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Regardons la nature vivre: Le raton-laveur

Regardons la nature vivre: Le raton-laveur

Le raton-laveur: mœurs, habitudes évolution, origine du surnom, ennemis et beaucoup plus

Parmi les mammifères de notre faune canadienne, le raton-laveur est un de ceux qui n’attirent pas souvent l’attention mais qui. tout de même, méritent ^beaucoup de considération.

Pour nous faire connaître ce petit animal, au nom vulgaire de chat-sauvage, nous ferons abstraction des descriptions zoologiques et anatomiques très différenciées et nous nous bornerons à le regarder vivre dans son cadre habituel qui est la nature.

Mœurs et habitudes

Le raton-laveur est une créature de la forêt feuillue où abondent lacs, marais, rivières ou ruisseaux.

Des troncs d’arbres, rarement des cavernes, il fait ordinairement sa demeure et y loge toute sa famille. Il fréquente surtout la partie sud du Québec et l’Ontario jusqu’aux Grands-Lacs, On ne le rencontre guère autour des villes puisqu’il est naturellement sauvage, .ayant la civilisation lorsqu’il le peut, mais s’y adaptant lorsque traité avec affection.

Il n’est pas rare de trouver une bonne demi-douzaine de ratons-laveurs dans un tronc d’arbre parce qu’ils n’aiment pas vivre seuls. À ce sujet, il semble être monogame. De cette union permanente, naissent de deux à six ratonneaux en avril ou mai après une gestation d’environ deux mois.

Dans la nature, le mâle apporte un soin jaloux à sa progéniture qu’il défend contre tout agresseur.

Il sait être malin à l’occasion lorsqu’il s’agit de lui-même ou d’un membre de sa famille. Cependant, lorsqu’on le garde en captivité, il peut dévorer ses petits.

Évolution

À leur naissance, les ratonneaux demeurent aveugles durant une vingtaine de jours et ne sont sevrés qu’à deux mois. Lorsqu’ils atteignent l’âge d’une année, ils sont adultes et quittent le foyer; ils se reproduisent à leur tour alors que leur mère est déjà prête pour une nouvelle parturition.

Adulte, le raton-laveur peut mesurer de 30 à 40 pouces de longueur et peser une trentaine de livres.

Le meilleur médecin du raton-laveur est le soleil. En effet, quand la température est chaude et le soleil brillant, le raton, avec toute sa famille, quitte le domicile pour se réfugier sur les plus hautes branches des arbres afin de saturer son corps des rayons solaires.

Quelquefois, on le surprend aussi en train de se reposer dans les nids de corneilles ou d’hiboux. C’est en quelque sorte un sport pour lui que de loger dans les nids de ces oiseaux.

Selon certains naturalistes, le raton-laveur semble être un petit animal très affectueux. En effet, dès le jeune âge, s’il est bien traité, le raton devient un ami fidèle de l’homme. Il est doux pour les enfants avec lesquels il s’amuse fort bien. Dans les annales anecdotiques du Jardin Zoologique de Québec on rapporte qu’un jour on a voulu se rendre compte si les animaux en captivité enviaient la liberté des autres. On ouvrit donc la cage dans laquelle il y avait cinq ratons-laveurs.

Durant les premiers jours ils n’avait- aucune idée de fuite, mais peu à peu chacun à son tour sortait de la cage puis revenait. Finalement, après un mois de pleine liberté, deux seulement manquaient à l’appel, Cette expérience avait pour but de se rendre compte si la mise en captivité des animaux les rendait malheureux.

Les ratons-laveurs nous en ont fourni la preuve.

Pourquoi le surnom ?

Plusieurs personnes se demandent souvent pourquoi cette appellation de raton-laveur? Les uns. de par leur imagination, répondent en disant que c’est parce que c’est un animal très soigné qui se lave souvent. D’autres, et ceux-là ont raison, rapportent que cette appellation convient bien à cet animal parce que quelle que soit la propreté de sa nourriture, il a toujours soin de la nettoyer avant de la manger. Cette dernière explication est la plus logique, parce que basée sur l’expérience et l’observation.

Il serait bon, je crois, de regarder de plus près quelques-unes de ses manières de vivre. Il faut dire avant tout que le raton-laveur est un hibernant comme l’ours et la moufette. Il entre dans une sorte de sommeil quand la température dérange son confort et revient à la vie active aussi vite que le thermomètre s’élève au-dessus de zéro. S’il est hibernant comme l’ours, il n’affecte pas la mort apparente de la marmotte et de l’écureuil. D’autre part, son hibernation dépend uniquement de la température, oar dans les régions où l’hiver est très peu rigoureux, le raton-laveur n’hiberne pas.

De plus, il ne fait aucune réserve alimentaire, si ce n’est les dépôts de graisse qu’il a dû emmagasiner durant la saison chaude Quant à ses habitudes journalières, elles sont réduites parce qu’il est un animal strictement nocturne. À la tombée du jour, il part en excursion et toute la nuit il mange, marche et s’amuse. Le jour, il préfère le soleil.

Serait-ce le seul animal qui se paie un bon temps durant la saison chaude ? Observez-le, soit en pleine nature, soit dans un zoo, et vous constaterez qu’il y a beaucoup à apprendre de ce petit mammifère.

Élevage des petits

Après la naissance des jeunes, en avril ou très tôt en mai, la maman raton allaite ses petits alors que le papa s’enquiert de nourriture pour la maisonnée. En juillet, les petits ont atteint le tiers de leur grosseur normale et peuvent ainsi suivre leur mère durant les expéditions nocturnes qui les mènent dans les savanes, les ruisseaux ou les rivières. Là, Us apprennent les rudiments de la chasse aux grenouilles, aux petits poissons et à bien d’autres poursuites qui font le but ultime de leur vie.

Il et cute… Photo de Victoria Khristova.

En août, la mère les laissera faire du topage, ce qui est pour les Jeunes ce qu’est le miel pour l’ours. Puis durant l’automne et l’hiver, la vie de famille continue, car comme je l’ai dit précédemment, le raton-laveur n’est pas un animal qui aime le solitude.

Une fois vieux, le raton-laveur devient maussade et même dangereux s’il est gardé en captivité. Les jeunes eux ne sont pas indisposés par la présence de l’homme à qui il aiment beaucoup faire des blagues. Étant un animal très curieux, il manifeste invariablement un désir insatiable de fouiller et de dévaliser le garde-manger. Il ira même jusqu’à ouvrir des pots de miel avec une facilité déconcertante. Il apprend vite à ouvrir une porte car il se sert de ses pattes de devant comme de véritables mains.

Sous ce rapport, il est aussi habile qu’un singe. Il est très facile d’élever chez soi un raton-laveur puisqu’il est un omnivore vrai II ne refuse ni la viande, ni les légumes et encore moins le miel. Mais attention, il faut les moyens pour laver sa nourriture, si propre soit-elle.

Ennemis et utilités

Pourrait-on imaginer que le raton-laveur puisse avoir des ennemis ? Si Ton en croit John Burroughs, le raton-laveur est probablement la créature la plus courageuse des animaux sauvages que nous connaissons. Mais il demeure de cela que c’est Thomme qui est le pire ennemi du raton-laveur alors qu’en certains cas, il est son meilleur ami.

Si le raton n’est pas fort reconnaissant des caresses qu’il reçoit, il est singulièrement sensible aux mauvais traitements. Un jour, on m’a raconté qu’un domestique avait frappé un raton-laveur de quelques coups de fouet et que cet homme avait vainement essayé par la suite de se réconcilier avec la bête, il n’a jamais pu y arriver.

On nomme quelquefois le raton-laveur chat-sauvage. Il y a une raison à cela ; c’est qu’autrefois les vieux l’identifiaient au chat sauvage par son habitude et son habileté à grimper dans les arbres et par l’aspect de sa queue. Cette appellation demeure encore aujourd’hui mais ce n’est que par pure tradition voire même par respect pour nos prédécesseurs.

Pour Thomme, la nature a vu dans ce petit animal un bon moyen de le vêtir. En effet, la fourrure du raton-laveur a servi énormément à confectionner ce que Ton appelle des capots da chat.

Ses caractéristiques

Avant de terminer il y a quelques caractéristiques que je ne voudrais pas ignorer sans m’y attarder, ce sont celles de ses manières de marcher et de manger.

Ses jambes de devant sont beaucoup plus courtes que celles de derrière, de sorte que l’animal étant sur les quatre pieds a le train de derrière plus levé que celui dé devant, et dans cette attitude, le dos est voûté. Lorsqu’il marche, il ne pose sur la terre que la pointe des pieds, comme les chiens; mais lorsqu’il est au repos il s’appuie aussi sur le talon; ce nouveau point d’appui lui donne de la facilité pour s’élever sur la pointe des pieds de derrière et pour soutenir son corps dans une direction oblique, et même verticale.

Cette attitude est aussi ordinaire à cet animal qu’aux lièvres, aux rats, aux écureuils, etc.; car toutes les fois qu’il mange, il prend ses aliments avec les deux pieds de devant pour les porter à sa bouche. H ne peut pas les saisir ni les empoigner avec un seul pied, parce que les doigts ne plient que très peu. Il soutient entre ses deux pieds ‘ le morceau qu’il veut manger et il le frotte en tenant les doigts tendus; lorsqu’il trouve de l’eau il ne manque jamais d’y plonger ses pieds sans quitter son morceau, de le frotter comme s’il voulait le laver et c’est de là qu’on l’a appelé raton-laveur.

S’il est minutieux dans la préparation de sa nourriture, il demeure tout de- même qu’il est un excellent ratier et qu’il ne prend pas autant de précautions lorsqu’il s’agit d’une victime de bassecour.

En effet, des rats, mulots, et souris qu’il nous débarrasse, il affectionne faire des visites dans les poulaillers et y choisir des poules bien grasses. Quelquefois, il se contentera d’une demi-douzaine d’oeufs frais ou il s’en prendra au coq qui lui offre une belle lutte avant de mourir.

À ce sujet, cm a dit du raton-laveur qu’il était fier au combat, mais chose surprenante, il reste soumis et s’enfonce la tête dans ses pattes devant un adversaire plus robuste. C’est bien là le philosophe des forêts, ingénieux et fort rusé qui sait comment s’y prendre pour conserver la vie qui lui est si généreuse.

(Texte de J. André Brassard, Carnets, 1958).

Il dort. Photo de Victoria Khristova.

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