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L’entomofaune au Québec

L’entomofaune au Québec

Insectes : Un monde rempli de l’inconnu

Les insectes constituent le plus grand groupe d’êtres vivants du Québec, faune et flore confondues, sans compter toutes les espèces qu’on n’a pas encore trouvées. Pourtant, leurs rôles dans les écosystèmes demeurent vagues. En ces temps où la biodiversité est à l’honneur, il y a du pain sur la planche pour les entomologistes.

Qu’est-ce qui distingue un insecte des autres animaux ? D’abord, son corps articulé et divisé en trois parties — tête, thorax et abdomen. Puis, ses trois paires de pattes et, souvent, une ou deux paires d’ailes qui sont rattachées au thorax. À partir de ce patron de base, des centaines de milliers d’insectes différents ont évolué.

« On évalue qu’il existe de 25 000 à 30 000 espèces d’insectes au Québec. Et c’est là un estimé conservateur », indique André Francoeur, du Centre de données sur la biodiversité du Québec, à Chicoutimi (à titre de comparaison, seulement 326 espèces d’oiseaux occupent notre territoire). De ce nombre, autour de 16 600 espèces ont été décrites. Les insectes connus constituent environ 75 % des espèces animales, tant au Québec qu’à l’échelle planétaire. Au total, la biosphère compte plus de un million d’insectes identifiés à ce jour.

La fabuleuse biodiversité de l’entomofaune se complexifie par des différences de comportements et d’apparence au sein d’une même espèce. Par exemple, les élytres de la coccinelle asiatique présentent plus de 200 patrons de coloration différents. Comment s’assurer qu’on l’identifie correctement malgré toutes ces variations ? La taxinomie vient à la rescousse avec un système de classement à toute épreuve.

Un travail de précision

L’identification correcte des insectes, comme celle de l’ensemble du matériel biologique récolté ou observé, est à la base de tout travail scientifique valable. Elle sert aussi de porte d’accès à l’information déjà accumulée sur les espèces en question. La taxinomie permet d’associer précisément chaque insecte à une suite de groupes de plus en plus précis, jusqu’à l’espèce ou à la sous-espèce, à partir de l’observation de ses différentes structures.

Une loupe et une clé d’identification suffisent généralement pour trouver le nom d’un spécimen. Mais l’identification de certains insectes peut exiger l’avis d’un spécialiste, ainsi que l’utilisation de méthodes sophistiquées, comme la dissection, la microscopie électronique, l’observation des chromosomes et même l’étude de molécules spécifiques.

Bon nombre d’identificateurs sont devenus des spécialistes de divers ordres ou familles d’insectes. Fait intéressant à noter, ces experts ne sont pas toujours des professionnels.

« Il n’y a pas beaucoup de taxinomistes au Québec, mais on a par contre plusieurs amateurs capables d’identifier des groupes particuliers », indique Terry Wheeler, conservateur de la collection du musée Lyman de l’Université McGill, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Ces entomologistes amateurs ont accumulé des connaissances poussées qui en font des identificateurs fiables.

Les collections, des références indispensables

Lieux d’apprentissage et de recherche, les collections entomologiques sont aussi des outils de travail et des sources d’information pour les collectionneurs, agriculteurs, exterminateurs et écologistes qui désirent identifier des insectes.

«On s’aperçoit de plus en plus à quel point il est essentiel de comprendre les implications de la biodiversité, dit Terry Wheeler. Les spécimens des collections sont comme les données de cette biodiversité : ils servent à interpréter la vie telle qu’elle est et les changements qui surviennent. »

La première collection d’insectes au Québec, celle du gouverneur Pierre Boucher, remonte aux années 1660. Depuis, la relève a été très active. Des religieux comme l’abbé Léon Provancher jusqu’aux globe-trotters comme Georges Brassard, les collectionneurs québécois ont récolté d’impressionnantes quantités d’insectes, constituant des collections
reconnues à l’échelle internationale.

La plus importante est celle du musée Lyman qui a été offerte à l’Université McGill par Henry Lyman en 1914. Elle compte 2,8 millions de spécimens, dont plusieurs ont plus de 100 ans. Diverses collections québécoises
comprennent de tels spécimens anciens, fort utiles sur le plan historique.

Mieux connaître pour mieux protéger

Malheureusement, l’information que les collections contiennent n’est pas aussi accessible qu’on le souhaiterait. Faute de moyens, elle est rarement informatisée. Pour combler cette lacune, un groupe de chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi travaille depuis 10 ans à l’élaboration d’un outil unique en son genre : la banque de données sur
les invertébrés du Québec (BADIQ), un répertoire de la biodiversité où sont consignées des informations sur les spécimens de 3 collections et des données brutes résultant d’échantillonnages sur le terrain, « Il s’agit d’un outil complexe, qui n’est pas encore complètement terminé », explique André Francoeur, responsable du projet. Une de ses particularités est d’inclure les données brutes (espèce d’insecte, plante hôte, endroiе de la collecte, etc.), trop souvent détruites après la publication des résultats de recherche.

Plus de 20 000 observations y sont actuellement répertoriées. La liste des espèces d’insectes est régulièrement mise à jour pour intégrer les plus récentes identifications.

« Chaque année, on rapporte de nouvelles espèces », affirme Christian Hébert, entomologiste au Centre de foresterie des Laurentides, à Sainte-Foy. La recherche sur le terrain permet de trouver des espèces дiées à des microhabitats et des insectes dont on soupçonnait l’existence sans les avoir vus.

On découvre aussi des espèces introduites, comme ces coléoptères asiatiques qui ont été transportés par bateau, cachés dans le bois dont ils se nourrissent.

« La recherche actuelle en entomologie a des visées pratiques », précise Christian Hébert. Un exemple ? Les tentatives pour identifier des insectes bioindicateurs. « Il devient de plus en plus clair que la présence de certains insectes constitue un bon indice des répercussions de nos gestes sur l’environnement.

« À mesure que diminue la diversité dans les écosystèmes, ils deviennent plus vulnérables », explique-t-il. À l’inverse, le maintien d’une diversité élevée est la meilleure garantie d’un développement durable.

Continuons donc de garder un œil attentif sur les petites bêtes à six pattes !

Mouche du chou ou de l’oignon ?

L’identification précise des insectes est cruciale dans la lutte contre les ravageurs. On doit savoir si on fait vraiment face à un problème et, s’il y a lieu, choisir le mode de répression approprié. La mouche du chou et la mouche de l’oignon sont des ravageurs redoutables lorsqu’elles s’attaquent à leurs plantes hôtes respectives, les crucifères et l’oignon. À
première vue, ces deux diptères communs semblent identiques. Pourtant, il ne peuvent se reproduire entre eux : il s’agit donc de deux espèces distinctes.

Proches parentes, ces mouches appartiennent à la famille des Anthomyiides. Un seul taxinomiste est spécialisé dans l’identification de ce groupe au Canada. Son œil d’expert saurait repérer l’unique différence qui distingue ces deux espèces : chez la mouche du chou, le poil du thorax (encerclé sur la photo) est deux fois plus court que chez la mouche
de l’oignon.

Fiche taxinomique de l’Amiral : Taxon: Embranchement – Arthropoda Classe : Insecta  Ordre : Lepidoptera Superfamille : Papitionoidae Famille : Nymphalidae Sous-famille : Limenitidinae Genre Limenitis Configuration particulières des organes génitaux. Espèce : arthemis Sous-espèce : arthemis.

Caractéristiques : Corps segmenté et différencié en deux ou trois régions, exosquelette renouvelé périodiquement par la mue. Corps divisé en trois régions : tête, thorax, abdomen. Trois paires de pattes attachées au thorax. Une paire d’antennes sur la tête. Ailes couvertes d’écailles aplaties (généralement pigmentées). Extrémité des antennes en forme de massue. Chez l’adulte : pattes antérieures atrophiées. Chenille avec deux paires de protubérances sur le dessus du thorax et ressemblant à des excréments d’oiseau. Identifiée par l’étendue et la position des taches bleues et rouges sur les ailes. Les taches rouges du dessous des ailes de la sous-espèce rubrofasciata, répandue à l’ouest de l’Ontario, ont une plus grande étendue.

Drury est le nom du naturaliste qui a ait la première description scientifique de l’insecte, en 1773.

Par Monique Laforge, L’Entomologie au Québec, mai 1999.

L’Amiral, élu au titre d’insecte emblème du Québec. Photo libre des droits.

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