Histoire du Québec

Anglais à la rescousse des Iroquois

Anglais à la rescousse des Iroquois

La guerre contre les Anglais et les Iroquois entre 1690 et 1699

M. de Callières, revenu de France à l’automne de 1689, reprit la direction civile et militaire de son gouvernement. Craignant, après le massacre de Lachine, que les traitants des pays d’en Haut fussent inquiétés à leur approche de Ville-Marie, le gouverneur envoya au devant d’eux, sur la rivière des Outaouais, un détachement de vingt-huit hommes, commandés par Daniel Greysolon du Lhut et d’Aillebout de Manteht. Cette mesure de précaution était sage et opportune.

À la tête du lac des Deux-Montagnes, le parti d’éclaireurs rencontra quatre canots, montés par vingt-sept Iroquois. Une lutte acharnée s’engagea entre les deux groupes d’égale force numérique, mais d’inégale valeur, assurément, puisque dix-huit sauvages, dit-on, auraient été tués et deux faits prisonniers. Ramenés à Montréal, on assure que ces deux malheureux subirent le supplice du feu. (Benjamin Suite, d’après M. de Belmont: «Histoire du Canada». — «Antiquarian and Numismatic Journal», 1892, p. 101) La tragique nuit du 5 août explique peut-être un tel acte de cruauté.

Les Iroquois reparurent au commencement de l’été de 1690. Une centaine descendaient en maraudeurs la rivière des Prairies, quand, arrivés dans le bas, ils firent mine de prendre pied sur l’Île. Des habitants de la Pointe-aux-Trembles, au nombre de vingt-cinq, se portèrent à leur rencontre et firent feu sur un premier canot qui atterrissait et tuèrent quatre hommes. Mais devant le grand nombre des arrivants, ils durent se replier à l’entrée du bois, où le combat s’engagea furieux, meurtrier de part et d’autre. Quinze des nôtres furent tués ou faits prisonniers. Les sauvages comptèrent 25 ou 30 morts. Le reste des Français purent atteindre un petit fort dans les environs. Ce détachement de braves était commandé par M. de Colombet, lieutenant réformé, sur lequel nous n’avons aucun autre renseignement.

Les morts étaient: M. de Colombet, commandant, Joseph de Montenon, sieur de La Rue, Jean Jallot, chirurgien, Guillaume Richard, dit Lafleur, capitaine de milice, Joseph Cartier, dit Larose, Jean Baudouin, fils, Pierre Marsta, fils, Jean Delpué, dit Parisot, Nicolas Joly, le soldat Isaac, et un engagé du sieur Beauchamp. Quatre prisonniers furent brûlés vifs sur les bords de I’Île Jésus: Jean Rainaud, dit Blanchard, Jean Grou, Paschange, et un nommé Le Bohême. (M. E.-Z. Massicotte: « Antiquarian and Numismatic Journal », 1914, p. 114).

L’acte héroïque des colons sauva sans doute leur village d’une destruction complète.

Après ces événements tragiques, le calme se rétablit momentanément dans la colonie et les sauvages, amis ou alliés, descendirent à Ville-Marie avec plus de 100 000 écus valant de fourrures. On compta à la fois dans la ville cinq cents Outaouais, Cris et Hurons, venus des Grands Lacs.

Le comte de Frontenac profita de l’occasion pour tenter de les gagner tous à la cause française. Au mois d’août, il réunit tous les chefs dans un grand conseil tenu à Montréal, et fuma avec eux le calumet de paix.

Son but était de détacher les tribus de leur alliance avec les Iroquois. Les Anglais l’avaient cependant devancé, en signant un traité de paix générale, le 22 janvier 1690. La tentative diplomatique du gouverneur n’eut pas de suites.

Quant aux Anglais, on réussit à les exaspérer à fond, avec plus d’ardeur que d’à-propos peut-être. En tout cas, le massacre des habitants de Schenectady, (8 février 1690) par d’Aillebout de Manteht et Le Moyne de Sainte-Hélène, et la prise de Salmon Falls (28 mars) devaient provoquer des idées de représailles. Les Anglais se montrèrent enfin eux-mêmes. La conquête du Canada fut décidée.

L’amiral anglais, sir William Phips, à la tête d’une nombreuse flotte vint mettre le siège devant Québec.

Phips s’aperçut bientôt que le gouverneur du Canada avait changé de nom. Aux émissaires, envoyés pour sommer Frontenac de rendre la ville, le gouverneur aurait répliqué: « Dites à votre maître que je lui répondrai par la bouche de mes canons ». Peu importe que cette héroïque  réponse ait été faite en ces propres termes; elle le fut effectivement dans ce sens, et les canons de la citadelle bombardèrent la flotte sans répit.

Deux Montréalais, les deux Le Moynes, de Sainte-Hélène et de Maricourt, en charge des batteries de la basse-ville, réussirent à abattre d’un boulet le drapeau du vaisseau-amiral. Des Canadiens se disputèrent l’honneur de saisir à la dérive cette épave de la croix de Saint-Georges (18 octobre (Parkman: « Frontenac », p. 272 et suivantes).

Après un engagement de deux jours, où quatre de ses vaisseaux avaient été grandement avariés, Phips ordonna de réunir la flotte derrière l’Île d’Orléans. Leurs navires étant réparés, les Anglais retournèrent dans leurs colonies.

À l’occasion de cette alerte, M. de Callières était descendu à Québec avec un régiment de 800 soldats, miliciens et coureurs de bois. Mais l’attaque sur Québec n’avait été qu’une venette, et l’on revint à Montréal sans coup férir.

L’heure de la conquête n’était pas venue.

Source de l'Image : Pourvoirie Cockanagog
Source de l’Image : Pourvoirie Cockanagog

1 commentaire

  1. Nicole

    2021/04/04 at 2:48

    Ô, les archives! Vous conservez tant de secrets! Depuis un certain temps, je consulte régulièrement ce site et chaque fois j’apprends quelque chose d’inconcevable. C’est après 20 ans de travail à l’école où l’histoire n’a pas de place ou soit tellement « adaptée » qu’il n’en reste rien de vrai.

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