Histoire du Québec

L’appel des enfants abandonnés

L’appel des enfants abandonnés

L’appel des enfants abandonnés : Qui nous donnera un foyer

Ceux qui n’ont jamais connu leur maman : Une visite pleine d’émotions du reporter du Petit Journal à la Crèche des Bonnes Sœurs Grises (texte publié le 11 mai 1930 dans Le Petit Journal).

Écoutez de grâce le cri de détresse que nous poussons. Nous sommes des enfants abandonnés.. vous tous qui lisez ces lignes, confortablement installés dans un fauteuil et satisfaits de la vie; vous tus qui furent cajolés, instruits et surveillés par des parents dévoués, êtes-vous des hommes civilisés ou des barbares?

Un reporter du Petit Journal est venu nous rendre visite la semaine dernière, à la Crèche d’Youville, où les admirables Sœurs Grises nous ont recueilli.

Dix-huit mois et abandonnée par sa mère! Quelqu’un viendra-t-il la chercher pour ensoleiller son foyer? Il y en a plus de sept cents dans ce cas à la Crèche d’Youville.

Nous avons tendu vers lui nos petite mains innocentes. Nous lui avons parlé dans notre langage ingénu qui se passe de mots. Nous sommes certains cependant qu’il nous a compris…

Certains d’entre nous sont tombés en allant à sa rencontre. Ceux-là, ils commencent à marcher; il faut les excuser, mais ils trouvent ça bien difficile, car ils n’ont pas de maman pour les aider…

Certes, nous ne sommes pas malheureux ici

D’ailleurs. nous n’avons jamais connu un sort meilleur. Mais nous réclamons des mamans de toutes nos forces. Nous aiderez-vous à réparer l’épouvantable injustice di: sort?

Si vous saviez pourtant comme il est facile de nous adopter! Si ceux qui n’ont pas d’enfants savaient que le bonheur, c’est nous; que le soleil dans un foyer, c’est nous: que la satisfaction large et indéfectible d’avoir accompli son devoir, c’est encore nous!

Allons, les Sœurs Grises ne peuvent pas tout faire.

Rien qu’aux tout petits, elles distribuent quinze cents biberons par jour, c’est-à-dire cent soixante gallons de lait, Nous sommes environ sept cent cinquante et nous coûtons en moyenne 92 sous par jour.

Le reporter du « Petit Journal », vous a-t-il dit qu’on a été forcé de refuser l’admission à la Crèche de cent cinquante enfants abandonnés, rien qu’au mois de mars dernier?

Nous sommes trop nombreux. Les gens n’ont pas de coeur. Ils préfèrent payer plusieurs centaines de dollars pour un chien que de nous adopter pour rien.

Et pourtant, nous valons bien n’importe quel chien de police! Nous sommes des êtres humains, des petits Canadiens; nous avons un cerveau qui ne demande qu’à se développer. Demandez donc au reporter s’il a aimé nos physionomies éveillées, nos têtes blondes ou brunes, notre démarche d’enfants parfaitement sains?

Car comment voulez-vous que nous soyons malades lorsque cinq médecins nous suivent continuellement? Ne vous fiez pas au préjugé stupide qui prétend que les enfants abandonnés sont tarés. Nous ne sommes pas plus tarés que vous. Tout légitimes que vous soyez, vous êtes les descendants d’une foule comme nous, vous avez hérité de votre intelligence et de vos instincts d’ancêtres inconnus, absolument comme nous.

SAVEZ-VOUS QUELLE EST NOTRE FORCE?

Écoutez bien ceci: Dernièrement, une femme qui n’avait pas d’enfants sentait son mari l’abandonner. Cet homme ne rentrait plus le soir, il ne lui donnait plus d’argent. Elle eut l’idée de venir chercher un bébé à la Crèche. Tout d’abord, le mari resta indifférent; mais au bout d’une semaine il fit une scène à sa femme parce que le bébé avait été placé dans un courant d’air! Aujourd’hui, ce ménage est de nouveau réuni et heureux. Grâce à qui, s’il vous plaît?

Nous pourrions vous citer des centaines d’exemples.

Venez donc nous visiter à la Côte de Liesse, près de Cartierville. Il fait beau au printemps et la promenade est agréable. Les Sœurs vous recevront à bras ouverts.

VOUS ENTENDREZ NOS CRIS ENFANTINS

bien avant d’arriver à la Crèche. Vous visiterez un établissement d’une propreté qui est la spécialité de toutes les congrégations religieuses. Vous verrez des centaines de berceaux, des centaines de petits lits, de petites tables, de petits réfectoires; bref, u mobilier de nains dans une maison géante.

Peut-être, songerez-vous alors qu’il serait doux d’accomplir un grand acte de charité et qu’il est triste de vieillir sans enfants. Peut-être vous souviendrez-vous qu’à côté de toutes les mesquineries et de toutes les fautes que vous aurez commises dans votre vie, l’adoption d’un petit enfant est un formidable contrepoids.

Et peut-être alors, même ceux qui eurent des enfants jadis, mais qui ne les ont plus parce qu’ils ont grandi ou que Dieu les à rappelés à Lui, décrocheront-ils du hangar le petit berceau poussiéreux et s’empresseront-ils de lui donner un coup de pinceau, afin de recevoir dignement l’un d’entre nous. Car n’a-t-il pas dit: “Laissez venir à moi les petits enfants”?

Soeurs grises
Sœurs Grises et enfants dans les années 1930. Photo de l’époque, image libre de droit.

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