Exploitation forestière au XIXe siècle

La dynamique régionale de l’exploitation forestière au XIXe siècle

La mise en valeur des forêts éloignées des grands centres favorisent, au dix-neuvième siècle, le développement de plusieurs régions du Québec, telles que l’Outaouais, la Mauricie, le Bas-Saint-Laurent – Gaspésie, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et même la Côte-Nord. Donc, ce qui se passe au Saguenay et au Lac-Saint-Jean n’est pas exclusif. Cependant, par rapport à une industrie en pleine expansion, chaque territoire d’exploitation présente des avantages et des désavantages qu’il faut considérer pour juger adéquatement dès l’apport de chacun. Enfin, l’ouverture du Saguenay au peuplement à l’exploitation forestière dont un caractère singulier à l’expérience vécue dans cette nouvelle région.

Disons-le au départ, si l’industrie du bois peut paraître importante dans l’économie naissante du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, cette production régionale reste secondaire par rapport à l’ensemble du marché québécois. Entre 1850 et 1900, la région ne produit, bon an mal an, jamais plus que 10,3% des principales essences coupées dans la toute la province.

Le mouvement qui s’articule au Saguenay s’inscrit avait quelques retards par rapport à d’autres régions. Ainsi, l’Outaouais supérieur se développe dès les années 1830 et domine dans le bois équarri jusqu’aux années 1850 avant de se tourner vers le bois de sciage. Avec la qualité de son couvert végétal, cette région est avantagée quant à la production du pin.

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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean apparaît comme une région qui s’est spécialise rapidement. D’abord, il ne s’y produit, en somme, que du bois de sciage. Il en est de même d’ailleurs pour la Côte-Nord qui traditionnellement était rattachée au Domaine du Roi. C’est au Saguenay que se constitue l’un des plus importants monopoles, celui de la famille Price.

Ce monopole reste incontestée pendant les trois premières décennies de la colonisation saguenéenne, puis les pinières sont dévastées et l’on se tourne vers des espèces moins recherchées. À partir des années 1870, Price n’est plus seul, mais lui continue de garder la haute main sur la production. De nouveaux acteurs, parmi lesquels se retrouvent de nombreux spéculateurs, s’apprêtent à intervenir surtout au Lac-Saint-Jean.

Ainsi, un octobre 1872, lors d’une vente privée, un dénommé Frank Ross acquiert 400 milles carrés de forêt situées principalement autour du lac Saint-Jean. Simultanément, un autre spéculateur T.H. Dunn, achète les droits sur le 233 milles carrés des concessions autour des rivières Péribonka et Shipshaw. Pour sa part, un certaine William Home devient locataire de 400 milles carrés dans le même secteur de Péribonca auquel il adjoint une partie de la rivière Mistassini à l’extrémité nord-ouest du lac. Enfant, un autre intervenant, M. T. White, s’installe dans les secteurs des rivières Valin et Falardeau.

Exploitation forestière

À la fin du XIXe siècle, Price ne contrôle que 25% de la forêt locale, mais sa position est peut-être plus forte qu’il n’y paraît. Tout en gardant un certain ascendant sur le sud-ouest du Lac-Saint-Jean, en particulier autour de la rivière Métabetchouane et des cantons Dequen et Mésy, il parvient à concentrer davantage ses zones d’exploitation dans le Bas-Saguenay et sur le versant nord du Haut-Saguenay. Price cherche à contrôler des concessions autour des rivières qui ont un accès direct à la rivière Saguenay. Il consolide ainsi son emprise sur les concessions proches des rivières Sainte-Marguerite, Valin et Shipshaw, en achetant les concessions de Dunn, Ross, Home et White.

De son côté, Frank Ross raffermit plutôt sa position le long de la rivière Péribonka. Quant à Benjamin-Alexandre Scott, un nouvel intervenant qui s’installait à Roberval lors de l’arrivée du chemin de fer à la fin des années 1880, il élargit lui aussi son parterre de coupe en achetant, à un encan tenu le 8 octobre 1898, de nouvelles concessions sises au nord du lac Saint-Jean, à proximité de la rivière Mistassini. En collaborant avec Horace-Jansen Beemer, celui-ci même qui bâtit le chemin de fer de Roberval, Scott exploite un important moulin à scie. Celui-ci emploiera jusqu’à 300 hommes à Roberval à la fin du siècle dernier.

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Enfin, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi voit le jour en 1896. Elle naît sous l’instigation de Joseph-Dominique Guay. Un homme issu d’une famille de marchands, il organise son territoire de coupe sur le versant sud du Haut-Saguenay. C’est non loin des zones de peuplement.

En 1898, cette compagnie achète à l’encan des concessions autour de la rivière de Moulin, de la rivière à Mars ainsi que du lac Kénogami. Grâce à certaines acquisitions obtenues de Price, cette nouvelle industrie peut élargir son action sur la rivière Cyriac, près de Jonquière.

L’histoire de la forêt québécoise en est une des rapports entre l’État et la grande entreprise pour mettre en valeur de les sources jusque-là inexploitées. Il faut reconnaître que l’exploitation de la forêt laurentienne demeure une entreprise difficile. C’est là où les hommes sont constamment confrontés à l’éloignement et à une nature rigoureuse. Très rapidement, les exploitants doivent rationaliser leurs opérations. Pour atteindre leurs objectifs, ils doivent redécouvrir l’importance des contrôler des bassins hydrographiques pour le flottage du bois vers les moulins à scie. L’accès direct aux grandes voies de navigation qui sont le Saguenay et le Saint-Laurent, et même le lac Saint Jean. Ce dernier devient une sorte de mer intérieure, paraît essentiel pour comprendre la stratégie de chacun des intervenants.

Pour en apprendre plus :

exploitation forestière Le vent. La pluie. Les marées. Toutes les tristesses retournent à la mer. (Robert Silverberg). Photo de GrandQuebec.com.
Le vent. La pluie. Les marées. Toutes les tristesses retournent à la mer. (Robert Silverberg). Photo de GrandQuebec.com.

(Tire de Histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean par Camil Girard et Normand Perron, 1989. Institut québécois de recherche sur la culture).

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