Bilan du conflit Anglais – Français en Amérique de 1700 jusqu’à 1713
Bilan du conflit Anglais – Français, début du XVIIIe siècle, la première décennie du siècle.
1700 — La mort de Charles II pose la question de la succession au trône d’Espagne.
En Amérique septentrionale, la N.-F. et la N.-A. n’attendent qu’une occasion propice pour entrer en guerre. Depuis Talon, et même avant lui, on parlait au Canada de la conquête nécessaire de Boston, New York et Albany. Les gouverneurs Frontenac et Callières ont développé les mêmes projets, pendant que Pierre Le Moyne d’Iberville et ses frères permettaient à la Nouvelle-France de cerner sa rivale au nord, à l’est et au sud.
La N-A est consciente du danger, et maintenant que les Iroquois ont cessé de leur servir de paravent en même temps que de bouclier, les opinions s’y expriment beaucoup plus ouvertement. Cotton Mather après Dongan et plusieurs autres, lance le mot d’ordre; IL FAUT RÉDUIRE LE CANADA.
1702-03 — Premières offensives anglaises aux Antilles. Les Français tiennent bon.
1704 — Joseph Dudley, gouverneur du Massachusetts, expose sa politique impérialiste. Pendant le même temps, Vaudreuil excite les Abénaquis contre les avant-postes de la N.-A., tandis que le colonel Benjamin Church réplique en faisant ravager les établissements acadiens.
Hertel de Rouville met à sac le poste de Deerfield.
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1705-06 — Les deux colonies rivales échangent des missions diplomatiques qui sont autant d’occasions d’espionnage et de contrebande.
1706 — Vaudreuil et Dudley s’accusent mutuellement de vouloir gagner du temps. Ce dernier, aigri, précise sa politique ; « Il y aurait lieu, dit-il, de fonder une colonie écossaise ou anglaise à Pemaquid et à l’est … »
L’union de l’Ecosse et de l’Angleterre donne plus de poids à sa proposition. Il voudrait voir débarquer le plus tôt possible cinq mille Ecossais en Acadie.
1707 — Des bandes indigènes terrorisent les agglomérations anglaises les plus avancées ; Piscataqua, Marlborough, Winter, Harbour, Exeter et Oyster River.
L’Assemblée du Massachusetts adopte une loi portant de cinquante à cent livres la prime attachée à la capture ou à la mise à mort de tout indien ennemi âgé de plus de douze ans.
Le colonel John March échoue dans une attaque contre Port-Royal.
1708 — Le conflit européen tourne lentement au désavantage de la France qui ne réussit pas à faire la paix avec la Hollande.
Le colonel Samuel Vetch expédie à Londres un important mémoire. Il y dénonce les richesses de la N.-F., les dangers qu’elle représente pour la N.-A. et les facilités de conquête. Le Conseil du commerce, qui reçoit le mémoire, conclut à la nécessité « de chasser les Français de leurs établissements du continent septentrional. »
Bilan du conflit Anglais – Français
1709 — La reine Anne annonce le projet de conquête « conformément aux propositions du colonel Vetch ». Elle affirme son intention de « délivrer » les colons anglais du « voisinage des Français du Canada ». Les colonies qui manifesteront le plus d’empressement à collaborer à la conquête se distribueront les dépouilles des vaincus, — leur sol et leur commerce.
L’expédition proposée contre Port-Royal, ce nid de corsaires, et Québec, tarde à s’organiser. Les troupes anglaises sont retenues en Europe.
1710 — Les Canadiens fortifient leurs positions. Les corsaires français sillonnent les eaux au large de Boston et font plusieurs prises.
Toujours dans l’attente d’importants renforts, Nicholson dirige les effectifs déjà réunis contre Port-Royal. Un total de 258 soldats y résistent comme ils peuvent.
À la mi-octobre, Port-Royal capitule; 481 personnes se rendent aux Anglais.
1711 — Une expédition contre Québec est enfin organisée. L’amiral Walker et le général John Hill disposent de troupes des plus considérables. On dirige contre la Nouvelle-France presque autant de combattants que celle-ci compte d’habitants.
Dans la nuit du 2 au 3 septembre, huit des transports de l’escadre vont s’échouer sur les récifs de la Côte nord du Saint-Laurent. Près de mille hommes y trouvent la mort. C’est la retraite forcée. Les troupes de terre suivent l’exemple.
En décembre, la souveraine annonce ses désirs de paix.
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1712 — Les plénipotentiaires des pays en cause se réunissent à Utrecht.
1713 — Le traité est signé en avril. Sans avoir perdu une seule bataille, la Nouvelle-France se voit tout de même dépouillée de la baie d’Hudson (art. 10 et 11), de l’Acadie (art. 12), de Terre-Neuve (art. 13). Bien plus, la France reconnaît à l’Amérique britannique, au moyen du protectorat des Iroquois (art. 15), le droit de coloniser la région des Grands Lacs et ainsi d’isoler le Canada de la Louisiane.
1699-1713 – Progrès stupéfiants des pêcheries. On estime que, de 1699 à 1713, le nombre des bâtiments de pêche français à Terre-Neuve est passé de 400 à 800. Le chiffre des hommes affectés à la prise des morues a presque doublé, lui aussi; il est monté de 16,000 à 30,000. C’est dire l’importance de Terre-Neuve dans l’économie de la Nouvelle-France et de la Mère-Patrie. La France contrôlait, avant le traité d’Utrecht, 75% de tout le commerce des morues en Europe, ce qui représentait des millions de revenus annuels. Les plénipotentiaires d’Utrecht ont-ils bien pesé tous ces aspects du problème, lorsqu’ils ont cédé Terre-Neuve à l’Angleterre ?
Source du tableau : Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.