Histoire du Québec

Bureau de Santé et l’épidémie

Bureau de Santé et l’épidémie

Bureau de Santé de Montréal et l’épidémie

Deux résolutions

Le Bureau de Santé adopta la résolution suivante : « Que l’usage exagéré d’alcool ne soit pas recommandé comme un préventif contre l’influenza. »

Une autre résolution défend à quiconque d’annoncer l’alcool comme un préventif contre la grippe dite espagnole.

Visite à domicile

On a considéré qu’il n’était pas dangereux que les inspecteurs des compagnies d’utilités publiques entrent dans les maisons. La maladie, en effet, ne se transmet que par contact.

Cependant, l’entrée sera refusée aux maisons placardées.

Emballages de comestibles

Le maire a écrit au Bureau de Santé, pour demander l’application rigoureuse du règlement prohibant l’emballage de comestibles avec des journaux.

Le règlement dit :

Section 1. – L’emballage de comestibles avec des feuilles de journaux, de gazettes, de livres, de pamphlets, avec des circulaires ou autres imprimés est formellement défendu, à moins que ces feuilles ou imprimés ne servent qu’à couvrir une autre enveloppe et ne soient pas en contact immédiat avec l’article emballé.

Section 2. – Toute personne qui contreviendra à quelqu’une des dispositions du présent règlement, sera passible d’une amende avec ou sans frais, et à défaut du paiement immédiat de ladite amende avec ou sans frais, selon le cas, d’un emprisonnement, le montant de ladite amende et le terme de l’emprisonnement à être fixés par la Cour du Recorder de la Cité de Montréal à sa discrétion ; mais ladite amende ne dépassera pas quarante dollars et l’emprisonnement n’excédera pas deux mois de calendrier, ledit emprisonnement, cependant, devant cesser en tout temps avant l’expiration du terme fixé par la dite Cour du Recorder sur paiement de ladite amende ou de ladite amende et des frais, selon le cas.

Désinfectants gratuits

Le maire a aussi transmis au Bureau de Santé une lettre qu’il a reçue de la pharmacie Lyon.

Cette lettre constate d’abord que des prix élevés ont été demandés au public pour des désinfectants par des pharmaciens, et elle ajoute que presque tous les désinfectants ont une valeur.

La pharmacie Lyon se dit prête à fournir aux pauvres gens des désinfectants et des remèdes déjà faits, à la succursale de la rue Sainte-Catherine, angle Saint-Laurent. Il suffira pour les pauvres gens d’être munis d’un certificat de médecins, portant les mots « very poor » ou les lettres « V.P. ».

Aux autres gens, le remède coûtera 25 sous.

Cette lettre a été écrite à la suite de la lettre du maire, recommandant un désinfectant.

Le cas de ce médecin

Une certaine sensation a été créée, hier après-midi, dans les cercles municipaux, autour d’une nouvelle parue dans un journal, au sujet d’un médecin, membre du Bureau de Santé municipal. Cette nouvelle dit que ce docteur est d’origine allemande.

Le maire en scène

Informé du fait, le maire écrivit immédiatement au Bureau de Santé pour connaître la vérité à ce sujet.

S’il est vrai, a dit le maire que le docteur X… soit un Allemand et qu’il ne soit pas naturalisé, comment se fait-il qu’il fasse partie d’un corps public, et surtout d’un corps d’hygiène, en temps de guerre et en temps d’épidémie !

Sus aux Allemands !

Monsieur Martin ose croire que la nouvelle n’est pas fondée, car autrement, qu’on pense, dit-il, le gouvernement fédéral ?

Pas un Allemand, ajoute-t-il énergiquement, ne devrait avoir la faculté de circuler librement dans nos rues. Ces gens-là sont organisés et on ne sait pas jusqu’où ils peuvent aller. Je n’aurais confiance en aucun Allemand, fût-il évêque, prêtre, médecin, ou tout ce que l’on voudra. Ce son tous des pareils.

S’il avait fallu que ce fût moi qui eusse fait une pareille nomination, s’il est vrai, comme on le dit, que ce docteur est un Allemand, vous imaginez-vous ce qu’on aurait dit ?

Il faut savoir le court et le long de cette affaire, et si c’est moi, cet homme va décamper.

Ce n’est pas mon intention de me faire traiter de charlatan par un Allemand. Et c’est pourquoi je veux avoir le cœur net sur cette affaire.

Ce qu’en dit M. Décary

Quelques instants après, M. Décary, président du Bureau de Santé et de la Commission administrative, se rendait auprès du maire pour affaires personnelles.

Son Honneur profita de l’occasion pour lui parler du docteur X. M. Décary promit de s’occuper de l’affaire.

Rencontré après, le président du Bureau de Santé dit que le docteur X. était en effet d’origine allemande. Il ignore s’il est naturalisé, et il promit de s’occuper du cas sans délai.

À qui la faute ?

Le maire fit remarquer, après que le président l’eut quitté, que M. Décary ne devait être blâmé d’aucune façon de la nomination du docteur X. si celui-ci est un Allemand. M. Décary, dit M. Martin, en formant le Bureau de Santé, a demandé à l’Université Laval et à l’Université McGill de choisir deux de leurs professeurs comme membres du Bureau. L’Université Laval déléga les docteurs Harwood et Dubé, comme représentant l’élément français, et l’Université McGill en choisit deux, comme représentant l’élément anglais. Le président n’est nullement à blâmer, et je suis certain que si ce qu’on dit sur le compte du docteur X, est vrai, ce dernier ne restera pas longtemps dans le Bureau de Santé.

Le Bureau Central

Le Bureau de Distribution des Patients (Service des Ambulances) est sous la direction des docteurs Dunstan Gray et Arthur Lessard, qui tous deux parlent parfaitement le français et l’anglais.

Succursale ouest du Bureau de Santé

La Succursale du Bureau de Santé municipal établie à l’angle des rues Ste-Catherine et Mansfield est sous la direction de Mlle Idola St-Jean, cette dernière nous prie de signaler à la population ,es nouveaux numéros de téléphones de cette succursale.

Département français appelez Up 6721 ou Up. 6428.

Département anglais, appelez Up. 6158 ou Up. 6447.

On nous prie aussi d’avertir la population que les certificats de décès doivent être donnés absolument gratis par les médecins, tel que la loi le veut.

Nouveau Bureau d’Urgence

Le Catholic Social service Guild a ouvert un nouveau bureau d’urgence à 1783, rue Sainte-Catherine-est. Les numéros de téléphone sont : Le jour : Lassalle, 1661, et le soir : Lassalle, 2192.

Un autre bureau est établi à 248, rue Saint-Antoine, tél. Upton 445. Le bureau central est à 316 rue Lagauchètiere ouest.

Comme on le voit, le Catholic Social Service Guild fait un travail magnifique, qui lui vaut les félicitations de toute la population.

(Ces nouvelles datent du 24 octobre 1918).

Renoncer au mal, c'est faire l'aumône. Illustration par Megan Jorgensen.
Renoncer au mal, c’est faire l’aumône. Illustration par Megan Jorgensen.

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