Parcs et forêts

Forêt canadienne : composition, étendue, rendement

Forêt canadienne : composition, étendue, rendement

Forêt canadienne : sa composition, son étendue et son rendement

Voyons ce qu’est actuellement la forêt canadienne

Pour la bien connaître, il nous faut étudier sa composition, son étendue et son rendement. Nous le ferons à grands traits.

Composition de la forêt

On peut dans une forêt considérer les individus et les groupements.

Les individus. — La division faite par les botanistes en gymnospermes (à graines nues) et angiospermes (à graines enfermées dans l’ovaire) a reçu plusieurs traductions dans le langage populaire. Les premiers sont appelés conifères, bois tendres, arbres à feuilles persistantes ou en forme d’aiguilles; les seconds sont les bois durs, les arbres à larges feuilles ou à feuilles caduques.

Dans l’ensemble la division populaire s’accorde avec la division scientifique; notons cependant que parmi les conifères, le mélèze et le sapin de Douglas donnent un bois remarquablement dur, que le mélèze perd ses feuilles tous les ans, que les feuilles des cèdres ressemblent fort peu à des aiguilles; d’autre part, il est difficile de qualifier de dur le bois du peuplier et du saule. Nous souvenant de ces remarques, nous pouvons conserver ici la division populaire en bois tendres et bois durs. Nous ne nous occuperons que des espèces indigènes.

Bois tendres

On connaît neuf espèces de pins, cinq espèces d’épinettes, cinq espèces de sapins, troisespèces de mélèze, trois espèces de pruches, deux espèces de cèdres, deux espèces de genévrier, une espèce de cyprès, une espèce d’if.

Bois durs

Le Canada possède environ trois fois plus d’espèces de bois durs que de bois tendres. Nommons les genres les plus riches: chênes, douze espèces; cornouillers, douze espèces; érables, neuf espèces; bouleaux, neuf espèces; peupliers, huit espèces; cerisiers, sept espèces; aulnes et caryas, six espèces; frênes, quatre espèces; ormes et sorbiers, trois espèces; noyers, deux espèces; charmes, hêtres, châtaigniers, mûriers, platanes, pruniers et tilleuls, une espèce.

Quelquefois plusieurs espèces d’un même genre sont de simples arbrisseaux; il y a même des genres qui n’ont aucune espèce arborescente, tel le cornouiller. D’autre part, la valeur n’est pas toujours proportionnelle à la taille: ainsi, le cornouiller a une grande valeur décorative; le cascara de Colombie Anglaise possède dans son écorce un principe purgatif énergique bien connu sous le nom de cascara sagrada.

Quelques individus

Faisons connaissance avec les espèces les plus importantes par leur nom, leur répartition géographique et leur valeur commerciale.

Pin blanc (Pinus Strobus Lin.) — Il habite l’est, de l’Atlantique au Manitoba, et du Témisсamingue à la Géorgie. Jadis seul recherché pour la construction, il a diminué, dans les forêts, de 450 à 25 milliards de pieds. C’est le plus grand et un des plus beaux conifères de l’est: on a coupé des individus de 250 pieds de haut et de 72 pouces de diamètre. Il peut servir dans presque toutes les industries employant du bois, grâce à son grain fin, uniforme, à sa résistance, à sa durée.

On reconnaît facilement le pin blanc à ses longs cônes mesurant de cinq à dix pouces et à ses aiguilles; il est le seul pin de l’est dont les aiguilles soient groupées par cinq. Il pousse bien dans les sols légers, fertiles, pas trop humides ni trop sablonneux; mais il lui faut beaucoup de lumière.

Pin rouge (Pinus Resinosa Ait). — Appelé ainsi à cause de la couleur de l’écorce et du coeur, il est caractérisé par ses cônes courts et ses aiguilles groupées par deux et longues de cinq à sept pouces. C’est un bel arbre d’ornement pouvant atteindre 100 pieds de haut et trois de diamètre. Il habite à peu près les mêmes régions que le pin blanc. Plus foncé et plus résineux que ce dernier, il lui est souvent mélangé sur le marché; moins souple pour les travaux délicats, il est préféré pour la charpente, le pavage et les réservoirs à eau.

On évalue la réserve de pin rouge à environ quatre milliards de pieds. La régénération est facile, même en terrain pauvre et sec; mais il produit peu de graines.

Pin gris (Pinus Banksiana Lam). — Peu exigeant, poussant bien en terrain pauvre et sablonneux, pourvu qu’il ait toujours de la lumière, le pin gris s’est propagé de la Nouvelle-Écosse aux Rocheuses; au nord, on le rencontre encore près du Grand-Lac-à-l’Ours. Comme chez le pin rouge, les aiguilles sont groupées par deux; mais ne mesurent que 1 à 1 pouces de longueur. Dans l’ouest on le confond quelquefois avec le pin de Murray.

On évalue la réserve de pin gris à environ 66 milliards de pieds. Bien que pourrissant facilement, on l’emploie surtout pour les dormants de chemin de fer. Depuis quelques années on prolonge considérablement sa durée en le traitant par la créosote.

Pin de Murray (Pinus Murrayana Balf). — Habite l’ouest, du Yukon au sud de la Californie et du Pacifique à l’Alberta. Ressemble beaucoup au pin gris; employé surtout dans les mines, pour les dormants et comme poteaux: on commence à l’employer comme bois de plancher. Il donnerait aussi une bonne pâte à papier.

On évalue la réserve à 15 milliards de pieds.

Épinettes. — Deux espèces habitent l’ouest seulement: l’épinette de Sitka (Picea Sitkensis Carr.) et l’épinette d’Engelmann (Pinus Engelmanni Engelm.) ; une espèce habite les provinces maritimes et l’est du Québec: l’épinette rouge (Pinus Rubra Dietr.) ; deux espèces vont de l’Atlantique à l’Alaska et à l’océan Arctique: l’épinette noire (Pinus Mariana Mill.) et l’épinette blanche (Pinus Canadensis Mill.)

En mesure de planche, on évalue à 320 milliards de pieds la réserve exploitable, dont près de la moitié en épinette blanche. La consommation annuelle approche de trois milliards de pieds, dont un milliard au moins, pour la pulpe. Pour le bois de sciage, la construction, l’épinette a les principales qualités des pins; sa faible teneur en résine le fait rechercher pour la pulpe; elle donne des fibres longues, dures et peu colorées.

L’épinette blanche est très recherchée pour les instruments de musique à cause de sa résonnance; on l’a employée aussi pour les fuselages d’aéroplanes: pour ce dernier emploi, l’épinette de Sitka est préférée. Dans l’ornementation on emploie beaucoup l’épinette blanche, à cause de sa cime compacte, de son feuillage luisant et de sa forme conique, élancée, lui donnant de loin l’apparence d’un clocher.

Sapin de Douglas (Pseudotsuga Mucronata Sud.). — On ne le rencontre que dans l’ouest, de l’Alberta au Pacifique. C’est un géant qui n’est inférieur qu’au séquoia de Californie: il atteint fréquemment 200 pieds de haut et 6 de diamètre; on en a abattu un de 380 pieds de haut et de 15 de diamètre qui a fourni 60,000 pieds de bois. Ses dimensions le mettent au premier plan pour la grosse charpente; mais sa dureté, sa rigidité, sa résistance à la décomposition, grâce à une teneur élevée en résine, le rendent précieux pour de nombreux usages.

Difficilement pénétré par l’eau, il convient pour toutes les constructions maritimes, pour les conduites d’eau, les silos et les réservoirs. Une différence prononcée entre les couches de printemps et celles d’été lui donne une véritable valeur décorative si on le coupe de façon à mettre en relief cette différence: il produit alors des effets comparables à ceux du chêne. Notons en passant que cette variation dans la croissance avec les saisons a permis de constater que certains individus avaient près de 800 ans. Les réserves sont évaluées à 76 milliards de pieds; mais l’exploitation est actuellement très active: le bois vient vers l’est en quantité croissante chaque année; il est exporté jusqu’en Europe, en Chine, au Japon, en Australie, aux Indes et en Nouvelle-Zélande.

Sapin baumier (Abies Balsamea Lin.).

Quand par le froid tout s’atrophie Je vois le sapin toujours vert,
Contre les saisons qu’il défie,
Mettre les oiseaux à couvert.
A. Poisson, Les Sapins.

C’est le sapin baumier qui fournit le baume du Canada employé en microscopie. On le rencontre à peu près partout de l’est à l’ouest, jusqu’au Labrador et au Yukon; c’est la seule espèce de sapin indigène de l’est; à l’ouest, il est accompagné de deux autres. Il dépasse rarement 60 pieds de haut et 2 pieds de diamètre. La réserve est évaluée à 48 milliards de pieds. Jadis dédaigné par les pulperies, à cause de son faible rendement, de sa résine et du fait qu’il sombre quand il doit flotter longtemps sur l’eau, il fournit aujourd’hui près d’un quart de la pâte de bois. On l’utilise par millions de pieds chaque année pour la charpente, les lattes, les bardeaux, la tonnellerie, les boîtes à produits alimentaires. On le substitue à l’épinette chaque fois que la résistance a peu d’importance, car il est cassant.

Pruche (Tsuga Canadensis Carr.) — Habite l’est, depuis la Nouvelle-Écosse, dans la vallée du St-Laurent, jusqu’au lac Supérieur. Autrefois on abattait les plus belles pièces, on les dépouillait de leur écorce et les abandonnait: l’écorce est employée en tannerie. On lui reproche d’être très noueuse et de se fendre spontanément pas dislocation des couches annuelles; mais la diminution des arbres plus estimés a forcé de recourir à elle: elle occupe aujourd’hui une des premières places pour le bois de charpente.

Tsuga de l’ouest (Tsuga Heterophylla Raf.) — Il habite la Colombie Anglaise, surtout le long du Pacifique. On a trouvé des individus hauts de 250 pieds, mesurant 7 pieds de diamètre; sa hauteur ordinaire est de 150 pieds et son diamètre de 3. On évalue la réserve à 64 milliards de pieds.

Pendant longtemps les marchands l’ont vendu sous de faux noms, à cause des préjugés qui condamnaient l’espèce de l’est portant le même nom. Aujourd’hui on l’accepte volontiers pour la construction, même pour les portes et les châssis. Employé couramment pour les caisses d’emballage, il donne de beaux lambris et des panneaux décoratifs.

Cèdres. — Une espèce (Thuya Occidentalis Lin.), habite l’est jusqu’au Manitoba; l’autre (Thuya Plicata Don.), la Colombie Anglaise. L’espèce de l’est est beaucoup plus petite; c’est exceptionnellement qu’elle mesure 80 pieds de haut et trois de diamètre; celle de l’ouest atteint 175 pieds de haut et quelquefois plus de 8 de diamètre; par contre, l’espèce de l’ouest est moins dure et plus fragile; les deux se conservent fort longtemps, grâce à leur essence antiseptique. C’est surtout la résistance à la décomposition qui les fait rechercher: on en fait des poteaux de téléphone et de télégraphe, des
dormants de chemin de fer, des clôtures. Sous forme de planches, on les emploie pour les chaloupes, les réservoirs à eau, la tonnellerie droite. C’est le cèdre de l’ouest qui fournit la plus grande partie des bardeaux.

Merisier (Betula Lutea Michx.) 

Et les bouleaux penchés en ondoyants arceaux Miraient leurs cônes verts dans le miroir des eaux. (Chapman: Le Lac dans les bois.)

Le merisier ou bouleau jaune est le plus employé des bois durs dans le Québec et les Provinces Maritimes; dans l’Ontario il cède le pas à l’érable. Il habite l’est, de Terre-Neuve au lac des Bois. C’est le plus grand des bouleaux indigènes: il mesure quelquefois 100 pieds de haut et 4 de diamètre. La couleur de paille de son écorce lui a valu l’épithète de jaune, Il est employé pour les planchers, la garniture des intérieurs, la carrosserie, les instruments aratoires, les pianos, etc. Il est exporté en Angleterre sous forme de billots ou de planches.

Érable. —

Ah! l’érable natal, si le Canadien l’aime,
C’est qu’il y voit le fer jusqu’au coeur le meurtrir.
C’est que sa race y cueille son héroïque emblème,
C’est que tu t’y pourrais reconnaître toi-même,
Peuple qui grandis à souffrir.

Les érables sont bien connus par le sucre qui porte leur nom. C’est à l’érable à sucre (Acer Saccharum, Marsh.) qu’est due cette réputation. Or, il se trouve que c’est la même espèce qui est la plus recherchée pour son bois, à cause de sa plus grande dureté, de sa force et de sa résistance. Il est employé pour les planchers, les meubles, la carrosserie, les chaloupes, etc.

Tilleul (Tilia Americana Lin.) — Il est plus connu sous le nom de bois blanc. On trouve dans les parcs plusieurs espèces qui viennent d’Europe: celle que nous étudions est indigène. Elle pousse dans l’est, depuis l’Atlantique jusqu’au sud du Manitoba, sur les terres riches et argileuses. Le tilleul mesure habituellement 60 à 70 pieds de hauteur, quelquefois 100; le diamètre atteint rarement quatre pieds.

Le bois de tilleul est le plus important des bois durs; c’est aussi un des plus tendres. Il est à la fois léger et tenace, se laisse travailler avec une grande facilité et ne se déforme pas. Il est très recherché pour les meubles, les intérieurs, la carrosserie et l’ébénisterie. C’est par excellence le bois pour lambris à panneaux et pour feuilles de placage; c’est aussi le bois idéal pour les travaux de tournage et de sculpture. Il trouverait un bon marché à l’étranger, mais la quantité utilisable s’épuise rapidement: il fournit moins de 1% du bois de sciage canadien.

Les autres bois durs ayant moins d’importance encore, nous croyons inutile de les étudier en particulier. Voici d’ailleurs la liste à peu près complète des arbres utilisés, avec la quantité en pieds, mesure de planche, coupée dans une année, d’après les dernières statistiques révisées (1924):

Épinette……….1,260,673,000
Sapin Douglas….1,000,089,000
Pin blanc……..614.532.000
Pruche…………291.665.000
Pin rouge……..124.289.000
Cèdre…………..115.185.000
Pin gris………..101.077.000
Sapin baumier……70.466.000
Merisier……….64.313.000
Mélèze…………52.068.000
Pin jaune……..48.738.000
Tilleul………….24.080.000
Orme……………17.814.000
Bouleau rouge…..12.096.000
Peuplier……….10.473.000
Hêtre……………7.063.000
Frêne……………5.752.000
Chêne…………..2.783.000

Il faudrait ajouter de petites quantités de châtaignier, de cerisier, de noyers (noir, tendre, dur), de platane, d’ostryer, de cyprès jaune, de tulipier. On obtiendrait ainsi un total de 3,878,942,000 pieds, mesure de planche.

Forêt canadienne. Photo de Megan Jorgensen.
Forêt canadienne. Photo de Megan Jorgensen.

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