Bestiaire du Québec

Nos poissons : la Grosse Poule de mer

Nos poissons : la Grosse Poule de mer

La grosse poule de mer (Famille des cycloptéridés)

Nom vulgaire : Lompe, largeur maximale : 23 pouces; poids maximal : 21 livres. Poisson marin

La grosse poule de mer appartient à un groupe de poissons remarquables surtout par le fait que leurs nageoires ventrales, réunies sous la gorge et modifiées, forment une ventouse à l’aide de laquelle ils adhèrent aux objets solides. Comme caractéristiques spéciales, la grosse poule de mer a une peu ouverte de granulation coniques et porte sept rangées de tubercules en saillie, dont trois de chaque côté du corps et une sur le dois qui est relevée en crête. Ces excroissances charnues, qui rappellent les écussons de l’esturgeon, donnent à l’animal l’apparence d’être bosselé de partout.

Ce poisson massif et paresseux, mais capable d’une course rapide, est largement distribué des deux côtés de l’Atlantique, en eau froide. Chez nous, au Québec, il se tient surtout à faible profondeur, le long des côtes rocheuses. Arrêté par sa ventouse tantôt sur une pierre, tantôt sur un casier à homard, il attend que passent à sa portée les petits invertébrés, base de son régime alimentaire. Mais on ne peut pas dire de lui qu’il attend la fortune dans son lit. Très souvent on l’a rencontré en surface, chassant les méduses à l’abri d’un paquet d’herbes flottantes qui lui servait à la fois de radeau et d’embuscade. On l’a même trouvé sous une boîte et, une fois, accolé par sa ventouse à un maquereau.

Cette horreur de l’exercice (qui a permis dans certains cas à des algues de pousser sur son corps), ajoutée au fait que l’estomac des lompes est souvent rempli d’eau, a fait croire à certains auteurs européens que ces poissons étaient dyspeptiques et avalaient quantité d’infusions dans le but d’aider leur digestion… Si tel est le cas de l’autre côté de l’océan (il est permis d’en douter) les lompes de chez nous jouissent une santé plus robuste, car on en a vu se gaver d’amphibies et même de jeunes harengs sans donner aucun signe de malaise.

Les déplacements de la grosse poule de mer s’exécutent dans un faible rayon, du large à la côte ou en sens contrainte. Au printemps, les deux sexes se rapprochent du bord et la femelle dépose, dans 6 à 12 pieds d’eau, des œufs roses, lourds, gluants, dont le nombre peut dépasser 100,000 chez un individu de 18 pouces de long et qui forment une masse spongieuse à travers laquelle circule l’eau. L’incubation dure de 6 à 8 semaines surveillée par le mâle qui évent les œufs et les défend jusqu’au sacrifice de sa vie. On a vu de ces pères dévoués suivre le nid sur la grève découverte et là, nouveau Prométhée, se laisser manger la foie par les corneilles plutôt que de l’abandonner.

Selon la coutume établie chez les poissons à ponte gardée, tout le temps que dure la garde, le mâle ne prend aucune nourriture; aussi la fin de la longue vigile le trouve-t-il maigre et faible.

Quelques naturalistes prétendent que les alevins de lompe sont si paresseux qu’ils s’accolent à leur père et se font emporter jusqu’à leur nouvel habitat. D’autres assurent qu’ils sont très actifs. Nous avons le choix.

La grosse poule de mer est l’un des rares poissons à émettre des sons. Elle grogne lorsqu’elle est sortie de l’eau, ou lorsque des oiseaux de mer s’approchent de ses œufs.

Plus au nord et à plus grande profondeur, vit la petite poule de mer atlantique, Eumicrotremus spinosus, dont la taille ne dépasse guère un pied et qui conserve au milieu de ses excroissances charnues, des traces des épines primitives ainsi qu’une première nageoire dorsale.

Tous deux se pêchent à la ligne à main, mais on ne les mage pas de côte-ci de l’Atlantique. Les Islandais récoltent les œufs de la poule de mer et en font une sorte de caviar.

À la même famille appartiennent la petite poule de mer arctique, Eumicrotremus derjugini Popv, Leatherfin lupsuckeer; la limace à langues nageoires, Careproctus longipinis Burke, Longfin snailfish; la Limace têtade, Carprociusranulus Burke, Tadpole seasnail; la Limace de Reinhardt, Careproctus reinhardi (Kroyer), Reinhard’s seasmail; la Limace marbrée, Liparis cycloitigma Gilbert, Plkadot snailfosh; la Limace gélatineuse, Liparis kofoedi Parr, Gelatinous seasnail; la Limace de Groenland, Liparis tunicatus Reinhardt, Greenland seasnail; la Limace à museu nor, Paraliparis copei Goode et Bean, Blacksnout seasnail et l’espèce suivante : probablement la plus typique du genre Liparis : la Limace barrée.

La limace barrée

Limaris liparis. Longueur maximale : 10 pouces. Poisson marin.

Ce petit poisson, qui atteint son plus grand développement dans les eaux arctiques, porte gauchement un nom de papillon sur un corps à forme de têtard de Grenouille. Il a sous la gorge un disque ventouse et sa nageoire dorsale est tout à fait différente de celle de lompe et même de celle de l’espèce voisine; la limace atlantique. Son corps est rayé dans le sens de la longueur.

Il paraît indifférent à la profondeur et se remonte fréquemment dans au 800 pieds d’eau. Il se tient d’habitude parmi les herbes submergées auxquelles il s’accule par sa ventouse. Trop petit pour mordre à l’hameçon on le trouve sous les pierres, dans les petites mares laissées par le reflux, sa tête à queue avec lui-même. Il lui arrive aussi, durant son jeune âge, de s’insinuer, à l’instar des petits liparis, entre les coquilles d’un gros mollusque.

Sa couleur, comme celle de la plupart des poissons côtiers, varie beaucoup. Il est assez commun dans le Bas Saint-Laurent.

La limace barrée se nourrit de petits Crustacés et de petits poissons. Elle est elle-même la proie de poissons plus gros.

Sa pointe a lieu au printemps. Ses œufs, lourds et adhérents, sont si robustes qu’ils peuvent rester exposés à l’air pendant plusieurs heures d’affilée.

La limace atlantique (Liparis atlanticus, Jordan et Everman), reconnaissable à la haute partie postérieure de sa dorsale et à l’absence de raies sur le corps, partage la vie et les habitudes de son congénère.

(Source : Les poissons de nos eaux. Par Claude Mélançon, éditions Guérin, 2006).

Pour en apprendre plus :

Nos poissons. Photo de Megan Jorgensen.

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