Sculpteur Anatole Parthenais

Le sculpteur Anatole Parthenais

Anatole Parthenais : Avant Louis-Philippe Hébert, un sculpteur canadien avait donné les espérances les plus brillantes.

Son nom avait déjà traversé les mers et le succès semblait lui avoir tracé une route triomphale, lorsque soudain, par un caprice du destin, l’art canadien dut faire son deuil d’une existence si prometteuse, au sens absolu du mot.

Mais lisez ce qu’en a dit le maître écrivain, Alphonse Lusignan : « Dans le cimetière de Joliette, sans pompeux monuments, mais entretenu avec un soin qui atteste la vivacité du souvenir laissé par les partis, par les chers envolés, sur une pierre qu’entoure un grillage de fer, j’ai lu l’épitaphe suivante :

Ici repose. Dans l’attente de la Bienheureuse Résurrection

ANATOLE PARTHENAIS

Artiste sculpteur.

Trois fois couronné par l’École Impériale des Beaux-Arts de Paris, France.

Décédé le 27 décembre 1864, âgé de 25 ans et 3 mois.

Priez pour lui.

*

«Qui connaît Parthenais ? Hors Joliette, pas cent personnes. » Et cependant ce jeune homme, arrivant d’un Canada ignoré, méconnu plutôt, où la France croyait qu’il n’y avait que des anthropophages.

Cet enfant s’est percé une trouée clans l’épaisse et vivante cohue des hommes de talent dont Paris déborde ! Parmi tant d’intelligences d’élite, il s’est frayé un chemin, et vite, vous allez voir.»

Première année, aux grands concours, on lui donnait un deuxième prix de sculpture ; une médaille de bronze.

Deuxième année, 1863, aux concours de semestre, un premier prix, médaille de bronze. Même année, au concours annuel, le premier prix et la médaille d’argent. Il n’avait encore que 24 ans…

J’ai sous les yeux ces médailles précieuses, ces trophées de pacifiques mais honorables victoires, et je comprends le soin jaloux avec lequel la famille du jeune poitrinaire les conserve.

Sa mère, la pauvre octogénaire, avait cette bien pardonnable vanité d’exhiber à quiconque était sympathique ces reliques, plus souvent baisées qu’un agnus, ce bronze qu’aucun or n’aurait acheté.

*

J’ai chez moi deux morceaux de bois que le ciseau d’Anatole Parthenais a fouillés. Ces morceaux de bois sont devenus des œuvres d’art et celui qui me les enlèvera se lèvera matin.

L’un est une corniche, un peu païenne, mais superbement conçue, l’autre est un motif de chasse. Moi, j’aime mieux le dernier. C’est grand à peine comme la main, et vous y distinguez parfaitement dans les proportions voulues, les crocs du chien comme les grilles de l’ours.

Parthenais avait la conception, sa corniche me le prouve ; il était aussi maître du détail ; sou ciseau délicat, qui ne recule ni devant une mèche de poil ni devant une dent, en témoigne assez.

Il avait fait, en cire, une réduction d’un monument qui devait être élevé sur la tombe de M. Scallon, de Joliette. Il y a trop longtemps que je l’ai vu pour en parler longuement.

L’allégorie, je l’ai oubliée. Je sais seulement qu’il y avait quatre statuettes, hautes comme le doigt, où tout était si parfaitement fini que les ongles des doigts du pied s’accusaient avec la même vérité que ceux de la main.

On conserve à Paris plusieurs des sculptures de Parthenais, me dit-on. Une chasse sur une crosse de fusil existe encore au Canada : c’est un chef-d’œuvre.

Une pipe en bois ciselée par lui — un vrai bijou — a été volée dans une exposition à Montréal.

Inutile de mentionner par le menu, d’autant plus que je ne les ai pas toutes vues, les œuvres de Parthenais. Cet enfant de vingt-cinq ans n’avait pas donné toute sa mesure.

On pouvait attendre beaucoup de ce travailleur, désireux de produire s’il n’eut été cloué par la maladie, de ce bras trop tôt refroidi, de cette âme ardente usant un fourreau fragile, de ce fils revenu de France pour embrasser sa vieille mère avant de s’éteindre ».

(Coups d’ail. Coups de plume. Par Alphonse Lusignan).

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