À la rescousse du chevalier cuivré
Si l’on en croit les rapports, le chevalier cuivré (Maxostoma hubbsi) serait le seul vertébré endémique au Québec. La seule espèce de vertébré vivant exclusivement chez nous. N’ayant jamais vécu ailleurs sur notre globe. Voilà un poisson fort rare. D’autant plus que son aire de répartition rétrécie constamment au cours des dernières décennies. Autrefois familier de plusieurs cours d’eau de la province, le chevalier cuivré ne compte plus que deux populations recensables. La première dans le Saint-Laurent entre Montréal et le lac Saint-Pierre. La seconde dans la rivière Richelieu, entre Chambly et Sorel. Les seules frayères identifiées à ce jour se dissimulent dans les eaux vives du Richelieu des secteurs de Chambly et Saint-Ours.
Le chevalier cuivré, autrefois appelé suceur cuivré, doit son nom aux écailles de couleur brun métallique. Ces écailles le recouvrent d’une « armure » à la mode médiévale. Avec une espérance de vie d’une trentaine d’années, il attendra possiblement 75 centimètres de longueur. Il pèsera alors plus de 6 kilogrammes. Son régime alimentaire se compose presque entièrement de mollusques. Même défendu par un tempérament combatif, l’avenir du chevalier cuivré n’est des plus reluisants. On l’a placé sur la liste des espèces menacées ou vulnérables depuis 1988 au Canada, depuis 1999 au Québec.
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Parmi les facteurs qui expliquent le déclin de l’espèce figure la contamination chimique générée, entre autres, par les pesticides agricoles. On suspecte la qualité inférieure des eaux des rivières Richelieu et Yamaska de nuire au processus final de maturation des gonades, empêchant le chevalier cuivré de frayer avec succès. On ne nie pas davantage que l’érosion des berges et la sédimentation en milieu aquatique génèrent des pertes d’habitats et menacent de ce fait la croissance des mollusques qui servent de nourriture à l’espèce.
Les experts se font une priorité de la conservation de chevalier cuivré dans le tronçon inférieur du Richelieu et de l’urgence de mettre en œuvre tous les moyens possibles pour en optimiser la reproduction en rivière, soutenir les populations existantes, réduire l’impact de la pollution, signaler et respecter l’habitat. En bref, reconnaître les droits et les besoins de l’espèce. L’abandon, en 1994, d’un projet de centrale hydroélectrique au niveau des rapides de Chambly, en vue de l’attribution subséquente du statut de refuge faunique au secteur concerné, illustre la validité de souhait de sauver l’espèce coûte que coûte et la volonté ferme d’y parvenir.
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D’autres mesures existent déjà pour tenter de défendre le chevalier cuivré et son habitat : on a promulgué l’interdiction de le capturer et surmonté l’obstacle formé par le barrage de Saint-Ours. Rappelons que l’ancien ouvrage de 1849 offrait une passe migratoire dont le barrage moderne de 1967 était dépourvu, scindant le domaine vital du chevalier cuivré en deux tronçons.
D’une manière générale, cette coupure restreignait les déplacements et limitait les échanges génétiques entre les populations. Les géniteurs emprisonnés en aval de Saint-Ours n’avaient pas accès aux rapides de Chambly, mieux adaptés à la reproduction de l’espèce. Rouvrir le passage de Saint-Ours au chevalier cuivré s’imposait avec une telle évidence qu’une passe migratoire multi spécifique y fut aménagée en 2001.
Baptisée Passe migratoire Vianney-Legendre, du nom du premier ichtyologiste à publier l’identification officielle de Maxostoms hubbsi dans le Naturaliste canadien, en 1942, cette structure pourrait aussi bien améliorer la situation de plusieurs autres espèces de statut précaire : parmi elles le chevalier de rivière, l’alose savoureuse et l’esturgeon jaune. On souhaite par la même initiative ramener l’anguille dans le lac Champlain. Pourquoi pas ?
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Une bière à la santé du chevalier cuivré : La réalisation de la passe migratoire doit en partie son succès au Projet Rescousse. Disponible à la Société des alcools du Québec (SAQ), la Rescousse est une bière de dégustation brassée. On la vend dans le but de sensibiliser et d’impliquer l’entreprise privée dans la protection de la biodiversité. On verse les profits des ventes, sous forme de redevances, à la Fondation de la faune du Québec. La Rescousse le fait pour le financement des recherches. Aussi pour des interventions nécessaires au rétablissement de la faune menacée du Québec.
En 2005 le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) a modifié le statut d’espèce menacée chevalier cuivré, donné en 1987, à espèce en voie de disparition. Ce statut d’espèce en voie de disparition confirmé par la loi canadienne sur les espèces en péril en décembre 2007.
Aujourd’hui, le refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin protège la principale frayère du chevalier cuivré. Soit les rapides de Chambly.
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