Histoire du Québec

Commerce étranger de la Nouvelle-France

Commerce étranger de la Nouvelle-France

Commerce étranger de la Nouvelle-France avec d’autres terres

Sous le régime français, tout commerce des colonies avec l’étranger était formellement prohibé. La mère patrie prétendait bénéficier seule du marché canadien. Il en était d’ailleurs ainsi dans les établissements américains.

Montréal, après que la paix fut établie pour de bon, eut de fréquentes relations d’affaires avec New-York et Boston. Des négociants prenaient tous les risques d’échanger leurs pelleteries pour des marchandises de fabrication anglaise: draps, toiles et ustensiles. On a vu que le gouverneur de Ramezay ne se gênait pas pour transiger d’affaires avec les Américains, bien que sa haute position le lui interdît. On pouvait donc difficilement blâmer les gens du métier de suivre son exemple.

En 1720, on saisit à Chambly quatre-vingts pièces de toile anglaise et neuf chaudières de cuivre, passées en contrebande par François d’Auteuil de Monceau. Un arrêt du Conseil d’Etat en ordonna la vente au bénéfice du dénonciateur. D’Auteuil avait fait une excursion par mer dans la Nouvelle-Angleterre, dont la cour avait été avertie. De Vaudreuil reçut l’ordre de faire une sévère inspection du navire au retour de d’Auteuil. On ne trouva rien. La marchandise était venue par voie du lac Champlain et de la rivière Richelieu.

Les marchands, qui trouvaient avantage à faire commerce avec les colonies voisines, avaient imaginé de transiger leurs affaires au cours des voyages qu’ils entreprenaient sous toutes sortes de prétextes; mais ils ne rapportaient jamais de marchandises eux-mêmes. Ils employaient surtout les sauvages pour cette besogne.

Pour empêcher ce nouveau mode de commerce avec l’étranger, le roi rendit une ordonnance en 1724, portant des restrictions sévères à ces voyages d’affaires. Nul ne pouvait passer dans les colonies sans une permission du gouverneur, visée par l’intendant. Les permissionnaires devaient faire déclaration au greffe de la juridiction de Montréal des personnes engagées et des effets apportés pour le voyage. Les voyageurs étaient tenus de passer par Chambly à l’aller et au retour et de faire connaître le nom des personnes qu’ils avaient vues là-bas. (Déclaration du roi, 22 mai 1724. — Edits et Ordonnances Royaux, 1854, vol. I, p. 489).

Une ordonnance subséquente du gouverneur et de l’intendant obligeait quiconque possédant des canots d’écorce d’en faire déclaration au greffe le plus rapproché.

Toutes ces entraves officielles n’empêchaient pourtant pas les marchands de Montréal de continuer leur fructueux mais illicite commerce avec les colonies de l’Est. L’intendant Gilles Hocquart constata avec regret que les amendes imposées aux contrevenants et promises aux dénonciateurs ne produisaient pas d’effet, car le goût du commerce étranger et les liens de parenté ou d’amitié empêchaient que personne ne voulût faire de dénonciation.

En 1738, des marchandises de provenance étrangère étaient saisies dans la maison d’un sieur Ducharme à Lachine. Le détenteur, supposé propriétaire, dut payer l’amende et abandonner sa marchandise au fisc. Un nommé Antoine Archambault fut condamné à 500 livres d’amende pour avoir trafiqué des marchandises étrangères à l’encontre des lois.

En 1742, arriva un ordre de la cour qui fit quelque tapage. Il était enjoint au gouverneur, M. de Beauharnois, de supprimer le magasin des demoiselles Desaulniers, établi dans la mission sauvage du Saut-Saint-Louis.

L’ordre du roi fut signifié aux missionnaires. Ces derniers se déclarèrent chagrins d’être soupçonnés de faire un commerce illicite. La volonté impérative du roi n’eut pas de suite et l’établissement commercial de la mission continua ses opérations. Deux ans plus tard des sauvages étaient arrêtés pour commerce de contrebande et cette fois encore les soupçons se portèrent sur les demoiselles Desaulniers.

En 1750, M. de La Jonquière écrivait au ministre pour se plaindre du commerce que faisaient toujours ces marchandes avec les colonies voisines par l’intermédiaire des sauvages. Deux ans après le gouverneur DuQuesne prit le parti d’en finir avec cette affaire embrouillée. Il fit d’autorité déguerpir de la mission sauvage les vieilles demoiselles, qui demandèrent vingt-quatre heures pour se retirer. On ignore ce qu’il advint de leur maison de commerce. (Archives de la Marine: lettre du président du conseil de marine, 30 avril 1742; Série B, vol. 74, folio 102’/2 — lettre de Hocquart, 22 septembre 1742; Série C II, vol. 77, folio 352 — lettre de La Jonquière, 25 juillet 1750; Série C II, vol. 94, folio 182 — lettre de DuQuesne, 28 octobre 1752; Série C II, vol. 98, folio 33.)

Un parc gothique à Montréal. Photo de Megan Jorgensen.
Un parc gothique à Montréal. Photo de Megan Jorgensen.

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