Bestiaire du Québec

Apprendre la bonté

Apprendre la bonté

Les animaux sont les amis de l’homme

La Société protectrice des animaux apprend la bonté aux jeunes

Une visite à la Société protectrice des animaux est quelque chose de consolant. N’est-ce pas un réconfort en effet de voir la bonté humaine se pencher sur la souffrance et – disons le mot – sur la tristesse des animaux et s’efforcer d’adoucir pour les uns les derniers moments qu’ils ont encore à vivre et consoler les autres qui ont été perdus ou abandonnés. Mademoiselle Vézina, canadienne française, secrétaire de la Société protectrice des animaux m’a raconté tout ce que l’on faisait pour alléger les souffrances de ces bêtes.

Nous ne parlerons pas de l’action entreprise partout par la Société pour lutter contre les mauvais traitements que des propriétaires inconscients font subir à leurs animaux. Dès que la société apprend qu’un animal quelconque est l’objet des mauvais traitements, une enquête est ouverte et des mesures adéquates sont prises pour faire cesser cet abus incompréhensible contre des êtres qui ne peuvent se défendre.

Ne parlons aujourd’hui que de ce que nous avons vu. Le nombre de chiens qui sont conduits par la Police à la société protectrice sont d’une moyenne de quarante par jour. La plupart de ces animaux sont perdus par leur propriétaire : négligence, ou souvent criminel et volontaire abandon.

La société protectrice, si elle ne peut retrouver le propriétaire du chien, le gardera pendant trois jours. Alors elle en disposera soit en lui trouvant un nouveau maître soit en le détruisant de la façon la plus humaine en épargnant toute souffrance à ces bêtes.

Il faut avoir vu ces chiens enfermés dans le chenil où ils attendent leur sort. Dans leurs yeux on lit une profonde détresse ; ils semblent attendre le maître ou la maîtresse qui viendra les rechercher. Ou bien quand ils aperçoivent un visiteur leur regard se fait suppliant et ils paraissent demander avec insistance qu’on les emporte et qu’ils puissent de nouveau connaître l’intimité d’un foyer et un maître qu’ils puissent aimer et défendre. Mais parmi tous ces chiens il y a les malchanceux, les moins beaux qui ont peu de chances d’être choisis, les autres qui se font plus caressants que jamais car ils semblent espérer la délivrance. Il y en a de tout jeunes qui n’ont guère connu les douceux ni les gâteries.

Savent-ils tous ces chiens que lorsqu’ils n’auront pas été choisis par un nouveau maître ils devront passer par la porte fatale du fond du chenil où ils trouveront la mort, une mort sans souffrance sans doute mais la mort quand même.

Il y a encore des chiens vieux et malades que de compatissants propriétaires ont apporté là parce que la vie est trop dure pour ces pauvres bêtes et qu’il vaut mieux finir comme cela. Ces braves bêtes n’ont, elles rien à expier, et il est préférable parfois d’amoindrir ainsi leurs souffrances, quand il n’y a plus rien à faire.

On comprendra le très grand service rendu par la société protectrice des animaux quand on saura qu’il y a environ 32,000 chiens qui, par un, trouvent ainsi une mort sans douleur.

Mais en visitant ces lieux, on stigmatise intérieurement l’égoïsme et la méchanceté de tant de personnes qui prennent quelque temps un chien ou une bête quelconque pour en avoir quelque satisfaction et quand elles n’en trouvent plus, elles jettent impitoyablement l’animal à la rue.

Si les circonstances ne permettent pas de garder une bête, qu’on s’adresse donc à la Société protectrice des animaux et que l’on pousse la charité jusqu’au point, bien normal cependant, de ne pas imposer à une bête une souffrance qu’on ne voudrait pas endurer soi-même.

Aussi c’est de tout cœurs qu’il faut féliciter la Société protectrice des animaux pour o’oeuvre bienfaisante qu’elle accomplit chaque jour et en particulier pour l’initiative qu’elle a eue d’organiser une propagande de bonté pour les animaux parmi la jeunesse des écoles. Elle vient d’instituer un concours littéraire parmi les élèves de 12 écoles anglaises et 11 écoles françaises. Il s’agissait d’écrire une composition dont le sujet avait pour titre : «  Comment pouvons-nous être bons pour les animaux ? »

Dans les écoles de langue française, c’est Gilles Cloutier, étudiant de l’École Jean de Brébeuf, qui a remporté le premier prix de $5. Ce jeune concurrent, après avoir énuméré les moyens qu’il emploiera pour manifester sa bonté pour les animaux, conclut sa composition en ces termes : «  Voilà les résolutions que je prends en ce jour. Je voudrais que toute la jeunesse de notre école fasse comme moi. Souvent je me rappellerai que les animaux ont été mis à notre disposition et à notre service pour mieux nous aider à servir le Bon Dieu. »

(Texte publié le 19 décembre 1939 dans le journal Le Canada).

Deux chevaux, un cheval vieux et et une jument saine. Il n'y aura jamais trop de bonté en ce bas-monde ! Photographie de Megan Jorgensen.
Deux chevaux, un cheval vieux et et une jument saine. Il n’y aura jamais trop de bonté en ce bas-monde ! Photographie de Megan Jorgensen.

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