliard de dollars par année.

Dans tous les pays, on remarque que le mouvement commercial s’effectue dans la direction du nord au sud, et, très peu de l’ouest à l’est, ce qui serait le cas de nos relations avec la Grande-Bretagne.

Allons-nous laisser berner en croyant que nous sommes plus fins que les autres, que nous pouvons faire remonter les ruisseaux vers leur source, que l’on peut impunément suspendre pour nous (parce que nous sommes patriotes) le cours des lois élémentaires de la nature!

Il était amusant de suivre le mouvement des émotions sur les figures des députés pendant le discours du budget de M. Dunning. Certains libéraux, et non des moindres, sont visiblement désappointés.

Les conservateurs sont satisfaits

Entendons-nous! Ils n’acceptent pas les propositions budgétaires, mais ils prévoient qu’elles offriront, d’ici quelques semaines, abondante matière à discussion et peut-être à la tenue d’élections générales, – qui paraît-il, seront violentes dans toutes les provinces.

Haines de races et préjugés religieux

Pour un observateur attentif, il est facile de constater que depuis plusieurs mois, il y a des feux d’allumés aux quatre coins du pays, sur lesquels souffrent tous ceux qui font les élections à la faveur des appels de race et de religion. Ce sont toujours les mêmes. Ils mettent de l’avant leur bonne fois : mais, ils soufflent plus fort, tout en protestant de leur innocence!

Les conservateurs sont prêts

Les conservateurs sont à l’offensive depuis plusieurs mois et intensifient leur action à mesure que les semaines passent, parce qu’ils comptent qu’il y aura des élections à brève échéance.

Libéraux indécis

Il en est autrement de ministériels. Ils sont à l’abri du pouvoir. Ils comptent sur les quelques amis favorisés, sur les appétits satisfaits, mais ont-ils pour un instant songé à Larmée des mécontents?

C’est la légion, debout, qui attend le moment de la bataille.

Décidez-vous, M. King.

Dicton populaire

« Celui que hésite est perdu. »

Succès personnel pour Charles Dunning

Propositions budgétaires à part, ce premier effort de l’honorable Charles Dunning, comme grand argentier est un triomphe personnel.

La discussion sur le budget reprendra dans quelques jours.

(Le Petit Journal, texte publié le 4 mai 1930).

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Les gens avaient commencé à imaginer l’avenir lointain au moment où il leur avait été brutalement arraché, c’était ironique. (Stephen Baxter, Temps.). Illustration : Megan Jorgensen.
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