Histoire du Québec

Bilinguisme de la diplomatie canadienne

Bilinguisme de la diplomatie canadienne

Caractère bilingue pour la diplomatie canadienne (Sharp)

MONTRÉAL. Le ministre des Affaires extérieures du Canada, M. Mitchell Sharp, a promis hier ce qu’il a appelé « une action réparatrice » en faveur d’une diplomatie canadienne à l’étranger qui tienne compte du caractère bilingue de notre pays. M. Sharp a fait cette déclaration hier devant des étudiants de l’université de Montréal, qui ne se sont quand même pas gênés pour le chahuter, au moment où il prenait la parole. M Roger Gaudry, recteur de l’université, a déclaré que cet étalage de mauvaises manières était le fait, d’un groupe de 40 étudiants, sur une assistance de 200.

Dans une causerie inaugurant une série de conférences sur l’histoire, de la diplomatie canadienne, M Sharp a déclaré qu’il serait difficile pour quiconque de soutenir que son ministère, dans le passé, a réalisé un équilibre « entre les deux grandes communautés linguistiques du Canada.

« Je me rends compte, tout comme vous, » a-t-il dit à son auditoire de Montréal, » que cette thèse est difficile à soutenir et je n’ai d’ailleurs pas l’intention d’essayer de vous convaincre de la justesse d’une telle assertion.

« Mais, a ajouté le ministre, nous avons pris conscience » des manquements du passé en ce qui concerne l’encouragement du bilinguisme, et laissez-moi vous assurer de notre action réparatrice en ce domaine. »

DIPLOMATES ILLUSTRES

M. Sharp a prononcé toute sa causerie d’environ 5,000 mots en français. Parmi les représentants illustres de la diplomatie du Canada français, il a cité les noms de MM. Laurent Beaudry, Pierre Dupuy, Jean Désy, qui appartiennent au groupe des pionniers qui ont été à l’avant-garde de l’élaboration et de l’application de la politique extérieure ».

Il a aussi mentionné les noms de MM. Jules Léger, ex-ambassadeur canadien â Paris, ex-sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures du Canada, aujourd’hui sous-secrétaire d’État du Canada, et Marcel Cadieux, actuel sous-ministre des Affaires extérieures du Canada. Quant aux « manquements passés » du gouvernement fédéral touchant la projection à l’étranger de l’image d’un Canada composé de deux principales communautés linguistiques, M. Sharp les a expliqués citant un passage de l’ouvrage « Égalité ou Indépendance » de feu Daniel Johnson, ex-premier ministre du Québec. « Quoique » en toute honnêteté, je ne puisse dire que je suis d’accord avec tout ce qui est écrit dans ce livre, je n’en partage pas moins, a dit M. Sharp, le point de vue de l’ancien premier ministre québécois tel qu’il ressort des observations suivantes: « Il y a des gens, » écrivait M. Johnson, propos qu’a cités M Sharp, « qui ont la manie de chercher des coupables.

Si les relations s’avèrent difficiles ou compliquées entre les deux groupes ethnique, ils diront que ça dépend des Pères rie la Confédération, ou des Canadiens anglais, ou des Canadiens français. Cette manie détestable n’est peut-être qu’une façon de chercher des alibis, d’éluder ses propres responsabilités. « Le passé est le passé, » continue la citation de feu Daniel Johnson utilisée par M. Sharp. « Ceux qui l’ont, fait ont sans doute agi au meilleur de leur conscience et avec les moyens dont ils disposaient à l’époque

ENGAGEMENT

M. Sharp a répété par ailleurs l’engagement déjà formulé par le gouvernement dont il est partie, savoir que, en appliquant et en formulant sa politique étrangère, « le gouvernement fédéral doit reconnaître les traditions que les Canadiens francophones et anglophones cherchent à maintenir et à développer au sein de la fédération canadienne.

« Cette politique, a-t-il ajouté, doit se fonder sur l’égalité de statut des deux langues officielles pour la totalité des travaux du ministère, des Affaires extérieures. Elle doit aussi promouvoir les intérêts de tous les Canadiens des principales communautés linguistiques. » Le ministère des Affaires extérieures avait distribué à l’avance un texte de la causerie qu’allait prononcer M. Sharp. Le ministre, qui est arrivé avec un retard de 45 minutes, a été accueilli par un groupe d’étudiants arborant des placards sur lesquels ils proclamaient la solidarité des Québécois avec la Chine continentale. Le ministre a été accueilli aux cris de « ministre de la guerre ». Au moment où le ministre a voulu prendre la parole, le chahut des étudiants a atteint de telles proportions qu’on leur fit savoir que le discours serait annulé s’ils se refusaient à observer le silence. Parlant en français, M. Sharp a pu aller jusqu’au bout de son texte. Au moment où il prononçait les premières paroles, des cris s’élevèrent dans la salle: « Il ne comprend pas le français », suivis de ronflements sonores dans l’auditoire. Fléchettes de papier. Puis, son discours fut interrompu tout au long, par des toux, des sifflements et autres bruits. Certains étudiants s’amusaient même à lancer en l’aide des fléchettes de papier, dont l’une devait retomber sur M. Gaudry, assis dans les premières rangées.

Quand M. Sharp a parlé du bilinguisme dans son ministère et invité les Canadiens d’ascendance française à se joindre à nous », les étudiants ont sifflé et hurlé. La lecture d’une citation en langue anglaise contenue dans son texte a été noyée dans le tapage. « J’espère que vous serez toujours polis à l’égard des deux langues » dit-il. Il essaya de prononcer une deuxième phrase en anglais, mais devant les cris, il dut revenir au français, sous les applaudissements de la salle. Au moment où il se préparait à quitter la salle, une jeune fille s’élança vers lui pour s’excuser de la conduite d’un groupe minoritaire » et lui dire qu’il l’existait encore quelques étudiants civilisés au Canada français M Sharp eut un haussement d’épaules et dit: « Ah, bon. Le ministre a surtout parlé des possibilités que le ministère des Affaires extérieures du Canada offre.

(C’est arrivé le 21 janvier 1969).

Parlement du Canada. Photo de GrandQuebec.com.
Parlement du Canada. Photo de GrandQuebec.com.

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