Bestiaire du Québec

Les oursons et leur vie

Les oursons et leur vie

Les oursons dès la naissance jusqu’à l’âge adulte

La vie de l’ours noir débute de la même manière que celle des autres mammifères, par la fécondation d’un ovule dans le ventre de sa mère, suivie d’une période de gestation d’environ 220 jours. Comme chez beaucoup de carnivores des régions nordiques, l’oeuf connaît ce qu’on appelle une « implantation retardée ». Cela veut dire que, même si l’ovule a bel et bien été fécondé et a déjà subi un certain nombre de transformations, au lieu de descendre immédiatement dans l’utérus et de se fixer à la paroi utérine, où se poursuit le développement de l’embryon, comme c’est le cas chez la plupart des mammifères, ce processus décisif, chez l’ours noir, est retardé d’environ quatre à cinq mois. Durant toute cette période l’oeuf reste stationnaire à l’intérieur de l’oviducte. Au bout de ce temps-là, il entre à nouveau en activité et poursuit son développement normal.

Ainsi, bien que la saison d’accouplement soit en général juin ou juillet, ce n’est que fin octobre, début novembre, alors qu’elle aura trouvé un abri et fait ses réserves de graisse pour l’hiver, que la femelle fécondée sera physiquement affectée par le développement de l’embryon. C’est vers la mi-janvier ou le début de février, que la période de gestation prend fin et que la femelle met bas. Dans les régions nordiques, il arrive qu’elle soit encore endormie au moment où elle met bas. La portée compte en général d’un à cinq oursons, la moyenne étant de deux.

Le développement de l’ourson dans le ventre de sa mère ne prend donc que dix semaines, sur la période totale de gestation, qui est de 31 semaines. C’est la brièveté de la période de développement proprement dit qui fait que l’ourson est si petit au moment de sa naissance. À titre d’exemple, une femelle de 135 km donnera naissance à des oursons mesurant 20 cm et pesant 300 grammes, ce qui donne le rapport incroyable de 450 à 1 !

La naissance

À la naissance, les oursons font à peu près la taille d’un petit écureuil. Ils n’ont ni poil, ni dent, et leurs yeux sont clos. La tête et le torse sont fort et bien formés, alors que le torse sont forts et bien formés, alors que le train arrière est peu développé. Pendant les cinq premières semaines, ils sont trop faibles pour marcher, mais cela ne les empêche pas de ramper, en se servant de leurs pattes de devant, qui sont fortes, et en traînant leurs pattes de derrière.

Fait intéressant à noter, les oursons ne savent pas ramper en ligne droite. Le mieux qu’ils puissent faire étant de de parcourir de petits cercles, ce qui les empêche de trop s’éloigner de leur mère. Il se peut que celle-ci soit encore profondément endormie et ne soit pas en mesure de s’occuper de ses petits, ni de les surveiller.

Peu après leur naissance, les oursons rampent jusqu’à leur mère, leur seule source de chaleur et de nourriture durant les premiers mois de leur vie. Au bout d’une semaine, la peau de l’ourson se couvre d’un léger duvet : à six semaines ses yeux s’ouvrent et, à deux mois, ses dents de lait sont sorties et il commence à marcher. Mais il est encore chancelant sur ses pattes et aime mieux escalader le corps de sa mère, dont le pelage doux et chaud lui sert de terrain de jeu. Les oursons sont sevrés à cinq mois. Pendant tout le temps qu’ils passent dans la tanière, ils prennent environ 1,3 kg par mois ; lorsqu’ils sortent, entre la mi-avril et le début de mai, ils pèsent un tout petit peu moins de 4,5 et, à la fin de leur première année, leur poids peut atteindre jusqu’à 27 kg.

Se guider aux odeurs

Lorsque les bébés oursons sortent pour la première fois avec leur mère de la tanière, où ils sont nés, et qu’ils jettent leur premier regard sur le monde, ils ignorent encore quelle bonne mère ils ont. L’ourse est une mère très douce et très patiente, qui exige une stricte obéissance de ses petits mais qui, en retour, leur donne beaucoup d’amour et d’attention, allant même jusqu’à risquer sa propre vie pour les protéger du danger.

Pendant leur première année, les oursons suivent leur mère partout. Elle leur apprend tout ce qu’ils ont besoin de savoir pour vivre dans la forêt et pour subsister : que manger, où le trouver, quels animaux éviter et où se mettre à l’abri.

Ils apprennent à se servir beaucoup de leur odorat et de leur ouïe, qu’ils ont tous deux très développés. Leur excellent flair leur permet de reconnaître des odeurs à de grandes distances et de repérer des pistes, même vieilles. Par contre, leur vue est très faible et courte, et leur sert surtout à distinguer le mouvement.

Les oursons sont parfois très bruyants et émettent des sons pouvant aller du grognement sourd au gémissement aigu, ressemblant beaucoup aux vagissements d’un bébé. Il leur arrive même de ronronner de plaisir.

L’ourson passe le plus clair de son temps à jouer avec sa mère et ses frères et sœurs, ce qui crée entre eux des liens étroits qui se prolongent souvent tard dans l’adolescence. Les ours se connaissent et se reconnaissent mutuellement, et il arrive souvent que, lorsqu’ils se rencontrent longtemps plus tard, vers la fin de leur vie, ils se prodiguent des marques d’amitié et d’affection.

Quand l’hiver approche, les petits ours apprennent à vivre dans une tanière qu’ils partageront encore, pour leur second hiver, avec leur mère. Les leçons de survie reprennent le printemps suivant et, au début de l’été de leur deuxième année, ils quittent leur mère, qui les éloigne d’elle, par la force s’il le faut. La première année d’indépendance est la période la plus critique de la vie des l’ourson. En effet, même si les jeunes ours sont capables de se débrouiller, la maladie, les prédateurs ou les accidents les déciment et la moitié d’entre eux n’atteindront jamais l’âge adulte.

Les membres d’une même portée demeurent parfois ensemble le reste de l’année, et passent l’hiver dans la même tanière. À ce moment-là, ils pèsent environ 50 kg et ont déjà leurs dents définitives. Ils se séparent au cours de leur troisième été.

Les oursons qui parviennent à l’âge adulte ont une espérance de vie d’environ 10 à 15 ans ; certains individus vivant en captivité ont même vécu jusqu’à 25 ans.

Lorsqu’elle sent le danger, la première chose que fait une femelle, c’est de faire grimper ses petits à un arbre, pour les mettre à l’abri. Libérée de ce souci, elle peut alors se préparer au combat. Les jeunes ours grimpent plus vite aux arbres pour fuir le danger que les adultes. On a d’ailleurs remarqué que, plus ils vieillissent, plus il faut que le danger soit proche et important pour les faire grimper. Ils le font aussi souvent pour s’amuser, jouant à cache-cache dans les airs, et il n’est pas rare de les voir se chauffer au soleil, tout en haut d’un arbre, toutes pattes étirées, restant des heures sans bouger, dans les positions les plus précaires. Le feuillage épais des grands conifères les abritent aussi de la pluie et de la grêle.

Matures à quatre ans

Ils atteignent leur maturité sexuelle à quatre ans, pour les femelles, et à cinq ans, pour les mâles. Les femelles sont monocycliques, ce qui veut dire qu’elles n’ont qu’un cycle sexuel par an. La période de réceptivité sexuelle dure à peu près un mois, entre la fin de l’été et le début de l’automne. Par contre, l’activité sexuelle des mâles dure beaucoup plus longtemps et se prolonge sur environ quatre mois, ce qui correspond aux variation du cycle entre les différentes femelles. Les femelles comme les mâles peuvent avoir plusieurs partenaires sexuels au cours d’une même saison d’accouplement, bien qu’il se forme parfois des couples éphémères.

Le cycle s’arrête pendant la période où la femelle allaite ses petits, ce qui veut dire qu’elle n’a pas ses chaleurs l’année où elle met bas. Si elle perd ses petits assez tôt dans l’année, elle cesse d’allaiter et son cycle reprend. Elle redevient alors sexuellement réceptive et peut à nouveau être fécondée. Ce phénomène agit comme une sorte de sauvegarde naturelle, qui garantit un nombre maximal de naissances par année.

Ours gris
Jusqu’au début de l’été de leur deuxième année, les oursons demeurent avec leur mère et leurs frères et sœurs. Leur première année d’indépendance sera la plus critique. La moitié d’entre eux n’atteindront jamais l’âge adulte. Photographie de Megan Jorgensen.

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