Femmes du Quebec

Courrier de Carole (Le Soleil, 1958)

Courrier de Carole (Le Soleil, 1958)

Questions des femmes et réponses données par Carole dans sa chronique du quotidien Le Soleil, en 1958

Réponse à AURORE AUX YEUX BLEUS: — C’était au jeune homme de vous demander votre adresse et même votre numéro de téléphone, s’il tenait à vous revoir ; il n’y avait rien de plus facile. Puisqu’il ne l’a pas fait, cela signifie qu’il a considéré votre rencontre comme un moment agréable, sans plus. Le malheur, chez les jeunes filles, c’est qu’aussitôt qu’un garçon leur parle ou cherche leur compagnie pour se distraire en passant, elles se voient déjà marchant à l’autel à son bras. Ne craignez rien, si ce garçon veut vous retrouver, il le pourra certainement. Il n’est pas de bon goût peur une jeune fille de relancer chez lui un garçon qu’elle n’a rencontré qu’une fois et qu’il n’a pas exprimé le désir très clair de te revoir.

Réponse à « CELLE DANS L’EMBARRAS »: — Si vous n’avez aucun talent pour transformer ces vieux meubles, débarrassez-vous tu donc au profit de quelque refuge ou colonie de vacances ou du Service de l’Aide aux Colons. Ça ne sert à rien, et votre mari a raison là-dessus, d’encombrer le garage avec ces meubles qui vont se détériorer rapidement à l’humidité. Il vaut mieux les donner tout de suite que l’an prochain alors qu’ils auront été endommagés.

Réponse à MAMAN BERTHE: — Merci pour votre appréciation. Vous êtes chanceuse, en effet d’avoir de bons enfants, mais il faut dire que vous les avez peut-être mieux élevés que ceux dont il est question dans votre lettre.

Question: — Je vois tellement de lettres de critiques venant des belles-filles, que moi, belle-mère, je commence à m’inquiéter sérieusement. Même si vous n’êtes pas belle-mère, nous feriez-vous la grâce de donner quelques commandements qui nous éviteraient peut-être de sombrer sur des écueils cachés? (Signée: BELLE-MÈRE).

Réponse à BELLE-MÈRE: — Si vous voulez que votre bru vous considère comme une amie, voici un peu ce qu’il faut faire : ne lui offrez aucun conseil qu’elle n’a pas demandé et n’en offrez pas non plus à votre fils; fermez un peu les yeux sur ses défauts et mettez l’accent sur ses qualités, car c’est certain quelle doit en avoir; ne la questionnez pas trop pour pénétrer dans son intimité et contentez-vous de ce qu’elle veut bien vous raconter; moins vous êtes indiscrète, plus vous attirez la confiance; acceptez comme parfaitement naturel le fait que votre fils considère sa femme comme la personne la plus importante dans sa vie; si cela vous rend jalouse, il est probable que ça n’ira très bien entre vous; n’espérez pas qu’elle administrera sa maison comme vous gérez la vôtre; même si elle ne possède pas voue expérience et si elle peut commettre des erreurs, elle a le droit de « faire marcher » son foyer comme elle l’entend ; ne passez pas votre temps à lui dire que votre fils est une perle, qu’il a telle ou telle qualité; c’est à elle de le découvrir et de vous le dire; si elle vous blesse involontairement, ne montez pas cette petite gaffe en épingle et donnez-lui le bénéfice du doute gardez cette petite blessure pour vous; que vos visites ne soient ni trop longues ni trop fréquentes : donnez au jeune couple la chance de vivre seuls et soyez aussi loyale envers votre belle-fille qu’envers votre fils; enfin, rappelez-vous que votre belle-fille doit voue admirer et vous respecter, avant de songer à faire de vous une amie.

Dorothée: — Vous êtes sûre de plaire à presque toutes les femmes qui sont les amies de votre mère, si vous mettez en pratique les petits conseils suivants: demandez à l’une la recette d’un met qu’elle vous aura servi et que vous aurez appréciée; dites à l’autre combien sa fille est jolie et comme elle lui ressemble; émerveillez-vous de voir que telle dame qui parait si jeune vient d être grand’mère; demandez à celle-ci un conseil sur quelque petit problème; glissez un compliment à l’antre en présence de son mari; devinez l’âge de celle qui vous demande quel âge vous lui donnez… en ayant bien soin de mettre 10 ans de moins; écoutez attentivement ce qu’elle vous raconte à propos de ses enfants et rappelez-vous leurs noms; admirez la façon dont elle a arrangé la maison; félicitez-la si elle obtient des succès en peinture, en jardinage, en couture; dites-lui qu’elle doit s’être mariée bien jeune pour avoir de si grands enfants à .son âge; faites-la parler de sa santé, de ses vacantes, de ses enfants ou petits-enfants: demandez-lui comment elle fait pour mener de front tant de travail à la fois; demandez-lui le nom de sa coiffeuse, de sa couturière, de la décoratrice qui a agencé sa maison; si c’est elle qui a tout fait, elle en sera flattée; confiez-lui un petit secret, pour montrer que vous lui faites confiance; si elle occupe quelque poste dans un club, parlez-lui de ses fonctions et dites-lui que personne ne pourrait mieux remplir cette tache. Comme vous le voyez, la flatterie, gentille et, désintéressée, tient, un grand rôle dans l’art de se rendre aimable, de même que te considération pour autrui.

Réponse: Je répondrai à celle qui signe Miguet Sous Bois qu’elle a vraiment, comme vous le dites st bien vous-même, une personnalité mûrie. Je peux vous dire que le plus bel âge pour un Jeune homme est de se marier entre 21 et 25 ans, et pour la jeune fille, entre 19 et 21 ans. Ils pourront jouir de leur jeunesse et aussi ils pourront mieux équilibrer leur vie. Pendant 2 ou 3 ans. ils pourront aller au cinéma, à la danse et jouir un peu de l’existence. Puis on se lasse de ces divertissements et on se consacre à son foyer avec plus d’ardeur. Je me suis marié à 22 ans; ma femme en avait 20. Nous avons été des plus heureux pendant nos trois années de ménage, car nous avons eu un charmant petit garçon. Maintenant, je suis veuf depuis 1 an et demi. J’ai 26 ans et malgré le parfait bonheur de mon premier mariage, j’hésite un peu à refaire ma vie avec une autre compagne, parce que je n’ai plus 20 ans. Aurai-je le même bonheur ? En résumé, le meilleur moment pour se marier c’est   quand on aura les moyens nécessaires; 2o quand on s’aime tous les deux, car il en faut, de l’amour, 3o quand on ne regarde pas trop les défauts de son compagnon ou de sa compagne et qu’on se regarde soi-même; 4o quand on s’applique à faire plutôt plaisir aux autres qu’à soi-même.

Le reste viendra par surcroît, à mesure que les jours passeront, à condition qu’ils prennent les moyens d’y arriver.

Deux femmes en duel. Gravure des temps d’antan, image libre de droits

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