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Petit Blongios

Petit Blongios

Le petit blongios : un petit héron des plus discret

Le petit blongios (Ixobrychus exilis), autrefois appelé le petit butor, est un fier membre de la famille des hérons qui préfère nicher près des bassins d’eaux libres dans des marais relativement grands qui sont dominés par les massettes et d’autres plantes émergentes vigoureuses. Les données sur la taille de la population et la répartition exacte de cette espèce discrète sont assez limitées. Néanmoins, les meilleures indications disponibles indiquent que la population est petite (environ 3000 individus) et en déclin, en grande partie en raison de la perte et de la dégradation des habitats de marais de haute qualité dans son aire de répartition.

Le petit Blongios compte cinq sous-espèces. Puisque seule la sous-espèce exilis se reproduit au Canada, elle y est considérée comme une espèce en soi.

Cet oiseau est le plus petit représentant de la famille des hérons en Amérique du Nord. D’une longueur de 30 cm, il n’est pas plus gros qu’un Merle d’Amérique. Comme le Butor d’Amérique, plus familier, le Petit Blongios se tient voûté au repos et s’immobilise, le bec pointé vers le haut, lorsqu’il est en état d’alerte.

Son plumage est brun et chamois, et le dessous de son corps est blanc, rayé de larges bandes chamois; son dos et le dessus de sa tête sont d’un noir luisant chez le mâle adulte et plus pâles chez la femelle et les jeunes oiseaux. Le dessous de ses ailes de couleur chamois, particulièrement visible lorsque l’oiseau s’envole, le distingue de tous les autres oiseaux de marais. Ce petit héron est rarement visible dans son habitat de marais à végétation dense; on remarque le plus souvent sa présence par son chant et ses cris.

Le petit blongios a été aperçu dans toutes les provinces canadiennes, mais la plupart des individus se trouvent en Ontario. L’espèce se reproduit principalement dans le sud de cette province, ainsi que dans le sud du Manitoba, du Québec, du Nouveau-Brunswick et probablement en Nouvelle-Écosse. La population canadienne de Petits Blongios est estimée à quelque 1 500 couples environ.

Le petit blongios se reproduit exclusivement dans des marais dominés par des plantes émergentes entourées de zones d’eau libre. La majorité des lieux de reproduction sont dominés par des quenouilles, mais l’espèce se reproduit aussi là où se trouvent d’autres plantes émergentes robustes et dans des marécages arbustifs. La présence d’îlots de végétation dense est essentielle pour la nidification car le nid du Petit Blongios repose sur une plate-forme de tiges rigides. Le nid se trouve presque toujours à moins de 10 m d’une zone d’eau libre.

L’espèce a besoin d’eau libre pour se nourrir, car elle chasse ses proies à l’affût en eau peu profonde près du bord des marais, souvent à partir de plates-formes qu’elle aménage avec des plantes inclinées. Cet oiseau doit avoir accès à de l’eau claire pour repérer ses proies. Ce petit héron préfère les grands marais où le niveau d’eau est relativement stable tout au long de la période de nidification. Les adultes peuvent soulever les nids quelque peu si le niveau augmente, mais les hausses persistantes ou soudaines noieront les nids. À l’inverse, les baisses de niveau peuvent réduire l’activité de recherche de nourriture de l’espèce et augmenter son exposition aux prédateurs. Les besoins en matière d’habitat d’hivernage sont moins spécifiques; diverses terres humides semblent y répondre, non seulement les marais dominés par les plantes émergentes, comme ceux utilisés pour la reproduction, mais aussi des marécages.

Avec ses mœurs discrètes et son habitat soit relativement impénétrable, le petit blongios est une des espèces de l’Amérique du Nord les moins bien connues. Cet oiseau migrateur regagne les lieux de reproduction au Canada entre la fin d’avril et la fin de mai; dès la mi-mai, son chant se fait entendre et il commence sa nidification.

La femelle pond son premier œuf entre la mi-mai et juin, et l’incubation dure de 17 à 20 jours. Les jeunes sont nourris au nid les deux premières semaines qui suivent l’éclosion. Les couvées comptent en moyenne de 4 à 5 œufs. Les facteurs d’échec de la reproduction sont la prédation, l’inondation et l’abandon du nid ou son effondrement sous l’effet des vagues ou du vent. Certains individus peuvent produire deux nichées en une même saison. Les prédateurs des petits blongios adultes incluent les tortues serpentines et les rapaces, alors que les œufs et les oisillons sont surtout la proie des serpents, des tortues, des Grands Corbeaux, des rapaces, des ratons laveurs, des visons d’Amérique et d’autres hérons. Il arrive aussi que des Troglodytes des marais picorent des œufs et des petits. L’alimentation n’a pas fait l’objet d’études détaillées mais l’espèce se nourrirait surtout de petits vertébrés, dont des poissons, des serpents, des grenouilles, des salamandres et, à l’occasion, des petits mammifères et des œufs ou des oisillons de passereaux. Son régime alimentaire inclurait aussi de gros insectes, comme les libellules, des sangsues, des limaces, des écrevisses et de la végétation.

Le petit blongios migre vers le sud de la fin d’août à la fin de septembre. Bien qu’on ne possède pas de précisions sur ses habitudes migratoires, il est probable qu’il parcourt des distances considérables à chaque vol, compte tenu du fait que le blongios nain, son congénère de l’Europe, peut franchir la Méditerranée et le Sahara sans faire escale.

Comme tous les échassiers, le Petit Blongios est particulièrement vulnérable à l’intoxication par les hydrocarbures et aux maladies, dont le botulisme de type C, le choléra aviaire, l’aspergillose, la sarcocystose et la salmonellose aviaire. Deux maladies sont particulièrement préoccupantes depuis peu : l’influenza aviaire H5N1, qui frappe quatre autres espèces de hérons, et le virus du Nil occidental, qu’on a diagnostiqué chez des eux.

La perte et la dégradation de l’habitat constituent de loin la plus importante menace qui pèse sur l’espèce. Historiquement, la destruction massive de marais au profit de l’agriculture constituait la principale cause des pertes d’habitat. Dans le sud-ouest de l’Ontario, plus de 90% des marais ont ainsi disparu. Bien que les terres humides aient encore connu de fortes réductions entre les années 1950 et 1990, la baisse commence probablement à ralentir, sous l’effet des récentes mesures de protection de ces habitats.

De fortes concentrations de dieldrine, un pesticide, ont été détectées dans des œufs du Petit Blongios en Louisiane et dans des plumes en Ontario. Les hérons sont particulièrement sensibles à l’accumulation de résidus et à l’amincissement de la coquille de leurs œufs sous l’effet de ces substances toxiques. À différents sites, notamment en Ontario et au Québec, plusieurs espèces envahissantes supplantent les peuplements de quenouilles où se reproduisent la plupart des petits blongios. Ces espèces comprennent la salicaire commune, l’alpiste roseau, le roseau commun et, en particulier au Québec, le butome à ombelle.

Le petit Blongios pourrait être vulnérable à des épidémies et parasitoses dévastatrices. Les collisions de Petits Blongios avec des voitures ou des structures artificielles, telles que les tours et les clôtures, présentent une grave menace locale. Les perturbations causées par les activités récréatives, en particulier la navigation de plaisance, posent un problème pour la conservation des hérons, car elles peuvent, par exemple, entraver leur recherche de nourriture et entraîner l’abandon de nids. Le déplacement des embarcations à moteur produit des vagues qui pourraient noyer les nids et éroder les bordures des marais, où l’oiseau cherche ses proies. Enfin, les changements climatiques pourraient entraîner une baisse des niveaux d’eau dans les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent et, par conséquent, de la taille et de la répartition des terres humides qui les bordent.

L’espèce Petit Blongios est protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. De plus amples renseignements sur la LEP, y compris sur la façon dont elle protège les espèces individuelles, sont disponibles dans le document Loi sur les espèces en péril : un guide.

L’espèce est présente dans plusieurs parcs nationaux où elle est protégée par la Loi sur les parcs nationaux du Canada. Le Au Québec l’espèce est protégée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

Un habitat ménagé à préserver

Le Petit Blongios affectionne les zones d’eau libre adjacentes aux milieux humides ouverts comme les marais et les marécages d’eau douce, tel que le lac des Battures, où il profite de la haute végétation présente pour y construire son nid. Désigné vulnérable au Québec et menacé au Canada, la détérioration et la disparition des milieux humides constituent la principale menace à la viabilité des populations de Petit Blongios. De plus, la propagation d’espèces végétales exotiques envahissantes, comme le phragmite (Phragmites australis), entraîne un appauvrissement de la diversité végétale et diminue les habitats favorables au repos, à la reproduction et à l’alimentation de ce petit héron.

Discret et agile

Le Petit Blongios (Ixobrychus exilis) est le plus petit héron d’Amérique du Nord. Sa petite taille (pas plus haut que 30 centimètres) et sa coloration chamois avec de larges bandes blanches sur son cou sont des traits distinctifs pour le reconnaître. Furtif et grêle, il incline des tiges des plantes émergentes telles que les quenouilles afin de ce créer une plate-forme pour pouvoir attraper ses proies. Tout en dépliant son coup en forme de « S » au repos, il utilise son bec acéré pour s’alimenter de poissons, têtards et insectes.

L’hiver, ce petit échassier s’exilera le long des côtes, du golfe du Mexique jusqu’au Panama. En évitant tout dérangement (bruit circulation hors sentier, etc.), nous assurerons la conservation de son habitat pour les années futures.

Le Petit Blongios dans son habitat. Source de l’image: site Web oiseauxparlacouleur.com.

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