Histoire du Québec

L’affaire Desjardins

L’affaire Desjardins

L’affaire Desjardins selon le recteur de l’UdeM

2 décembre 1980. Le recteur de l’Université de Montréal M. Paul Lacoste, nous a fait parvenir copie de la lettre qu’il adressait récemment aux personnes qui lui avaient écrit au sujet des problèmes survenus à la Section préscolaire-primaire de la Faculté des sciences de l’éducation. Nous reproduisons aujourd’hui une partie.

Monsieur.

Votre lettre sur les problèmes que connaît actuellement notre Faculté des sciences de l’éducation soulevé plusieurs questions et sans vouloir mettre en doute votre bonne foi, je m’interroge sur la nature et la qualité de l’information dont vous avez pu disposer avant de prendre la position que vous m’avez communiquée.


Au cas où vous n’auriez pas obtenu un dossier complet et objectif sur la situation actuelle à la Section préscolaire-primaire de la Faculté des sciences de l’éducation, je me fais un devoir de porter à votre connaissance certains éléments relatifs au départ de M. Michel Desjardins et à la réduction du nombre de crédits accordés aux projets pédagogiques.

M. Michel Desjardins,

Contrairement à ce qui s’est écrit un peu partout, l’Université de Montréal n’a pas congédié M. Michel Desjardins. Ce dernier n’a pas obtenu le statut de professeur agrégé et, pour vous expliquer ce qui s’est passé, je tenterai de vous décrire brièvement les étapes que doit suivre un professeur à l’Université de Montréal pour accéder au rang d’agrégé et obtenir ainsi la permanence qui accompagne ce statut. Cela vous permettra de voir clairement, je l’espère, que M. Michel Desjardins, a été traité comme tous les autres professeurs qui ont demandé l’agrégation.

L’Université de Montréal, conformément à son idéal et à sa tradition de qualité, s’est donné des règles sévères pour l’examen des dossiers de promotion de ses professeurs et, bien qu’elle n’ait pas la réputation d’accorder facilement le rang d’agrégé ou de titulaire, plusieurs professeurs l’obtiennent chaque année au terme d’un long cheminement où chaque dossier est examiné avec une minutie, une rigueur et des garanties d’équité dont on trouve peu d’exemples dans notre société.

Vous savez sans doute que le principe fondamental de l’accès au rang de professeur agrégé ou titulaire dans les universités n’est pas surtout le jugement de supérieurs hiérarchiques, mais bien plutôt celui des pairs. Toute intervention de l’extérieur est donc jugée irrecevable. Je peux vous garantir que le dossier de M. Michel Desjardins a franchi les étapes normales prévues dans la carrière d’un professeur el que personne ne m’a prouvé à ce jour qu’il ait été jugé de façon arbitraire, injuste ou discriminatoire.

L’engagement initial au rang de professeur adjoint est d’une durée de trois ans; il peut être renouvelé pour une période de trois ans et il est alors dit terminal.

Dans les deux cas, l’engagement est fait par le Comité exécutif après qu’ont été obtenus l’avis des professeurs du département ou de la faculté, la recommandation du Conseil de la faculté et l’avis du doyen de la faculté.

La convention collective prévoit que l’Université doit mettre fin à l’emploi du professeur adjoint qui n’a pas été promu au rang d’agrégé à la fin de l’engagement terminal». La permanence d’emploi s’obtient avec le rang de professeur agrégé.

Pour obtenir le rang d’agrégé, un professeur doit avoir démontré des qualités d’enseignant, avoir contribue au développement de sa discipline par des recherches, avoir contribué au développement de l’institution et avoir contribué au rayonnement universitaire.

Lorsqu’un professeur demande son agrégation, le Conseil de l’Université ne rend sa décision qu’après avoir obtenu l’avis des professeurs agrégés et titulaires de la faculté, la recommandation du Conseil de la faculté et l’avis du doyen. L’avis des professeurs et la recommandation du Conseil de la faculté s’expriment par un vote.

Dans le cas de M. Desjardins, le vote des professeurs titulaires et agrégés a eu lieu le 17 octobre 1979 et a été négatif; le vote du Conseil de la faculté, le 14 novembre suivant, a également été négatif.

Quand un Conseil de faculté ne recommande pas la promotion d’un professeur, celui-ci peut demander que son dossier soit transmis directement au Conseil de l’Université, et c’est ce que M. Desjardins a fait. Le Conseil peut alors accorder la promotion ou réserver sa décision. M. Desjardins a été informé, le 26 février 1980, que le Conseil avait réservé sa décision parce que les activités de recherche du candidat ne constituaient pas une contribution au développement de sa discipline qui justifie une promotion à l’agrégation.

M. Desjardins a alors demandé, le 28 février 1980, comme c’était son droit et comme le prévoit la procédure, que son dossier de promotion soit transmis au Comité d’évaluation prévu par la convention collective et composé de cinq universitaires choisis conjointement par l’Université et le Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM). Or, ce Comité a jugé, à l’unanimité, que les activités universitaires du candidat, notamment ses travaux de recherche et ses publications, ne justifiaient pas la promotion à l’agrégation.

Le Conseil de l’Université a décidé, à sa réunion du 28 avril 1980. de ne pas accorder l’agrégation à M. Desjardins. Le 15 mai 1980, celui-ci a déposé un grief en vertu de l’article CP 5.19 de la convention collective. Une séance d’arbitrage a eu lieu le 20 novembre 1980. La juridiction de l’arbitre se limite à décider si la procédure a été suivie ou non; si l’arbitre conclut que la procédure n’a pas été suivie, il peut prononcer la nullité de la décision de l’Université et ordonner que la procédure du dossier soit reprise en totalité ou en partie.

Avant même d’avoir déposé ce grief, M. Desjardins avait enregistre une plainte auprès de la Commission des droits de la personne du Québec, qui en a informé l’Université de Montréal le 8 janvier 1980. L’enquête est actuellement en cours.

Enfin, je tiens à ajouter que, des 26 professeurs dont l’engagement à l’Université devait se terminer le 31 mai dernier s’ils n’obtenaient pas l’agrégation, six n’ont pas été nommés professeurs agrégés et ont dû quitter l’Université. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi je n’ai reçu des représentations que pour un seul de ces professeurs.

C’est un hasard bien étonnant dont on peut se demander s’il est totalement étranger à des motifs idéologiques.

Je suis à l’Université de Montréal depuis plus de 30 ans et, pendant toute ma carrière, j’ai lutté pour le respect de toutes les libertés et contre toutes les formes de discrimination et d’intolérance.

J’estime que l’université est pluraliste de par sa nature et que l’Université de Montréal doit donc être et est en fait ouverte à tous les courants de pensée, où qu’ils se situent sur l’échiquier idéologique. Personne n’a le droit de voir sa carrière interrompue pour des raisons d’ordre idéologique, mais personne n’a le doit d’invoquer son idéologie pour être dispensé des normes de qualité que l’Université s’est données et échapper aux règles qu’elle applique à tous les membres de son corps professoral. La promotion au rang de professeur agrégé à l’Université de Montréal s’accorde ou se refuse conformément à des règles établies selon lesquelles le jugement des pairs est essentiel et déterminant, et non à la suite de campagnes d’opinion ou d’intimidation.

(Texte publié le 2 décembre 1980 dans le quotidien La Presse).

Un automne chaud. Photo de GrandQuebec.com.

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