Pendaison de deux Patriotes

Pendaison de deux Patriotes : Cardinal et Duquette

Le texte sur la pendaison de Cardinal et Duquette parait dans Le Canadien, 24 décembre 1838.

Le Bourreau vient d’être mis à l’œuvre. Dix des prisonniers pris au Village des Sauvages du Sault St. Louis, avaient été condamnés à mort, comme on sait, six recommandés à merci, et on apprit ensuite que des quatre qui restaient deux avaient eu ou devaient avoir leur sentence commuée en transportation pour la vie. Les murmures du tigre que faisaient entendre quelques journaux, sur le délai qu’on mettait à leur donner du sang, faisaient même espérer que le chef de l’Exécutif écouterait la voix de l’humanité et de la saine politique. Mais non : Joseph-Narcisse CARDINAL et Joseph DUQUETTE ont été, dans la vigueur de l’âge, conduits au bûcher politique. Ce sacrifice de sang eut lieu Vendredi dernier; ainsi que le 21 Décembre est ajouté aux jours néfastes déjà bien nombreux dans nos fastes politiques. Puissent-ils ne plus s’augmenter.

Une lettre particulière en date de 22 décembre fournit quelques détails sur la pendaison de Cardinal et Duquette :

« CARDINAL et DUQUETTE ne sont plus ! La corde fatale a tranché le fil de leurs jours! Le Herald doit palpiter de joie! Il voulait du sang ! Ces deux victimes lui ont été livrées, deux victimes qui, dans leur moment d’erreur, n’ont point versé de sang, pas même fait le moindre dommage à qui que ce soit ! CARDINAL, l’homme le plus paisible de la terre, l’homme le plus honnête de la société, lui qui a même essayé de détourner ses compatriotes de tomber dans le piège fatal ! Il laisse une femme enceinte, et cinq enfants en bas âge. DUQUETTE, fils unique d’une vieille mère infortunée, et son unique appui !

Il avait reçu une bonne éducation, et avait même, je crois, étudié le droit. Ils ont montré le courage le plus héroïque. Leurs gardes en restaient frappés d’admiration. Ils ont, dit-on, montré la même fermeté au lieu de l’exécution. On a pendu le pauvre DUQUETTE par deux fois. L`Éditeur du Herald doit sans doute en être d’autant plus content, lui que la soif du sang de ses semblables lui dévore.

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MAD. CARDINAL, dont la vie est dans le plus grand danger, s’est rendue hier soir dans le cachot de son malheureux époux, lui adresser ses derniers et éternels adieux! La vieille mère de DUQUETTE a aussi rassemblé toutes ses forces pour embrasser son fils pour la dernière fois !

On a adressé des requêtes et les Lettres à Sir John Colborne, implorant la grâce ce ces deux infortunés. Les Évêques, des membres du clergé, les Sauvages même qui les avaient fait prisonniers, tous ont supplié en vain. MAD. CARDINAL a présenté elle-même une Requête à Lady Colborne, la suppliant d’intercéder pour elle. Inutilement ; Lady Colborne lui offrit de l’argent, huit piastres, dit-on. L’épouse malheureuse et sensible dit que c’était la vie de son mari, et non de l’argent, qu’elle sollicitait. »

La même lettre mande que Sir John Colborne n’aurait pas ordonné ces exécutions de son propre mouvement, mais qu’il s’obsède, et entraîné à plaire à ceux qui lui demandaient du sang, et qu’on allait rendre les corps des deux malheureux à leurs familles.

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Onze autres prisonniers avaient eu avis de leur procès, entre autres le Capitaine MORIN et son fils, et un jeune LEVESQUE.

La double pendaison de l’infortuné DUQUETTE, dont parle le correspondant ci-dessus, vient de ce que la corde lui a glissé jusqu’à la bouche, et il resta suspendu de cette horrible manière pendant une douzaine de minutes, jusqu’à ce qu’on lui mette une autre corde lui autour du cour. Celle-ci vint mettre un terme à ses souffrances.

M. DUQUETTE était sous brevet avec M. CARDINAL.

M. CARDINAL s’occupa Jeudi l’après-midi à signer un grand nombre de papiers professionnels.

Il n’est pas besoin de dire qu’un prêtre catholique accompagna en supplice les deux patients.

Voir aussi :

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L’exécution des insurgés devant la prison de Montréal. Dessin d’Henri Julien, Archives nationales du Canada, image libre de droit.

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