Bestiaire du Québec

Les animaux, rêvent-ils ?

Les animaux, rêvent-ils ?

Les animaux, rêvent-ils ?

On ne sait pas vraiment pourquoi, mais on aimerait tant retrouver des comportements humains chez les animaux. C’est notre tendance très égocentrique et très prétentieuse à l’anthropomorphisme, à vouloir que « l’autre » soit comme nous. Après s’être demandé s’ils pleurent, s’ils rient et s’ils se suicident, une nouvelle question s’impose : les animaux rêvent-ils ?

Si on ne peut pas encore répondre à cette question par l’affirmative, des expériences tendent à démontrer que oui. On peut confirmer déjà l’existence certaine du sommeil paradoxal chez nos amis à quatre pattes.

C’est en effet durant cette phase, chez eux comme chez nous, que les rêves surviennent. Du coup, l’enregistrement d’ondes cérébrales établissant que tous les oiseaux et tous les mammifères possèdent cette phase de sommeil paradoxal, on peut déduire qu’ils rêvent également. Mais la durée de la phase paradoxale au cours de chaque cycle de sommeil est variable, 200 minutes chez le chien ou le chat, contre 100 minutes chez l’homme et quelques secondes seulement chez les oiseaux.

Quiconque a un chien l’a déjà vu s’agiter pendant son sommeil. L’extrémité de ses pattes remue parfois et il émet souvent de petits couinements. L’explication qui survient alors est tout simplement que notre compagnon est en train de rêver. Et l’explication nous fait plaisir, puisque nous voulons tous croire que notre chien est très intelligent, au sens humain du terme. Et s’il est intelligent, il pense. Et s’il pense, il rêve. CQFD.

Pourtant, les scientifiques sont toujours restés prudents sur ce dernier point. Un chien, un chat, un cheval, un oiseau, rêvent-ils vraiment ? Et si oui, à quoi rêvent-ils ? Est-il seulement possible d’apporter une réponse objective à cette question ?

Contrairement à certains d’entre nous qui racontons parfois sur le divan aux disciples de Freud nos rêves, aucun animal ne peut nous décrire les siens. La science, elle, reste encore incapable de décrire un rêve autrement que par une certaine dose d’activité électrique qui se manifeste dans notre cerveau lors de phases bien précises. Or, cette activité électrique, ne pourrait-on pas la détecter dans le cerveau des animaux ? C’est la tâche à laquelle se sont attelés deux spécialistes de la mémoire du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Et leurs résultats sont surprenants.

Ils peuvent affirmer que quatre rats ont rêvé, après avoir observé leur activité cérébrale et le mouvement rapide de leurs yeux (Rapid Eye Movement or REM). Mieux encore, cette activité cérébrale reprend point pour point celle qui a été enregistrée pendant la journée précédente, lorsque l’on avait fait courir le rat sur une roue en lui offrant une récompense. Autrement dit, ces animaux semblaient revivre en rêve leur activité de la journée. Ce qui ressemble singulièrement à notre expérience du sommeil paradoxal.

« L’animal revit sûrement un souvenir de ces événements », conclut Matthew Wilson, l’auteur principal de la recherche, parue dans l’édition de la revue Neuron. C’est la preuve la plus solide, à ce jour, qu’un animal est bel et bien capable de rêver.

Mieux encore, l’expérience confirme ce que plusieurs spécialistes de la mémoire affirment depuis longtemps : le rêve jouerait un rôle important dans le stockage des souvenirs.

Lorsque nous dormons, notre cerveau au repos classe les souvenirs dans ses recoins appropriés, ce qui provoquerait les rêves selon certains chercheurs. Les animaux rêveraient donc eux aussi, ce qui leur permettrait de se souvenir. Même si leur capacité cérébrale limitée suppose des rêves plutôt basiques. Un chien, un os ? Un chat, du lait ? Oui, je sais, c’est très réducteur.

Selon cette hypothèse, le rêve des animaux aurait pour fonction d’entretenir la mémoire, vitale pour les troupeaux lorsqu’il s’agit de retrouver un point d’eau par exemple. Beaucoup d’animaux revivraient ainsi en rêve ce qu’ils ont fait durant la journée, pouvant également devenir un outil de survie. Autre hypothèse : dans la nature, où, pour beaucoup d’animaux, le moindre relâchement peut devenir fatal, le rêve servirait à reposer certaines zones du cerveau pour qu’elles fonctionnent de façon optimale quand l’animal est éveillé.

Tout d’un coup, je saute du coq à l’âne, mais le rêve et les animaux me font penser aux chiens, et une question me turlupine… Pourquoi les chiens et les chats dorment-ils autant ?

D’une manière générale, les carnivores dorment plus que les herbivores. Les premiers sollicitent davantage leur cerveau et leurs muscles que les seconds. Ainsi, un lion dort vingt heures par jour, contre trois seulement pour un cheval. Or, les chiens descendent des loups. Toutes leurs activités, comme la promenade ou les jeux, sont des substituts de la chasse, de la prédation,d e la reconnaissance et de la défense du territoire. Conséquence, de quoi fatiguer énormément votre chien. Du coup, il passe en moyenne onze heures quotidiennes dans les bras de la Morphée. Quel veinard !

(Tiré du livre de Jean-Baptiste Giraud, Histoires bêtes. Éditions du Moment, Paris, 2010).

« L'essence de la société est le refoulement de l'individu, et l'essence de l'individu est le refoulement de lui-même » (Norman Oliver Brown, historien et auteur américain, né en 1913 et décédé en 2002, Eros et Thanatos). Photo : Pigeons rêveurs © Megan Jorgensen
« L’essence de la société est le refoulement de l’individu, et l’essence de l’individu est le refoulement de lui-même » (Norman Oliver Brown, historien et auteur américain, né en 1913 et décédé en 2002, Eros et Thanatos). Photo : Pigeons rêveurs © Megan Jorgensen

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