Histoire du Québec

Une chaine de réservoirs

Une chaine de réservoirs

Une chaine de réservoirs

C’est à l’orée des années 1970, dans la foulée de la Révolution tranquille, que naît l’ambition monstrueuse de canaliser le potentiel hydroélectrique de la Baie-James vers le lit de La Grande. L’entreprise, présentée comme le « projet du siècle », scellera définitivement le destin de la rivière en réorientant l’avenir d’un peuple.

Trois décennies plus tard, le complexe La Grande, d’une superficie de 1760 000 kilomètres carrés, comprend un peu plus de 10 000 kilomètres carrés d’espace terrestre ennoyé par la création des réservoirs. La première phase de la construction, déployée entre 1873 et 1985, a produit trois centrales hydroélectriques dont la puissance combinée atteint 10 300 mégawatts : La Grande-2, La Grande-3 et La Grande-4. Pour optimiser le rendement de ces centrales, on a détourné la rivière Caniapiscau, au nord-est, et les rivières Eastmain, Opinaca, Petite Opinaca, au sud. Ces interventions doublent le dévit de la Grande Rivière à la hauteur de LG-2, rebaptisée aménagement Robert-Bourassa. Le débit annuel moyen de la rivière à son embouchure grimpe de 1700 à 3400 mètre cube par seconde. À partir de 1987 et de la seconde phase de l’aménagement du complexe, les centrales La Grande-1, La Grande-2-A, Laforge-1, Laforge-2 et la centrale de Brisay concotent environ 5 000 mégawatts supplémentaires. Non encore au bout de ses efforts, Hydro-Québec a mis en service de la centrale Eastmain-1, sa puissance a atteint approximativement 480 mégawatts.

La Convention de la Baie-James et du Nord québécois

La mise en œuvre du complexe La Grande a exigé la négociation de plusieurs accords avec les communautés autochtones nomades nanties des droits ancestraux de chasse et de pêche dans cet immense territoire. Les démarches s’amorcent en 1975 : le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada d’une part, les Cris et les Inuits d’autre part, ratifient la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Grosso modo, les deux nations autochtones cèdent leurs droits sur près de 1 million de kilomètres carrés, au-delà du 52e parallèle. En échange, on leur reconnaît une propriété foncière définie, des droits exclusifs de chasse et de piégeage, ainsi que l’autonomie territoriale de leurs communautés en matière de justice, d’administration et d’éducation. Une somme de 225 millions de dollars leur sera versée sur période de 20 ans. Ce pacte historique, qui modifie à jamais les coutumes et les structures sociales et économiques des autochtones, sera étoffé de plusieurs ententes complémentaires.

Église de Radisson

Église du village de Radisson. Photographie de GrandQuebec.com.

Le réservoir Caniapiscau

Avec une superficie de plus de 4300 kilomètres carrés, le réservoir Caniapiscau forme, depuis 1971, la plus considérable étendue d’eau du Québec. Le lac Caniapiscau a été mis au service de l’hydroélectricité par l’installation de deux barrages et d’une quarantaine de digues destinés à l’alimentation des centrales du complexe La Grande. On pense que Caniapiscau vient du terme cri kaniapiskau, ou plus exactement kaneapiskak qui signifie « pointe de roche ». La désignation ferait allusion à la presqu’île dont les contours ont été définis en arc de cercle au moment de la création du réservoir. Au XIXe siècle, les chasseurs et les marchands de fourrures en fréquentaient déjà les berges. Un avant-poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson y fut maintenu, de 1834 à 1870, pour relier les comptoirs de la baie James et ceux de la baie d’Ungava.

Aujourd’hui, la chasse et la pêche sont encore très populaires dans le réservoir Caniapiscau et dans la taïga voisine. En plus de bénéficieer d’une réputation avantageuse auprès des pêcheurs, ses îles ont été dédiées aux défenseurs de la langue officielle du Québec.

En effet, pour fêter le vingtième anniversaire de la Charte de la langue française, en 1997, 101 îles du réservoir ont reçu des noms tirés d’eouvres littéraires francophones. Environ 85% des auteurs choisis sont franco-québécois; les autres sont d’origine autochtone, anglophone ou appartiennent à des communautés récemment arrivées au pays, la plupart en provenance du Brésil, de la Chine et d’Haiti. Qualifié de poème géographique, le projet intitulé Le Jardin du Bout du Monde n’a pas gagné la faveur des autochtones; en effet, ces îls sont les sommets de promontoires engloutis dans le réservoir, déjà nommés dans leur langue. La commission de toponymie du Québec a justifé le choix de ces îlots en raison du seul contexte historiques récent, du paysage nouveau en quelque sorte comparable à l’émergence de la littérature du Québec moderne de laquelle fut tirée la nomenclature.

Le cortège d’îles du Caniapiscau souligne l’émergence des romans, des nouvelles, des poèmes et des pièces de théâtre d’un jeune patrimoine littéraire : La Fleur de Lyse (Félix Leclerc), La Banquise-Qui-Chante (Pierre Morency), La Belle Brume (Arlette Cousture), La-Lune-Où-Il-Gèle (Bernard Assiniwi), Le Pavillon des Miroirs (Sergio Kokis), Le Pont du Froid (Élisabeth Vonarburg), La Karizdondelle (Gérald Godin), Le Survenant (Germaine Guèvremont), La Malêbete (Suzanne Paradis),Le Coeur Éclaté (Michel Tremblay), L’Oursiade Antonine Maillet), L’Enfirouapé (Yves Beauchemin), etc.

Bourassa

Robert Bourassa. Panneau dans les environs du réservoir Caniapiscau. Photographie de GrandQuebec.com.

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