Courrier d’Odette – 18 janvier 1949
Courrier d’Odette – 18 janvier 1949, questions des lecteurs et réponse de Madame Odette, une journaliste célèbre et très connue de l’époque.
Quelle doit être l’attitude d’une jeune fille que le second mari de sa mère trouve un peu trop jolie fille ? Fuir eu tout dire à l’intéressée ?
Question : —
Je suis dans un trouble extrême. Ma mère s’est remariée alors que je n’avais que 10 ans. Elle semblait heureuse jusqu’à ces dernières années. Mais voici que son mari, que j’appelle par son prénom parce que je no peux pas l’appeler papa, ne perd jamais une occasion de me dire que je suis belle fille. Il lui est déjà arrivé de m’embrasser sous prétexte que je venais de lui faire une commission. Je ne vous cache pas que lorsque je suis seule à la maison avec lui, je me sens en danger. Que faire ? Quitter cette maison et faire de la peine à ma mère ou tout lui dire. La mettre en garde contre les agissements de son mari et lui briser le coeur ? Voulez-vous me conseiller. Je n’ai que 16 ans. (Signé :Petite Étoile).
Réponse : —
En effet, ma chère petite, vous voilà en face d’un problème bien épineux pour une fillette de votre âge. Car de toutes façons, vous faites de la peine à votre mère. Il s’agit de trouver un moyen de limiter les dégâts. Car à n’en pas douter, vous pouvez être en danger seule avec cet homme, assez dépourvu d’honneur pour poser sur la fille de sa femme des regards sacrilèges.
Puisque vous êtes certaine de ne rien avoir fait pour que cet homme vous pourchasse, puisque vous sentez obscurément qu’il pose sur vous des yeux pleins de mauvaises pensées, il n’y a pas à hésiter. Le mal est trop vite commis. S’il venait à vous arriver malheur, qui sait si ce n’est pas vous qu’on blâmerait. En tous les cas, dans le coeur de votre mère, qui aime cet homme, il y aurait toujours place pour un soupçon.
Vous travaillez et bien que votre salaire ne soit pas tellement fort, vous pouvez vous tirer d’affaires. N’avez-vous personne, une tante, une cousine, votre marraine, qui pourrait vous prendre chez elle et veiller sur vous ? Si ce n’est pas possible, il y a des maisons de pension très bien tenues, où vous pourrez loger et être tranquille. Et je crois qu’il vaut encore mieux que votre mère croie que vous voulez être indépendante que savoir que vous voulez tout simplement vous mettre à l’abri des attaques toujours possibles de son mari.
Courrier d’Odette – 18 janvier 1949
Il ne faut pas vous laisser embrasser, surtout de la façon gloutonne qu’il le fait. Comment n’a-t-ll pas honte, d’oser poser ses lèvres sur celles d’une toute jeune fille do l6 ans, la fille de sa femme, cette enfant que tacitement, il promettait de protéger comme un véritable père ? Je sais bien qu’ici le baiser sur la bouche n’u pas la même signification qu’ailleurs, et qu’on ne connaît guère le fraternel baiser sur les deux joues. Mais il y a tout de même un moyen de le donner, qui peut laisser une jeune fille sous une moins pénible impression. Ne le laissez pas approcher. En fait, si vous lui faites encore des commissions, n’ayez pas peur de lui dire de garder ses « beaux becs » pour lui.
Et pourquoi ne conteriez-vous pas la véritable histoire de votre départ à quelqu’un qui peut avoir de l’influence, non seulement sur votre mère, mais sur non mari ? Votre curé par exemple, qui pourra se charger de faire entendre raison à cet homme et lui dire combien sa conduite est indigne. Il ne faut pas miner le bonheur de votre mère puisqu’elle ignore, ne se doute même de rien et vit en paix. Mais vous ne pouvez pas non plus demeurer ainsi.
Si vous trouvez, dans quelques années d’ici un bon parti, mariez-vous. Voua aurez ainsi un protecteur sur lequel vous pourrez compter et le trop entreprenant beau-père trouvera en lui quelqu’un à qui parler, s’il veut vous manquer de respect. C’eut bien dommage que vous deviez, si jeune, envisager la possibilité de vivre seule mai» tout vaut mieux que prendre un aussi terrible risque.
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C’est vous qui connaissez, votre mère et qui savez ai vous pouvez, fraîchement lui avouer la vérité. Une femme qui aime, hélas, n toujours tendance à croire l’homme que la jeune fille qui peut être sa rivale. C’est bien triste, parelle conduite. Espérez en la Providence, ma petite fille. Et si quelqu’un de la famille peut vous prendre en pension, ce sera à n’en pad douter pour votre plus grand bonheur. Bonne chance.
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Question : —
Est-il vrai qu’il y a des poissons exotiques qui ont leurs petit vivants ? Moi je dis que ce n’est pas possible et que les poissons pondent des oeufs. Qui a raison ? Signé (Prudente).
Réponse : —
Votre adversaire, chère Prudente. Il est parfaitement vrai qu’il y a des poissons vivipares, c’est-à-dire qui ont leurs petits vivants D’autres espèces pondent des oeufs. Vous avez donc raison tous les doux.
À Claudette éprouvée — Votre sort est bien triste en effet. Ces celui de toutes les femmes d’ivrognes. Puisque vous avez essayé la rigueur, puis la douceur, et que votre mari persiste dans son vice, je no vois pas très bien ce que vous pouvez faire. Pensez à vos enfants et élevez-les dans l’horreur de la boisson, cette ruineuse de foyers.
Question : –
La grande fleur rouge qu’on voit à Noël sur les cartes postales, existe-t-elle dans la nature et comment s’appelle-t-elle ?
Réponse : –
Oui. C’est une plante des pays chauds. On l’appelle le poinsettia.
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(Courrier d’Odette. Journal de Montréal, 18 janvier 1949).