L’attitude des Canadiens face à l’indépendance américaine
Canadiens face à l’indépendance américaine : Le Canada est resté attaché à l’Angleterre en cette occasion grâce aux seigneurs et au clergé. L’affirmation est exacte. Bien sûr, lorsque les Canadiens reçoivent l’invitation des Américains à se joindre à eux dans la révolution, plusieurs sont tentés. Ils se souviennent de 1760 et du régime qui a suivi, de 1763 à 1774. Le désir d’une revanche occupe une bonne partie de leur cœur. Surtout que la France, elle, se lance à fond de train aux côté des révolutionnaires. D’ailleurs, plusieurs Canadiens s’enrôlent dans les troupes américaines. Mais la masse reste neutre, le clergé et les seigneurs y veillent, car leurs intérêts sont en jeu. Ils dominent la majorité de la population.
Laissons Yves Bourdon et Jean Lamarre nous guider dans cette histoire. Bien sûr, le clergé et les seigneurs connaissent les véritables enjeux. Ils ont de la difficulté avec le Congrès. D’une part, les Américains dénoncent à grands cris l’Acte de Québec, favorable aux Canadiens catholiques, et, d’autre part, ils les invitent à partager leur couche. Le clergé sait surtout que ces puritains ne tolèrent même pas une église épiscopalienne et n’ont, de plus, jamais voulu permettre à un évêque anglican de poser le pied en sol américain. Comment peuvent-ils alors inviter des catholiques à danser le menuet ?
Sur le plan politique, ces colons virginiens avaient combattu le « péril français » en 1760 et dénigré les Canadiens. Le clergé et les seigneurs répandent l’idée que si les Canadiens acceptent d’entrer dans leur confédérations, ils seront rapidement assimilés dans une population 30 fois plus nombreuse et dépouillés de toutes leurs traditions et de leur droit civil français que rétablit l’Acte de Québec de 1774. Et cela sans parler de la langue.
Il faut choisir entre l’anglicisation possible à long terme ou l’américanisation dans un proche avenir. Les Américains critiquent l’Acte de Québec et disent aux Canadiens que cette loi est un leurre, que Londres a fait des concessions à seule fin de les empêcher de se soulever eux aussi contre la mère patrie. Ils n’ont pas tout à fait tort. Mais que serait-il advenu de l’Acte de Québec après une téméraire union?
L’argument le plus convaincant pour ces Canadiens colonisés de l’époque vient de Mgr Briand, ami du colonisateur. En effet, dans un mandement important, il ordonne à ses ouailles de rester fidèles au roi d’Angleterre, ce gentil monarque qui, avec l’Acte de Québec, a consenti à ce que les Canadiens puissent pratiquer en toute liberté leur religion. « Fermez donc les oreilles et n’écoutez pas les séditieux, qui cherchent à étouffer dans vos cœurs les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs. »
(Source : Marcel Tessier raconte, chroniques d’histoire, Éditions de l’homme, 2000. Tome 1).
Illustration : Défaite des Américains à Québec, le 31 décembre 1975.