Histoire du Québec

Brasserie Dow s’en va

Brasserie Dow s’en va

La brasserie Dow retire du marché sa bière de Québec

Même si l’enquête n’a encore rien prouvé, la brasserie interrompt sa production

Cette histoire illustre bien le tort énorme que la rumeur publique peut causer à un produit de consommation. Au moment où la brasserie Dow prit la décision de retirer du marché sa bière de marque Dow, rien ne permettait de relier ce produit à certains accidents survenus au cours des semaines précédentes dans la région de la vieille capitale. Mais la rumeur publique avait fait son œuvre, et la brasserie Dow n’avait véritablement plus le choix…

Québec, 30 mars 1966. – Si le mystère continue d’exister au sujet de la mort étrange de 16 personnes, une étape importante a tout de même été franchie hier (le 30 mars 1966). D’une part, le ministre de la Santé, M. Eric Kierans, a annoncé officiellement qu’on avait mobilisé une équipe de scientifiques pour trouver la véritable cause de la myocardose constatée chez toutes les victimes.

D’autre part, la Brasserie Dow Limitée a décidé de fermer son usine de Québec et de retirer du marché toute la bière qui s’y trouve déjà.

Rien de neuf

La déclaration de M. Kierans était attendue avec impatience; toutefois elle ne révèle rien de neuf. Elle rappelle les éléments essentiels du phénomène, tels qu’ils furent d’ailleurs annoncés dans plusieurs médias du Québec.

Le ministre de la Santé a confirmé que le 19 mars un médecin de Québec a émis la possibilité d’une relation de cause à effet entre une consommation excessive de bière et une forme particulière de myocardose (la myocardose est définie comme une cardiopathie* dégénérative affectant les fibres musculaires cardiaques de façon subaiguë ou chronique).

En plus des 16 cas mortels, on a dénombré 24 autres victimes, qui sont malades. Tous consommaient de grandes quantités de bière, et ceci depuis plusieurs années. En dépit des recherches qui ont été faites depuis l’ouverture de l’enquête, on demeure encore incapable d’établir la cause de cette condition.

La brasserie Dow Limitée

Alors que M. Kierans faisait savoir que la brasserie Dow avait volontairement cessé toute production dans son usine de Québec et que la bière enter les mains des distributeurs et des licenciés serait retire du marché, la Compagnie elle-même diffusait un communiqué.

Ce document confirme l’affirmation du ministre. La décision de cesser pour l’instant toute production à Québec a été prise mardi soir, dans l’intention de rassurer la population et de collaborer avec les enquêteurs gouvernementaux.

On sait que sur les 40 victimes, 39 étaient des consommateurs assidus de la bière Dow.

La brasserie de Québec fournissait, en plus de la région de Québec, les acheteurs du Bas Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À ce jour, on n’a rapporté aucun cas de myocardose dans ces régions.

etiquette brasserie dow

Étiquette de la brasserie Dow. Image libre de droits.

Cardiopathies

Si l’on veut bien écarter, d’une part, les accidents de l’artério-sclérose cérébrale; d’autre part, les « faux cardiaques » et ne pas retenir les manifestations fonctionnelle (tachycardie, extrasystoles) qui accompagnent souvent les névroses et les hyperthyroïdes, il faut reconnaître que les troubles mentaux causés par les cardiopathies sont relativement rares.

Ce n’était pas l’opinion des anciens auteurs qui avaient décrit une « folie cardiaque » et s’étaient ingénié à créer des types psychopathiques en rapport avec le type d’altérations des valvules du cœur ou de ses enveloppes. H. Roger, de Marseille, a fait récemment (A. M. P., mai 1953) une excellente revue générale de ces travaux anciens et de quelques travaux récents (Cullerre, Fabre, D’Astros, Laubry, Dozzi) ; on s’ingéniait surtout à établir des parallèles et même des oppositions entre le comportement psychique des aortiques, toujours plus ou moins anxieux ou irritables, à des mitraux, dont on soulignait les tendances dépressives.

Nous pensons pour notre part qu’il n’y a pas de psychose propre aux cardiopathies et que ce qui compte, c’est surtout le mécanisme par lequel ces affections peuvent retentir sur l’état psychique ; ces mécanismes sont de nature très diverse.

À la phase aiguë, endocarditique, on pourra observer des accidents de la série confusionnelle, surtout s’il y a un état fébrile marqué; le caractère infectieux d’une endocardite augmente cette tendance confusionnelle et y ajoute la possibilité d’embolies septiques génératrices d’encéphalite, de méningo-encéphalite ou d’abcès cérébraux.

H. Roger a rappelé qu’il existait aussi des formes psychiques de l’endocardite maligne a marché lente parfois compliquée de troubles parétiques (Pages, Vidal, Lemierre, Debré.)

À la période tardive de décompensation cardiaque, l’œdème cérébral, l’anoxhémie expliqueront certains états de somnolence et de torpeur ou les petites bouffées délirantes et oniriques souvent signalées dans l’asystolie; ces manifestations réagissent généralement bien aux thérapeutiques de la décompensation.

Des recherches récentes ont décelé, dans quelques cas, de petites modifications du tracé électroencéphalographique (Stuhl, Mlle Cloche et Kartis).

On a signalé aussi dans les affections valvulaires quelques cas de délire onirique avec grande agitation anxieuse et hallucinatoire (Pitois, Scherrer et Devallet, Baschet); mais ils surgissent presque toujours à l’occasion de complications, souvent du reste fébriles (congestion, hépatique ou pulmonaire).

Notons la fréquence de l’hypertension crânienne dans les dilations du cœur droit par stase veineuse. Cette hypertension, parfois très élevée au point de vue manométrique, généralement assez bien tolérée, ne se traduit que par de petites céphalées et un peu de ralentissement psychique avec ou sans obtusion.

Il faut noter aussi la fréquence des états anxieux, petits ou grands, dans les cardiopathies aortiques, l’angoisse poignante de l’angine de poitrine, de la péricardite.

Worms a décrit une forme psychique de l’infarctus myocardique.

Il existe quelques observations d’interprétation délirante, atteinte hypocondriaque basée sur les troubles cénesthésiques de certaines cardiopathies.

Toute une série de petits états psycho-névrosiques peuvent être relevés chez de jeunes cardiaques, condamnés à une vie sédentaire, conscients de leur impuissance et souvent victime d’un complexe d’infériorité.

Certains cas de « nanisme mitral » vont de pair avec l’infantilisme général et débilité mentale.

Bret et Kohler (Réun. Péd. Lyon, 12 juin 1955) ont constaté chez 88 enfants présentant une cardiopathie cyanogène, une débilité intellectuelle dans plus de la moitié des cas (49) ainsi que des troubles caractériels et neurologiques.

On trouvera aux mots « Artério-sclérose cérébrale » et « Hypertension artérielle » ce qui revient à ces facteurs dans la détermination des troubles psychiques.

Pour compléter la lecture :

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